La doctrine des sept années de tribulation occupe une place centrale dans certains systèmes eschatologiques modernes. Elle présente un scénario précis : une période future de sept ans de détresse mondiale précédant le retour visible de Jésus-Christ, souvent divisée en deux périodes de trois ans et demi. Pourtant, lorsqu’on examine attentivement les Écritures, cette construction ne repose sur aucun enseignement explicite du Nouveau Testament et soulève plusieurs incohérences bibliques majeures.
Une lecture attentive du témoignage global de la Bible montre plutôt que les tribulations caractérisent toute l’ère entre la première venue de Christ et son retour glorieux, et non une période future limitée à sept années.
L’absence d’un enseignement explicite sur une tribulation de sept ans
Le premier problème majeur est simple : aucun passage biblique n’enseigne clairement l’existence d’une période future de sept années de tribulation mondiale. Jésus parle certes de tribulations, mais jamais d’une durée de sept ans. Jésus déclare :
Car à ce moment-là, la détresse sera plus terrible que tout ce qu’on a connu depuis le commencement du monde ; et jamais plus, on ne verra pareille souffrance.
Matthieu 24.21.
Le texte parle d’une grande détresse, mais ne mentionne aucune durée de sept ans. Toutefois, la suite du texte est tout de même révélatrice.
Vraiment, si le Seigneur n’avait pas décidé de réduire le nombre de ces jours, personne n’en réchapperait ; mais, à cause de ceux qu’il a choisis, il abrégera ce temps.
Matthieu 24.22.
Alors faisons le point maintenant. Les dispensationalistes proclament haut et fort, à qui veut l’entendre, que la tribulation durera sept ans. Or, dans ce passage, Jésus dit que Dieu a décidé de réduire le nombre de ces jours. Est-ce que cela veut dire que c’était plus que sept ans et que Dieu a décidé de les réduire à sept années ? Mais où cela est-il écrit dans la Parole de Dieu ? Comment font-ils pour arriver à un décompte de sept ans alors que Dieu a décidé de réduire le nombre de ces jours ? Est-ce que Dieu se serait trompé dans ses prédictions et que seuls les dispensationalistes auraient la bonne interprétation ? Il y a ici une aberration et une incohérence dans les propos des dispensationalistes.
De plus, dans le même discours, Jésus enseigne que les croyants traversent les tribulations tout au long de l’histoire :
Il fallait que je vous dise aussi cela pour que vous trouviez la paix en moi. Dans le monde, vous aurez à souffrir bien des afflictions. Mais courage ! Moi, j’ai vaincu le monde.
Jean 16.33
La tribulation n’est pas présentée comme un événement futur limité dans le temps, mais comme une réalité constante de l’expérience chrétienne. Si certains la voient ainsi, c’est parce que les Écritures ont été mal interprétées.
De même, les apôtres décrivent la vie chrétienne comme un chemin marqué par les tribulations :
Ils fortifiaient les disciples et les encourageaient à demeurer fermes dans la foi. Car, leur disaient-ils, c’est au travers de beaucoup de souffrances qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu.
Actes 14.22
Le Nouveau Testament ne distingue pas une période spéciale de sept ans différente de ces tribulations normales. Si la prophétie de Daniel 9.24-27 enseignait réellement qu’il y aurait une période de sept années de tribulation à la fin des temps, ne pensez-vous pas que le Nouveau Testament en parlerait pour confirmer ce fait ? Pourtant, nulle part dans le Nouveau Testament, ni dans le reste de la Bible, il n’est fait mention d’une période de sept années de tribulation à la fin des temps.
Les dispensationalistes ne s’appuient pas sur un passage clair pour valider ce concept. Au contraire, ils extrapolent de manière cyclique pour en arriver à faire dire aux Écritures ce qu’ils pensent qu’elles enseignent. Pourtant, la Bible n’enseigne absolument pas l’existence d’une période de sept années de tribulation devant se dérouler à la fin des temps entre deux retours de Jésus.
L’usage erroné de Daniel 9.24-27
La doctrine des sept années repose principalement sur une interprétation particulière de Daniel 9.24-27, appelée la prophétie des soixante-dix semaines.
Ce passage parle de soixante-dix semaines décrétées pour le peuple et la ville sainte. Certains interprètes isolent la soixante-dixième semaine et la projettent dans un futur lointain, la transformant en période de tribulation de sept ans. Cependant, plusieurs problèmes apparaissent.
Premièrement, le texte ne mentionne aucun intervalle entre la soixante-neuvième et la soixante-dixième semaine. Le passage présente une période continue.
Deuxièmement, le centre de la prophétie est l’œuvre du Messie :
A la fin des soixante-deux septaines (semaines), un homme ayant reçu l’onction sera mis à mort, bien qu’on ne puisse rien lui reprocher. Quant à la ville et au sanctuaire, ils seront détruits par le peuple d’un chef qui viendra, mais sa fin arrivera, provoquée comme par une inondation, et jusqu’à la fin, séviront la guerre et les dévastations qui ont été décrétées.
