Un verset qui ouvre le sens du passage
Daniel 9.24 est l’un des versets les plus importants pour comprendre toute la prophétie des soixante-dix semaines. Avant même de parler du Messie retranché, de la destruction de la ville et du sanctuaire, de l’alliance confirmée ou de la cessation du sacrifice, l’ange Gabriel donne à Daniel le but de toute cette période.
Le texte déclare : « Une période de soixante-dix septaines a été fixée pour ton peuple et pour ta ville sainte, pour mettre un terme à la révolte contre Dieu, pour en finir avec les péchés, et pour expier, les fautes ainsi que pour instaurer une justice éternelle, pour accomplir vision et prophétie, et pour conférer l’onction à un sanctuaire très saint. » (Daniel 9.24).
Ce verset n’est pas une simple introduction. Il est la clé de lecture du passage. Il nous dit pourquoi les soixante-dix septaines ont été fixées. Il nous montre vers quoi la prophétie avance. Il nous révèle le cœur du dessein de Dieu.
Et ce cœur n’est pas l’Antichrist. Ce cœur n’est pas un temple reconstruit. Ce cœur n’est pas un traité politique futur. Ce cœur n’est pas une parenthèse prophétique de plus de deux mille ans. Le cœur du passage est l’œuvre rédemptrice que Dieu allait accomplir par le Messie.
Un problème plus profond que l’exil
Lorsque Daniel prie, il pense d’abord à Jérusalem, au sanctuaire et à la fin des soixante-dix années d’exil annoncées par Jérémie (Daniel 9.2 ; Jérémie 25.11-12 ; Jérémie 29.10). Il sait que le temps de la captivité touche à son terme. Il intercède pour son peuple et pour la ville sainte. Cependant, la réponse de Dieu va beaucoup plus loin que le retour d’exil.
Dieu montre à Daniel que le véritable problème n’est pas seulement l’éloignement du pays. Le problème n’est pas seulement la ville détruite. Le problème n’est pas seulement le temple en ruine. Le problème central est le péché.
Israël pouvait revenir dans son pays. Jérusalem pouvait être rebâtie. Le temple pouvait être reconstruit. Les sacrifices pouvaient reprendre. Mais si la révolte du cœur n’était pas traitée, si la faute n’était pas expiée, si la justice éternelle n’était pas instaurée, alors la restauration resterait incomplète.
C’est pourquoi Daniel 9.24 annonce une œuvre bien plus grande qu’une restauration nationale. Il annonce une œuvre spirituelle, rédemptrice et messianique.
Faire cesser la révolte contre Dieu
Le premier objectif annoncé est de « mettre un terme à la révolte contre Dieu » (Daniel 9.24).
Daniel vient justement de confesser cette révolte. Il dit : « nous avons péché, nous avons mal agi, nous nous sommes rendus coupables et nous nous sommes révoltés contre toi en nous détournant de tes commandements et de tes lois » (Daniel 9.5). Il reconnaît que le peuple s’est détourné des commandements de Dieu, qu’il n’a pas écouté les prophètes et qu’il mérite le jugement.
La révolte contre Dieu est donc au cœur du problème. Elle n’est pas simplement politique ou nationale. Elle est spirituelle. Elle désigne l’état du cœur humain qui refuse l’autorité de Dieu, qui rejette sa Parole et qui marche selon sa propre volonté.
Or, qui peut faire cesser cette révolte ? Aucun roi terrestre ne peut le faire. Aucun empire ne peut le faire. Aucun chef religieux ne peut transformer le cœur humain en profondeur. Seul Dieu peut le faire par l’œuvre du Messie.
Jésus est venu porter la révolte de son peuple. Il a subi le jugement que les pécheurs méritaient. Ésaïe annonce cette réalité avec conviction : « Mais c’est pour nos péchés qu’il a été percé, c’est pour nos fautes qu’il a été brisé. Le châtiment qui nous donne la paix est retombé sur lui et c’est par ses blessures que nous sommes guéris » (Ésaïe 53.5).
À la croix, Dieu ne minimise pas la révolte. Il la juge. Toutefois, il la juge en son Fils, afin d’ouvrir un chemin de pardon et de réconciliation. C’est pourquoi Paul peut dire : « Alors que nous étions ses ennemis, Dieu nous a réconciliés avec lui par la mort de son Fils » (Romains 5.10). Daniel 9.24 annonce donc déjà l’œuvre de réconciliation accomplie par Christ.
