L’eschatologie sioniste juive et l’eschatologie dispensationaliste chrétienne sont distinctes sur le plan religieux, mais elles partagent une structure commune frappante. Comprendre leurs convergences et leurs divergences permet de saisir pourquoi ces deux visions dialoguent si facilement et pourquoi le dispensationalisme a largement intégré des éléments sioniste juif.
Le centre du plan de Dieu
Dans l’eschatologie sioniste juive, le centre du plan de Dieu est la nation d’Israël. L’histoire progresse vers la restauration nationale, spirituelle et cultuelle du peuple juif sur sa terre. Israël devient le sujet principal de l’accomplissement final et l’espérance se concentre sur une restauration géopolitique.
Dans l’eschatologie dispensationaliste, le centre pratique de la fin des temps est également Israël. Même si Jésus est reconnu comme Messie, le scénario final repose sur un retour à un programme national pour Israël après la période de l’Église. L’histoire du salut est structurée autour d’un futur rétablissement national.
Dans les deux cas, la nation d’Israël devient l’axe structurant de l’histoire future, ce qui ne correspond pas à l’enseignement du Nouveau Testament. Celui-ci place clairement Jésus-Christ au centre du plan de Dieu. L’histoire entière converge vers lui et trouve en lui son accomplissement.
L’apôtre Paul enseigne à propos de Jésus-Christ :
Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses dans les cieux comme sur la terre, les visibles, les invisibles, les Trônes et les Seigneuries, les Autorités, les Puissances. C’est par lui et pour lui que Dieu a tout créé. Il est lui-même bien avant toutes choses et tout subsiste en lui. Il est lui-même la tête de son corps qui est l’Eglise.
Colossiens 1.16-18
Paul révèle que le dessein de Dieu est de tout réunir en Christ :
En Christ, parce qu’il s’est offert en sacrifice, nous avons obtenu la délivrance, le pardon de nos fautes. Dieu a ainsi manifesté sa grâce dans toute sa richesse, et il l’a répandue sur nous avec surabondance, en nous donnant pleine sagesse et pleine intelligence, nous ayant fait connaître le secret de son plan. Ce plan, il l’a fixé d’avance, dans sa bonté, en Christ, pour conduire les temps vers l’accomplissement. Selon ce plan, tout ce qui est au ciel et tout ce qui est sur la terre doit être harmonieusement réuni en Christ.
Éphésiens 1.7-10
La place du Messie
Pour l’eschatologie sioniste juive, Jésus-Christ, le fils de Dieu est complètement exclu. Pour eux le Messie n’est pas encore venu. Lorsqu’il viendra, il sera un descendant de David qui restaurera Israël politiquement et spirituellement et fera observer la Torah.
Dans l’eschatologie dispensationaliste, Jésus est reconnu comme Messie, mais son règne est largement reporté dans l’avenir. Son autorité actuelle est souvent minimisée au profit d’un règne futur terrestre qu’ils appellent à tort millénium.
Dans les deux cas, l’accomplissement messianique est essentiellement projeté dans l’avenir, ce qui ne reflète pas l’enseignement du Nouveau Testament.
Le Nouveau Testament affirme que Jésus règne déjà. Après sa résurrection, il déclare avoir reçu toute autorité dans le ciel et sur la terre.
Alors Jésus s’approcha d’eux et leur parla ainsi : J’ai reçu tout pouvoir dans le ciel et sur la terre.
Matthieu 28.18
Pierre proclame qu’il est élevé à la droite de Dieu comme Seigneur et Christ
Dieu a ressuscité ce Jésus dont je parle : nous en sommes tous témoins. Ensuite, il a été élevé pour siéger à la droite de Dieu. Et maintenant, comme Dieu l’a promis, il a reçu du Père l’Esprit Saint et il l’a répandu sur nous. C’est là ce que vous voyez et entendez. En effet, David, lui, n’est pas monté au ciel, mais il a dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Viens siéger à ma droite jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis à terre sous tes pieds. Voici donc ce que tout le peuple d’Israël doit savoir avec une entière certitude : Dieu a fait Seigneur et Messie ce Jésus que vous avez crucifié.
Actes 2.32-36
L’auteur de l’épitre aux Hébreux enseigne qu’il est assis à la droite de la majesté divine.