Daniel 9.26
Après les soixante-deux septaines (semaines), un homme ayant reçu l’onction sera mis à mort. La prophétie concerne l’expiation du péché, la justice éternelle et l’accomplissement du salut. Elle trouve son accomplissement dans la première venue de Jésus-Christ, sa mort et l’établissement de la nouvelle alliance. La ville et le sanctuaire ont été détruits en l’an 70 par les Romains, mettant ainsi fin au régime sacrificiel.
Une autre chose intéressante dans ce passage : « jusqu’à la fin séviront la guerre et les dévastations qui ont été décrétées ». Cela signifie qu’en Israël, il n’y aura jamais de paix durable jusqu’au retour de Jésus au dernier jour. Ce pays sera toujours en guerre avec ses voisins.
Troisièmement, le Nouveau Testament ne réinterprète jamais cette prophétie comme une tribulation future de sept ans. Les apôtres voient l’accomplissement des promesses en Christ, non dans un scénario futur séparé.
Les périodes de « trois ans et demi » dans l’Apocalypse
L’Apocalypse mentionne plusieurs périodes symboliques : quarante-deux mois, mille deux cent soixante jours, un temps, des temps et la moitié d’un temps (Apocalypse 11.2-3 ; 12.6 ; 13.5). Ces durées correspondent à trois ans et demi. Cependant, le texte ne parle jamais de deux périodes consécutives formant sept ans.
Dans le langage prophétique, la période de trois ans et demi représente symboliquement un temps limité d’épreuve et de détresse fixé par Dieu. Elle exprime l’idée d’une période de souffrance réelle mais strictement encadrée par la souveraineté divine, dont la durée est volontairement restreinte. Ce chiffre souligne ainsi que les temps de persécution ne sont ni absolus ni incontrôlés, mais soumis aux limites établies par Dieu lui-même.
Cette idée apparaît également ailleurs dans l’Écriture. Par exemple, Jésus annonce à l’Église de Smyrne qu’elle connaîtra « une tribulation de dix jours » (Apocalypse 2.10). Cette durée ne doit pas nécessairement être comprise comme un calcul chronologique précis, mais comme l’expression d’une épreuve limitée et déterminée par Dieu. Ainsi, dans le langage prophétique, certaines durées servent à montrer que la souffrance du peuple de Dieu est réelle, mais toujours temporaire et sous le contrôle du Seigneur.
Comprenons que l’Apocalypse utilise un langage symbolique pour décrire la condition de l’Église dans le monde, et non une chronologie détaillée d’événements futurs.
La vision biblique des tribulations comme réalité présente
Le Nouveau Testament enseigne que les tribulations caractérisent l’époque actuelle.
- Romains 8.18 parle des « souffrances du temps présent ».
- 1 Pierre 4.12 parle de « l’épreuve du feu » vécue par les croyants.
- Apocalypse 1.9 présente Jean comme « participant à la tribulation ».
Pour les apôtres, la tribulation n’est pas future seulement, elle est déjà en cours. Elle s’étend sur toute la période entre la première et la seconde venue de Christ.
Les derniers temps commencent avec la venue de Jésus
Hébreux 1.1-2
« Après avoir autrefois, à maintes reprises et de bien des manières, parlé à nos ancêtres par les prophètes, Dieu, dans ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils. »
L’auteur affirme clairement que la venue de Jésus se situe déjà « dans ces jours qui sont les derniers ». Les derniers temps étaient donc déjà présents au premier siècle.
D’abord, l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte marque les derniers jours. Dans le passage qui suit, Pierre cite Joël :
Mais maintenant se réalise ce qu’avait annoncé le prophète Joël : Voici ce qui arrivera, dit Dieu, dans les jours de la fin des temps : Je répandrai de mon Esprit sur tout le monde. Vos fils, vos filles prophétiseront, vos jeunes gens, par des visions, vos vieillards, par des songes, recevront des révélations.
Actes 2.16-17
Pierre déclare que la prophétie des derniers jours s’accomplit déjà à la Pentecôte. Ce qui signifie que l’ère de l’Église correspond donc aux derniers jours.
L’apôtre Paul mentionne que nous sommes parvenus à la fin des temps
Tous ces événements leur sont arrivés pour nous servir d’exemples. Ils ont été mis par écrit pour que nous en tirions instruction, nous qui sommes parvenus aux temps de la fin.
1 Corinthiens 10.11
Paul affirme que les croyants de son époque vivaient déjà dans la période appelée fin des temps. Ce qui veut dire que les croyants depuis cet époque juaqu’à aujourd’hui vivent la période de la fin des temps. En définitive, cette période n’est pas seulement une courte période de 7 ans juste avant le retour du Seigneur Jésus.
L’apôtre Jean considère que la dernière heure est déjà présente.