Mettre fin aux péchés
Le deuxième objectif est de « pour en finir avec les péchés » (Daniel 9.24).
Cette expression ne signifie pas qu’après la venue du Messie, plus aucun être humain ne commettrait jamais de péché. L’histoire montre clairement que le péché continue d’agir dans le monde. Même les croyants doivent encore veiller, lutter contre la chair et marcher par l’Esprit (Galates 5.16).
Mais Daniel 9.24 annonce que Dieu allait traiter le péché de manière décisive. Il ne s’agit plus simplement de sacrifices répétés, offerts année après année, sans pouvoir rendre parfaits ceux qui s’approchaient de Dieu (Hébreux 10.1-4). Il s’agit d’une œuvre définitive.
Jean-Baptiste désigne Jésus en disant : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde » (Jean 1.29). L’épître aux Hébreux déclare : « il est apparu une seule fois, à la fin des temps, pour ôter les péchés par son sacrifice » (Hébreux 9.26).
Cette parole est essentielle. Christ n’est pas venu ajouter un sacrifice parmi d’autres. Il est venu accomplir ce que les sacrifices anciens ne pouvaient qu’annoncer. Il est venu traiter le péché à sa racine, par son sacrifice parfait.
Ainsi, « mettre fin aux péchés » ne signifie pas que le monde serait immédiatement sans péché, mais que le règne du péché a été vaincu dans l’œuvre du Messie. Le pardon est désormais fondé sur un sacrifice accompli une fois pour toutes. Le croyant n’est plus sous la domination du péché comme maître absolu, car Christ a ouvert une vie nouvelle (Romains 6.6-14).
Effacer la faute
Le troisième objectif est « expier, les fautes » (Daniel 9.24).
Cette expression est au cœur du langage de l’expiation. La faute ne peut pas être simplement ignorée. Dieu est saint. Il ne ferme pas les yeux sur le mal. Il ne pardonne pas en faisant comme si le péché n’avait aucune gravité. Le pardon biblique repose sur une œuvre d’expiation.
Sous l’ancienne alliance, les sacrifices rappelaient sans cesse la réalité du péché. Mais ils ne pouvaient pas accomplir parfaitement ce qu’ils symbolisaient. L’auteur de l’épître aux Hébreux affirme qu’il : « est impossible que du sang de taureaux et de boucs ôte les péchés » (Hébreux 10.4). Il fallait donc un sacrifice supérieur. Il fallait l’Agneau véritable. Il fallait celui qui porterait réellement la faute de son peuple.
Ésaïe l’avait annoncé : « l’Eternel a fait retomber sur lui les fautes de nous tous » (Ésaïe 53.6). Pierre le confirme : « Il a pris nos péchés sur lui et les a portés dans son corps, sur la croix, afin qu’étant morts pour le péché, nous menions une vie juste » (1 Pierre 2.24).
La croix est donc le lieu où la faute est réellement expiée. Daniel 9.24 ne regarde pas vers un temple futur où des sacrifices reprendraient leur place. Il regarde vers le sacrifice parfait du Messie.
C’est pourquoi il serait profondément contraire à l’Évangile de donner une importance prophétique centrale à un retour des sacrifices d’animaux. Après la croix, ces sacrifices ne peuvent plus avoir de valeur rédemptrice. Christ a accompli ce qu’ils annonçaient.
Instaurer une justice éternelle
Le quatrième objectif est « instaurer une justice éternelle » (Daniel 9.24).
Cette expression est magnifique. Elle montre que l’œuvre annoncée ne se limite pas au pardon. Dieu ne fait pas seulement disparaître la faute. Il établit une justice durable, parfaite, éternelle s’accomplissant dans l’oeuvre expiatoire de Christ à la Croix..
Cette justice ne peut pas venir de l’homme. Israël n’a pas pu l’établir par son obéissance à la Loi. Les nations ne peuvent pas la produire par leurs systèmes politiques. Les religions humaines ne peuvent pas la fabriquer par leurs efforts.
La justice éternelle vient de Dieu. Elle est révélée et donnée en Jésus-Christ. Paul écrit : « Mais maintenant Dieu a manifesté, sans faire intervenir la Loi, la justice qu’il nous accorde et à laquelle les livres de la Loi et des prophètes rendent témoignage. Dieu déclare les hommes justes par leur foi en Jésus-Christ, et cela s’applique à tous ceux qui croient, car il n’y a pas de différence entre les hommes » (Romains 3.21-22).