Ce Fils est le rayonnement de la gloire de Dieu et l’expression parfaite de son être. Il soutient toutes choses par sa parole puissante et, après avoir accompli la purification des péchés, il s’est assis dans les cieux à la droite du Dieu majestueux.
Hébreux 1.3
Le règne messianique commence avec la première venue de Christ et se manifeste actuellement par son autorité spirituelle, son Église et l’avancement de son royaume.
La lecture du temps
L’eschatologie sioniste juive voit les événements historiques comme des étapes progressives vers la rédemption nationale d’Israël.
L’eschatologie dispensationaliste propose une chronologie détaillée des événements de la fin, interprétant souvent les événements contemporains liés à Israël comme des signes prophétiques.
Dans les deux cas, l’histoire contemporaine devient un calendrier prophétique centré sur Israël.
Le Nouveau Testament enseigne plutôt que les derniers temps ont commencé avec la venue de Christ.
L’auteur de l’épitre aux Hébreux affirme que Dieu nous a parlé dans ces derniers temps par son Fils.
A bien des reprises et de bien des manières, Dieu a parlé autrefois à nos ancêtres par les prophètes. Et maintenant, dans ces jours qui sont les derniers, il nous a parlé par le Fils. Il a fait de lui l’héritier de toutes choses et c’est aussi par lui qu’il a créé l’univers.
Hébreux 1.1-2
L’apôtre Pierre montre que la venue du Saint-Esprit marque l’accomplissement des promesses prophétiques.
Mais maintenant se réalise ce qu’avait annoncé le prophète Joël : Voici ce qui arrivera, dit Dieu, dans les jours de la fin des temps : Je répandrai de mon Esprit sur tout le monde. Vos fils, vos filles prophétiseront , vos jeunes gens, par des visions, vos vieillards, par des songes, recevront des révélations.
Actes 2.16-17
Le temps du salut est défini par l’œuvre de Christ et l’annonce de l’Évangile, non par des événements géopolitiques particuliers du peuple d’Israël.
Le Temple et le culte
Dans l’eschatologie sioniste juive, la reconstruction du Temple et le rétablissement des sacrifices occupent une place centrale.
Dans l’eschatologie dispensationaliste, un Temple futur est également attendu avec un système sacrificiel restauré.
Ces deux perspectives réintroduisent un système sacrificiel et cultuel que le Nouveau Testament présente comme accompli en Christ.
Jésus se présente lui-même comme le véritable Temple :
Démolissez ce temple, leur répondit Jésus, et en trois jours, je le relèverai. Comment ? répondirent-ils. Il a fallu quarante-six ans pour reconstruire le Temple, et toi, tu serais capable de le relever en trois jours ! Mais en parlant du « temple », Jésus faisait allusion à son propre corps. Plus tard, lorsque Jésus fut ressuscité, ses disciples se souvinrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Ecriture et à la parole que Jésus avait dite.
Jean 2.19-22
Son sacrifice est unique et définitif :
Et c’est en raison de cette volonté de Dieu que nous sommes purifiés du péché, grâce au sacrifice de son propre corps que Jésus-Christ a offert une fois pour toutes. Tout prêtre se présente chaque jour pour accomplir son service et offrir souvent les mêmes sacrifices qui, cependant, ne peuvent jamais ôter les péchés. Christ, lui, a offert un sacrifice unique pour les péchés, valable pour toujours, et il s’est assis à la droite de Dieu où il attend désormais que ses ennemis soient mis à terre sous ses pieds. Par une offrande unique, en effet, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il purifie du péché.
Hébreux 10.10-14
L’accès à Dieu ne dépend plus d’un sanctuaire terrestre, car les croyants deviennent le temple de Dieu par l’Esprit :
Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit son temple, Dieu le détruira. Car son temple est saint, et vous êtes ce temple.
1 Corinthiens 3.16-17
Le centre du culte n’est plus un lieu, mais la personne de Jésus-Christ. Il est impératif que chaque chrétiens comprenne cela maintenant en ces jours de séductions.
Le rôle des nations
Dans l’eschatologie sioniste juive, les nations sont souvent opposées à Israël et doivent finalement reconnaître la suprématie d’Israël.