Mes enfants, c’est la dernière heure. Vous avez appris qu’un « anti-Christ » doit venir. Or, dès à présent, beaucoup d’antichrists sont là. Voilà pourquoi nous savons que nous sommes entrés dans la dernière heure.
1 Jean 2.18
Jean ne parle pas d’un futur lointain, mais d’une réalité déjà présente dans l’expérience de l’Église de son époque. La parole de Jésus, en Matthieu 24.6-8, décrit les événements qui seront visibles du temps de l’Église. Il mentionne que tout cela doit arriver, mais que ce n’est pas la fin. Puis, il compare ces événements aux douleurs de l’enfantement, ce qui signifie que les douleurs ont commencé avec la venue de Jésus et qu’elles vont s’intensifier avant sa seconde venue.
Pierre va pour sa part mentionner que Christ s’est manifesté à la fin des temps : à son époque.
Dès avant la création du monde, Dieu l’avait choisi (Jésus) pour cela, et il a paru, dans ces temps qui sont les derniers, pour agir en votre faveur.
1 Pierre 1.20
Ce qui veut clairement dire que la manifestation de Jésus correspond à la fin des temps.
Les derniers jours caractérisés par des réalités présentes à cette époque par Paul, Timothée et Jacques.
Sache bien que dans la période finale de l’histoire, les temps seront difficiles. 2 Les hommes seront égoïstes, avides d’argent, vantards et prétentieux. Ils parleront de Dieu d’une manière injurieuse et n’auront pas d’égards pour leurs parents. Ils seront ingrats, dépourvus de respect pour ce qui est sacré, 3 sans cœur, sans pitié, calomniateurs, incapables de se maîtriser, cruels, ennemis du bien ; 4 emportés par leurs passions et enflés d’orgueil, ils seront prêts à toutes les trahisons. Ils aimeront le plaisir plutôt que Dieu. 5 Certes, ils resteront attachés aux pratiques extérieures de la piété mais, en réalité, ils ne voudront rien savoir de ce qui en fait la force. Détourne-toi de ces gens-là !
2 Timothée 3.1-5
Paul décrit bien les hommes des derniers jours par des comportements que Timothée observait déjà dans son époque, montrant que cette période était en cours puisque l’apôtre mentionne à son collaborateur de se détourner de ces gens-là.
Finalement, l’apôtre Jacques parle au présent en s’adressant aux riches de son époque.
Votre or et votre argent sont corrodés et cette corrosion témoignera contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez entassé des richesses dans ces jours de la fin.
Jacques 5.3
Résumé biblique
L’ensemble de ces passages enseigne clairement :
- les derniers temps ont commencé avec la première venue de Jésus ;
- l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte inaugure cette période ;
- les apôtres considéraient vivre déjà dans la fin des temps ;
- cette période s’étend jusqu’au retour de Christ ;
Ainsi, selon l’Écriture, l’époque de l’Église correspond à la période des derniers temps, et non à une période entièrement future distincte de l’histoire actuelle. Cette compréhension correspond à l’enseignement global de Jésus : son peuple vit dans un monde hostile jusqu’à son retour.
L’incohérence avec la venue unique et visible de Christ
La doctrine des sept années de tribulation est souvent associée à plusieurs phases distinctes du retour de Christ. Pourtant, le Nouveau Testament présente un retour unique, visible et glorieux.
Matthieu 24.29-31 montre que la venue du Fils de l’homme intervient immédiatement après la détresse, sans intervalle complexe.
2 Thessaloniciens 1.6-10 enseigne que le jugement des impies et la glorification des croyants se produisent lors du même événement.
La Bible décrit un accomplissement final unifié, non un calendrier fragmenté.
La bonne compréhension biblique des tribulations
La vision cohérente des Écritures peut être résumée ainsi : les tribulations caractérisent toute l’ère de l’Église. Depuis la première venue de Jésus jusqu’à son retour, le peuple de Dieu traverse persécutions, épreuves et conflits spirituels. Cette période correspond aux derniers temps inaugurés par Christ (Hébreux 1.2).
Les images prophétiques de détresse décrivent la lutte permanente entre le royaume de Dieu et les puissances du monde. Elles ne définissent pas un calendrier futur précis de sept ans.
La grande espérance biblique n’est pas l’attente d’une période chronométrée de tribulation, mais la certitude du retour glorieux du Seigneur, la résurrection des morts, le jugement final et l’établissement définitif du royaume de Dieu.
Ainsi, l’Écriture appelle les croyants non à spéculer sur une période future spécifique, mais à vivre dans la fidélité, la vigilance et la persévérance au cœur des tribulations présentes, dans l’assurance que Christ règne déjà et qu’il viendra accomplir pleinement son œuvre.
Parce qu’il ne faut pas ignorer que des temps difficiles arrivent pour l’Église et que ceux qui croient être enlevés avant ce moment vont atrocement souffrir. C’est la réalité qui se dessine pour nombre de croyants, certes sincères, mais trompés par le dispensationalisme.
