Comprendre l’identité de l’épouse de l’Agneau n’est pas une question secondaire. Elle touche directement la compréhension du peuple de Dieu, de l’alliance, du salut et de l’accomplissement final du plan divin. Pour examiner ce sujet avec justesse, il faut partir d’un principe simple : laisser les Écritures définir leurs propres termes.
Beaucoup d’enseignements reposent sur des traditions théologiques ou des formulations populaires répétées sans examen attentif du texte. Mais l’étude biblique demande de revenir à ce que dit réellement la Parole de Dieu, dans son contexte et dans sa cohérence globale.
Cette étude répond donc, de manière progressive et argumentée, aux objections les plus courantes en examinant les passages verset par verset.
Le point de départ non négociable : la seule définition explicite de l’épouse
Toute étude sérieuse commence par le texte qui définit clairement le sujet. Apocalypse 21.9-10 établit l’interprétation inspirée :
Alors l’un des sept anges […] vint me parler : Viens, me dit-il, je te montrerai la Mariée, l’Epouse de l’Agneau.
Apocalypse 21.9.
Puis Jean écrit :
Il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne, d’où il me fit voir la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu.
Apocalypse 21.10
Ici, l’Écriture ne laisse aucune ambiguïté. L’ange annonce qu’il va montrer l’épouse. Ce qu’il montre ensuite est la Jérusalem nouvelle. Le texte ne dit pas que l’épouse représente l’Église ni qu’elle symbolise une organisation particulière. Il identifie directement l’épouse comme la ville sainte.
Le principe herméneutique fondamental s’impose alors : lorsque la Bible définit explicitement une réalité, cette définition gouverne l’interprétation des autres passages. Ce n’est pas une doctrine extérieure qui interprète le texte, mais le texte qui interprète les autres textes.
Maintenant, Apocalypse 21.2 confirme encore cette identification :
Je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, descendre du ciel, d’auprès de Dieu, belle comme une mariée qui s’est parée pour son époux.
Apocalypse 21.2
La même réalité apparaît sous deux expressions complémentaires : la ville sainte et l’épouse. L’image est donc claire et cohérente dans tout le chapitre.
La description de la ville révèle ensuite ce qu’elle contient. Apocalypse 21.12 mentionne les noms des douze tribus d’Israël sur les portes.
Elle était entourée d’une grande et haute muraille, percée de douze portes gardées par douze anges, et sur ces portes étaient gravés les noms des douze tribus d’Israël.
Apocalypse 21.12.
Apocalypse 21.14 mentionne les noms des douze apôtres sur les fondations.
La muraille reposait sur douze fondements qui portaient les noms des douze apôtres de l’Agneau.
Apocalypse 21.14
La ville réunit donc les douze tribus d’Israël et les 12 apôtres, les promesses anciennes et leur accomplissement en Christ. Elle représente le peuple de Dieu complet dans son état final et glorifié. Cette description ne correspond pas à une définition limitée ou exclusive, mais à la totalité du peuple racheté.
Ainsi, le point de départ est clair : dans l’Apocalypse, l’épouse est la Jérusalem nouvelle, symbole du peuple de Dieu accompli ou glirifié.
Première objection : « Éphésiens 5 dit que l’Église est l’épouse »
Ce passage est souvent considéré comme la preuve principale. Il faut donc l’examiner attentivement.
Éphésiens 5.25 dit :
Quant à vous, maris, que chacun de vous aime sa femme comme Christ a aimé l’Eglise
Éphésiens 5.25a
Le texte affirme que Christ aime l’Église. Il n’affirme pas que l’Église est l’épouse au sens d’Apocalypse 21.
Un autre passage, Éphésiens 5.26-27 explique que Christ sanctifie l’Église, la purifie et la veut glorieuse.
Il (Jésus) a donné sa vie pour elle afin de la rendre digne de se tenir devant Dieu après l’avoir purifiée par sa Parole, comme par le bain nuptial. Il a ainsi voulu se présenter cette Eglise à lui-même, rayonnante de beauté, sans tache, ni ride, ni aucun défaut, mais digne de se tenir devant Dieu et irréprochable.
Éphésiens 5.25b-27
Dans ce passage, l’accent est placé sur l’œuvre rédemptrice et sanctificatrice du Christ, non sur l’identité eschatologique de l’épouse.
Un autre passage, Éphésiens 5.28-30 introduit une autre image dominante : les croyants sont membres du corps de Christ.
Voilà comment chaque mari doit aimer sa femme comme si elle était son propre corps : ainsi celui qui aime sa femme s’aime lui-même. Car personne n’a jamais haï sa propre chair ; au contraire, chacun la nourrit et l’entoure de soins, comme Christ le fait pour l’Eglise, parce que nous sommes les membres de son corps.