Dans l’eschatologie dispensationaliste, les nations sont jugées selon leur attitude envers Israël national.
Dans les deux systèmes, la relation avec Israël devient le critère principal du jugement.
Le Nouveau Testament enseigne que le salut est offert à toutes les nations par Jésus-Christ qui déclare que Christ a fait des deux peuples un seul. La distinction entre Juifs et non-Juifs est abolie en lui.
Car nous lui devons notre paix. Il a, en effet, instauré l’unité entre les Juifs et les non-Juifs et abattu le mur qui les séparait : en livrant son corps à la mort, il a annulé les effets de ce qui faisait d’eux des ennemis, c’est-à-dire de la Loi de Moïse, dans ses commandements et ses règles. Il voulait ainsi créer une seule et nouvelle humanité à partir des Juifs et des non-Juifs qu’il a unis à lui-même, en établissant la paix. Il voulait aussi les réconcilier les uns et les autres avec Dieu et les unir en un seul corps, en supprimant, par sa mort sur la croix, ce qui faisait d’eux des ennemis.
Éphésiens 2.14-16
Le critère du salut et du jugement est la relation avec Jésus-Christ et l’obéissance à l’Évangile, non la relation avec une nation.
Israël et le peuple de Dieu
Dans l’eschatologie sioniste juive, le peuple de Dieu est défini par l’origine ethnique.
Dans l’eschatologie dispensationaliste, Israël et l’Église sont deux peuples distincts avec des destinées différentes.
Le Nouveau Testament enseigne au contraire l’unité du peuple de Dieu en Christ.
Tous ceux qui appartiennent à Christ sont la descendance d’Abraham.
Car, par la foi en Jésus-Christ, vous êtes tous fils et filles de Dieu. Car vous tous qui avez été baptisés pour Christ, vous vous êtes revêtus de Christ. Il n’y a plus ni Juifs ni non-Juifs, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme. Unis à Jésus-Christ, vous êtes tous un. Si vous lui appartenez, vous êtes la descendance d’Abraham et donc, aussi, les héritiers des biens que Dieu a promis à Abraham.
Galates 3.26-29
L’apôtre Paul enseigne que tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël.
Car ce ne sont pas tous ceux qui descendent du patriarche Israël qui constituent Israël.
Romains 9.6
Le peuple de Dieu est maintenant défini dans la Nouvelle Alliance par la foi en Jésus-Christ et la nouvelle naissance. Jésus forme un seul peuple racheté, composé de tous ceux qui croient en lui indépendamment de leur ethnie.
La finalité de la fin des temps
Dans l’eschatologie sioniste juive, la fin des temps correspond à la restauration nationale d’Israël.
Dans l’eschatologie dispensationaliste, elle inclut un règne terrestre centré sur Jérusalem avant la nouvelle création.
Dans les deux cas, la restauration nationale devient centrale.
Le Nouveau Testament enseigne que la finalité du plan de Dieu est la nouvelle création en Christ. Apocalypse 21 présente la nouvelle Jérusalem comme la demeure de Dieu avec son peuple. La finalité est la rédemption totale de la création et la communion éternelle avec Dieu par Jésus-Christ.
Conclusion théologique : Christ au centre de l’accomplissement
L’eschatologie sioniste juive propose une vision nationale, territoriale et cultuelle du salut. Pour sa part, l’eschatologie dispensationaliste reprend largement cette structure en y intégrant Jésus comme Messie. Puis, le Nouveau Testament présente une réalité différente : toutes les promesses trouvent leur accomplissement en Christ et en son œuvre rédemptrice.
L’enjeu fondamental est christologique. La question essentielle n’est pas simplement l’ordre des événements futurs, mais l’identité de celui en qui les promesses de Dieu s’accomplissent.
Le Nouveau Testament affirme clairement que toutes les promesses de Dieu trouvent leur accomplissement en Jésus-Christ (2 Corinthiens 1.20). Il est l’accomplissement de la loi, des prophètes et des promesses.
L’espérance chrétienne repose indubitablement sur sa personne, son sacrifice, sa résurrection et son règne. Toute lecture prophétique doit être centrée sur lui, Jésus-Christ, car il est la clé de toute la révélation, le fondement du salut et l’achèvement du plan de Dieu.