Cette justice est liée à la croix. Dieu demeure juste, tout en déclarant juste celui qui met sa foi en Jésus (Romains 3.26). Voilà la profondeur de l’Évangile : Dieu ne sauve pas en renonçant à sa justice, mais en l’accomplissant parfaitement en Christ.
Daniel 9.24 annonce donc une justice qui dépasse largement la restauration de Jérusalem. Il annonce la justice que Dieu donne par le Messie, une justice qui ne dépend pas des sacrifices répétés, ni de la Loi comme moyen de justification, mais de l’œuvre parfaite de Christ.
Cette justice est éternelle parce qu’elle repose sur un sacrifice parfait, une alliance nouvelle et un Sauveur vivant pour toujours.
Accomplir les visions et les prophéties
Le cinquième objectif est « accomplir visions et prophéties » (Daniel 9.24).
Cette expression montre que Daniel 9 n’est pas une prophétie isolée. Elle s’inscrit dans tout le mouvement de la révélation biblique. Dieu annonce que les visions et les prophéties trouveront leur accomplissement. Mais où cet accomplissement se trouve-t-il ? Le Nouveau Testament répond clairement : en Jésus-Christ. Jésus dit aux responsables religieux : « Vous étudiez avec soin les Ecritures, parce que vous êtes convaincus d’en obtenir la vie éternelle. Or, précisément, ce sont elles qui témoignent de moi » (Jean 5.39).
Après sa résurrection, Jésus explique à ses disciples que toute l’Écriture converge vers lui : « Voici ce que je vous ai dit quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les Psaumes » (Luc 24.44).
Puis le texte ajoute : « Là-dessus, il leur ouvrit l’intelligence pour qu’ils comprennent les Ecritures » (Luc 24.45).
Cela est fondamental pour lire Daniel 9. Les visions et les prophéties ne trouvent pas leur accomplissement ultime dans un système moderne, ni dans une carte géopolitique, ni dans une spéculation sur un temple futur. Elles trouvent leur centre en Christ.
Le Messie est la clé de la prophétie. Il est celui vers qui les promesses avancent. Il est celui en qui les figures, les sacrifices, les alliances, les ombres des choses à venir et les annonces prophétiques trouvent leur sens.
Consacrer le lieu très saint
Le sixième objectif est « conférer l’onction à un sanctuaire très saint » (Daniel 9.24).
Cette expression peut être comprise de différentes façons. Certains y voient une référence au sanctuaire terrestre. D’autres y voient une annonce liée au lieu très saint du temple. Mais à la lumière du Nouveau Testament, il faut aller plus loin que le bâtiment terrestre.
Le temple de Jérusalem était important dans l’ancienne alliance, mais il était aussi une figure. Il indiquait la nécessité d’un accès à Dieu. Le lieu très saint rappelait que Dieu est saint et que l’homme pécheur ne peut pas entrer dans sa présence sans médiation, sans sacrifice, sans sang.
Mais Christ est venu comme le véritable médiateur. Par son sang, il a ouvert l’accès à Dieu.
L’épître aux Hébreux déclare : « Or, Christ est venu en tant que grand-prêtre pour nous procurer les biens qu’il nous a désormais acquis. Il a traversé un tabernacle plus grand et plus parfait que le sanctuaire terrestre, un tabernacle qui n’a pas été fabriqué par des mains humaines, c’est-à-dire qui n’appartient pas à ce monde créé. Il a pénétré une fois pour toutes dans le sanctuaire ; il y a offert, non le sang de boucs ou de veaux, mais son propre sang. Il nous a ainsi acquis un salut éternel » (Hébreux 9.11-12).
Cela éclaire puissamment Daniel 9.24. La consécration du lieu très saint ne doit pas être comprise comme une simple restauration rituelle terrestre. Elle trouve son accomplissement dans l’accès ouvert par Christ à la présence de Dieu.
Le voile du temple déchiré au moment de la mort de Jésus en témoigne : « Et voici qu’au même instant, le rideau du Temple se déchira en deux, de haut en bas » (Matthieu 27.51). Dieu montrait que l’accès à sa présence était désormais ouvert par le sacrifice du Messie.
Daniel 9.24 ne nous dirige pas vers ce qui n’était qu’une préfiguration
Il est essentiel de comprendre ceci : Daniel 9.24 ne nous ramène pas en arrière. Il ne prépare pas l’Église à espérer le retour d’un système sacrificiel. Il ne nous pousse pas à attendre un temple terrestre comme centre de l’accomplissement prophétique. Il nous conduit vers Christ.