Éphésiens 5.28-30
Paul passe donc d’une métaphore à une autre pour expliquer l’union spirituelle entre l’Église et Christ. Il ne mentionne jamais explicitement que l’Église est l’Épouse de Christ comme le fait Apocalypse 21 en parlant de la Nouvelle Jérusalem.
Éphésiens 5.31 cite Genèse 2.24 pour illustrer l’unité entre l’homme et la femme.
| Éphésiens 5.31 | Genèse 2.24 |
| C’est pourquoi l’homme laissera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et les deux ne feront plus qu’un . | C’est pourquoi l’homme laissera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront plus qu’un. |
Éphésiens 5.32 conclut :
Il y a là un grand mystère : je parle de ce que je viens de dire au sujet de Christ et de l’Eglise.
Éphésiens 5.32
Paul utilise le mariage comme illustration pédagogique pour enseigner l’amour, l’unité et la sanctification entre les époux. Il ne donne pas ici une définition prophétique de l’épouse qui serait l’Église.
L’Écriture utilise souvent plusieurs images pour une même réalité. Christ est appelé porte, berger, cep, rocher, sans que ces images deviennent des définitions exclusives. Cela signifie que la Bible décrit une vérité spirituelle sous différentes figures ou métaphores, sans que chacune devienne une définition unique ou exclusive.
Autrement dit, une image explique un aspect d’une réalité, mais elle ne l’enferme pas complètement.
La Bible enseigne souvent par images parce que les réalités spirituelles sont profondes et difficiles à exprimer par une seule description.De même, Éphésiens 5 décrit une relation spirituelle profonde sans identifier l’épouse au sens de la révélation finale.
Le texte enseigne la nature de l’amour du Christ, non l’identité eschatologique de l’épouse.
Deuxième objection : « 2 Corinthiens 11 affirme que l’Église est l’épouse »
Paul écrit :
Je vous ai, en effet, fiancés à un seul époux pour vous présenter à Christ comme une jeune fille pure.
2 Corinthiens 11.2.
Le vocabulaire est déterminant. Paul parle de fiançailles et de présentation. L’image est celle d’une préparation, d’une fidélité dans l’attente.
Il ne s’agit pas de la noce accomplie, mais d’un état provisoire orienté vers un accomplissement futur. Cette idée correspond parfaitement à Matthieu 25, où les vierges attendent l’époux, et à Apocalypse 19, où l’épouse se prépare.
Ce que ça signifie c’est qu’il est vrai de dire que l’Église est la fiancée de Christ, mais faux de dire qu’elle est l’épouse. La fiancée n’est jamais l’épouse. Ce qui est aussi vrai c’est de dire que lorsque nous aurons revêtu nos corps glorieux et que nous habiterons dans la nouvelle Jérusalem alors nous serons l’épouse de Christ. Mais en attendant sur cette terre, ce n’est pas biblique de dire que l’Église est l’épouse de Christ. Comme pour nous, nous avons aujourd’hui la vie éternelle, il serait faux de dire que nous avons revêtu nous corps glorifié. Comme pour l’épouse, nous sommes en préparation. Le texte souligne donc la vigilance et la pureté du peuple en attente, non l’identité finale de l’épouse révélée en Apocalypse 21.
Troisième objection : « Apocalypse 19 parle de l’épouse, donc il s’agit de l’Église »
Apocalypse 19.7 annonce :
Réjouissons-nous, exultons d’allégresse et apportons-lui notre hommage. Voici bientôt les noces de l’Agneau. Sa fiancée s’est préparée.
Apocalypse 19.7
Ce passage annonce l’événement des noces. Mais il ne définit pas qui est l’épouse. L’identité est révélée plus tard, lorsque l’ange déclare explicitement qu’il va montrer l’épouse, puis montre la Jérusalem nouvelle.
La progression du texte est claire : annonce, préparation, révélation. Apocalypse 19 annonce la noce, Apocalypse 21 révèle l’identité.
Quatrième objection : « La Jérusalem nouvelle représente simplement l’Église »
Certains reconnaissent que la Jérusalem nouvelle est symbolique, mais affirment qu’elle symbolise uniquement l’Église. Or la description du texte dépasse cette interprétation.
Les portes portent les noms des tribus. Les fondations portent les noms des apôtres. Les nations marchent à sa lumière. Le symbole inclut donc l’ensemble du peuple racheté dans sa dimension historique et universelle.
Réduire ce symbole à une seule catégorie du peuple de Dieu contredit les détails donnés par le texte lui-même.
Cinquième objection : « Le peuple de Dieu est appelé Église, donc l’Église est l’épouse »
Le mot « Église » signifie assemblée ou peuple convoqué. Le Nouveau Testament utilise plusieurs images pour décrire ce peuple : corps, temple, troupeau, vigne, ville.
Aucune de ces images n’exclut les autres. Elles décrivent différentes dimensions d’une même réalité. Dans la révélation finale, l’Apocalypse utilise l’image de la Jérusalem nouvelle pour exprimer l’accomplissement ultime du peuple de Dieu.
Sixième objection : « Galates 4 identifie Jérusalem à l’Église »
Galates 4.26 affirme :
Mais la Jérusalem d’en haut est libre. C’est elle qui est notre mère.
Galates 4.26
Paul enseigne que les croyants appartiennent à la réalité céleste de l’alliance. Il ne redéfinit pas l’épouse, mais confirme que le peuple racheté est lié à la Jérusalem céleste, ce qui correspond précisément à la vision d’Apocalypse 21.
Septième objection : « Hébreux 12 identifie la Jérusalem céleste à l’assemblée »
Non, vous, au contraire, vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste et de milliers d’anges en fête. Vous vous êtes approchés de l’assemblée des premiers-nés de Dieu dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous vous êtes approchés de Dieu, le Juge de tous les hommes, et des esprits des justes qui sont parvenus à la perfection.
Hébreux 12.22-23
Hébreux 12.22-23 associe Sion, la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste et l’assemblée des premiers-nés. Ces réalités ne sont pas opposées, mais décrivent la même communauté sous différentes perspectives. Le peuple racheté appartient à la Jérusalem céleste.
Huitième objection : « Si l’Église n’est pas l’épouse, Christ n’a pas d’épouse aujourd’hui »
Le Nouveau Testament parle souvent d’attente et de préparation. Le peuple est uni à Christ par la foi, mais l’image nuptiale atteint son accomplissement final lorsque la Jérusalem nouvelle est révélée.
L’amour du Christ pour son peuple est présent maintenant, mais la manifestation pleine de l’épouse appartient à l’accomplissement final. Tout comme pour nous dans notre réalité. La fiancé n’est pas l’épouse tant et aussi longtemps que la noce n’a pas été célébré.
Neuvième objection : « Dieu aurait alors deux épouses »
L’Ancien Testament appelle le peuple de l’alliance l’épouse de Dieu. Le Nouveau Testament révèle l’accomplissement de ce peuple en Christ et l’intégration des croyants de toutes nations.
La Jérusalem nouvelle, portant les noms des 12 tribus d’Israël et des 12 apôtres, montre l’unité du peuple de Dieu. Il n’y a pas deux épouses, mais une seule réalité accomplie.
Dixième objection : « Comment une ville peut-elle être une épouse »
La littérature apocalyptique utilise des symboles vivants. Babylone est décrite comme une femme et une ville. La Jérusalem nouvelle est aussi une réalité collective représentée sous forme de cité.
Apocalypse 21.3 explique la signification : Dieu habite avec les hommes. La ville représente la communauté rachetée où Dieu demeure. La communauté de ceux dont leur noms est écrit dans le livre de vie, venant de l’Ancien et du Nouveau Testament et qui on revêtu leur corps glorifié.
L’unité du témoignage biblique
Lorsque toute l’Écriture est considérée, un fil conducteur apparaît clairement.
- Dieu appelle son peuple comme une épouse dans l’Ancien Testament.
- Christ vient comme l’époux pour sauver et purifier son peuple.
- Le peuple est préparé dans l’attente.
- La révélation finale montre l’épouse comme la Jérusalem nouvelle, le peuple glorifié dans la présence de Dieu.
Ainsi, l’ensemble forme une révélation cohérente et progressive.
Conclusion pastorale
L’Écriture affirme avec véhémence que Christ aime son peuple, le sanctifie et le prépare pour la gloire. Mais lorsqu’il s’agit d’identifier explicitement « l’épouse de l’Agneau », la révélation finale ne désigne pas une institution particulière terrestre. Elle montre la Jérusalem nouvelle, symbole du peuple racheté accompli, réuni, glorifié et éternellement uni à Dieu.
Ainsi se révèle l’espérance ultime :
Il habitera avec eux ; ils seront ses peuples et lui, Dieu avec eux , sera leur Dieu.
Apocalypse 21.3-4
À la lumière de cette étude, nous pouvons comprendre que l’Église est présentement liée à Christ comme une fiancée sur la terre, et que cette union atteindra son plein accomplissement lorsque nous serons revêtus de corps glorifiés et introduits dans la gloire éternelle avec lui.