Les sacrifices anciens étaient des figures. Le temple terrestre était une figure. Le sacerdoce lévitique annonçait une réalité supérieure. La Loi contenait l’ombre des biens à venir, non l’image exacte des choses (Hébreux 10.1). Quand Christ vient, l’ombre cède la place à la réalité.
C’est pourquoi toute lecture de Daniel 9 qui redonne au temple terrestre et aux sacrifices d’animaux une place centrale dans le plan prophétique manque la direction du Nouveau Testament. Le Messie n’est pas venu pour suspendre temporairement les ombres afin qu’elles reprennent plus tard leur importance. Il est venu les accomplir.
Daniel 9.24 annonce donc l’accomplissement, non le retour en arrière.
Une prophétie qui annonce la suffisance de Christ
Les six objectifs de Daniel 9.24 montrent la suffisance absolue de Jésus-Christ.
- Il répond à la révolte.
- Il traite le péché.
- Il efface la faute.
- Il établit la justice éternelle.
- Il accomplit les visions et les prophéties.
- Il ouvre l’accès véritable à la présence de Dieu.
Tout cela est accompli en lui.
Voilà pourquoi il est si grave de déplacer le centre du passage vers l’Antichrist. L’Antichrist ne fait cesser aucune révolte contre Dieu. Il ne met pas fin aux péchés. Il n’efface aucune faute. Il n’instaure aucune justice éternelle. Il n’accomplit pas les prophéties dans le sens rédempteur du plan de Dieu. Il ne consacre pas le vrai lieu très saint. Le Messie seul peut accomplir Daniel 9.24.
La croix au centre du décret divin
Lorsque Gabriel parle à Daniel, il annonce une période fixée par Dieu. Cette période a un but. Et ce but trouve son centre dans la croix.
- À la croix, la révolte est jugée.
- À la croix, le péché est porté.
- À la croix, la faute est expiée.
- À la croix, la justice de Dieu est manifestée.
- À la croix, les prophéties convergent.
- À la croix, l’accès à Dieu est ouvert.
C’est pourquoi Daniel 9.24 est profondément évangélique. Il annonce d’avance les grandes réalités que le Nouveau Testament proclamera avec clarté.
Le Christ crucifié n’est pas une parenthèse dans l’histoire prophétique. Il est le centre de l’histoire. Il est le cœur du plan de Dieu. Il est l’accomplissement de ce que Daniel annonce.
Conclusion : Daniel 9.24 nous conduit à Jésus-Christ
Daniel 9.24 est la clé de toute la prophétie des soixante-dix semaines. Si nous comprenons mal ce verset, nous comprendrons mal tout le passage. Si nous y voyons d’abord un prélude à l’Antichrist, nous manquerons la gloire du Messie. Si nous y voyons une préparation au retour des sacrifices, nous affaiblirons la suffisance de la croix. Si nous y voyons une prophétie centrée sur un futur temple terrestre, nous risquerons d’oublier que Christ a ouvert l’accès véritable à Dieu.
Mais si nous lisons ce verset à la lumière de l’Évangile, tout devient clair.
- Dieu avait fixé une période pour accomplir son dessein.
- Ce dessein concernait le péché, la faute, la justice, les prophéties et l’accès à sa présence.
- Ce dessein s’est accompli en Jésus-Christ.
Daniel 9.24 ne nous invite donc pas à regarder d’abord vers un futur scénario dominé par l’Antichrist. Il nous invite à regarder vers le Messie, vers la croix, vers le sang de l’alliance, vers la justice éternelle et vers l’œuvre parfaite de notre Sauveur. C’est là que commence une lecture fidèle de la prophétie.
Annonce du prochain article
Dans le prochain article, nous regarderons plus précisément l’expression « le Messie sera retranché » (Daniel 9.26). Nous verrons pourquoi cette parole place la croix au cœur de la prophétie et pourquoi la mort de Jésus n’est pas un échec, mais l’accomplissement du plan souverain de Dieu.
Nous montrerons aussi que le Messie retranché ne doit jamais être séparé des objectifs de Daniel 9.24. C’est justement par son retranchement que la faute est effacée, que le péché est traité, que la justice éternelle est établie et que les prophéties trouvent leur accomplissement.
