Depuis plus d’un siècle et demi, le livre de l’Apocalypse est devenu l’un des plus déformés de toute la Bible. Certains y voient un calendrier des événements mondiaux à venir, d’autres un roman codé sur la fin du monde. Mais peu cherchent à comprendre le but spirituel pour lequel Dieu a révélé ces visions à Jean.
Pourtant, l’Apocalypse n’a pas été écrite pour satisfaire notre curiosité prophétique, mais pour révéler Jésus-Christ dans sa gloire. Ce livre n’est pas un manuel de prédictions, mais une révélation du triomphe du Christ sur le mal, destinée à fortifier la foi des croyants dans les temps de trouble.
Malheureusement, la lecture littérale défendue par le dispensationalisme a obscurci ce message. Elle transforme un texte profondément spirituel en un récit matériel, et un appel à la persévérance en une suite d’événements catastrophiques à redouter.
Comprendre l’Apocalypse exige donc une chose essentielle : la lire comme Dieu l’a donnée : par des signes et des symboles.
Le piège de la lecture littérale : quand l’Apocalypse devient méconnaissable
L’une des erreurs les plus graves du dispensationalisme réside dans sa prétention de lire l’Apocalypse au sens littéral. Cette approche, qui paraît sérieuse, trahit en réalité le sens spirituel et prophétique du livre. Elle réduit un texte inspiré, riche en images divines, à un film apocalyptique où les symboles deviennent des monstres et les visions des explosions cosmiques.
Dès le premier verset, Jean précise pourtant que la révélation lui a été donnée par signes :
Apocalypse 1.1 – « Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a donnée pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. Il l’a fait connaître par des signes. »
Le mot grec sēmainō (signes) signifie littéralement « communiquer par symboles ». Ce n’est donc pas une description journalistique du futur, mais une vision spirituelle du règne de Christ. Lire ces signes au sens littéral, c’est manquer leur profondeur.
Des exemples qui rendent la lecture littérale absurde
Si l’on prenait l’Apocalypse au pied de la lettre, il faudrait croire que :
- Jésus-Christ est un agneau couvert de sang (Apocalypse 5.6) ;
- Des étoiles tombent sur la terre (Apocalypse 6.13), ce qui anéantirait toute vie parce qu’il y a des étoiles 100 fois plus grosses que la terre ;
- Un tiers de la mer se transforme en sang (Apocalypse 8.8) ;
- Des sauterelles à visage humain sortent de l’abîme (Apocalypse 9.7-10) ;
- Babylone la grande est une femme géante assise sur une bête à sept têtes (Apocalypse 17.3-5) ;
- Le dragon rouge de douze cornes serait un véritable monstre céleste ;
- La Nouvelle Jérusalem serait une ville cubique de 2 000 kilomètres de haut (Apocalypse 21.16), ce qui dépasse l’atmosphère terrestre.
Ces images ne décrivent pas des faits physiques, mais des réalités spirituelles :
- L’Agneau est le Christ vainqueur ;
- Les étoiles représentent des autorités spirituelles ;
- La mer symbolise les nations ;
- Babylone incarne la corruption du monde ;
- La Nouvelle Jérusalem figure le peuple glorifié de Dieu.
Ainsi, lire l’Apocalypse littéralement, c’est confondre les symboles avec leur véritable sens. Ce livre n’est pas un film futuriste, mais une fresque prophétique où Dieu révèle la victoire spirituelle de son Fils.
Le témoignage cohérent de l’Écriture
Le langage symbolique n’est pas propre à l’Apocalypse. Il traverse toute la Bible, depuis les visions d’Ézéchiel, de Daniel, de Zacharie, d’Ésaïe et de Joël.
Ces prophètes ont utilisé le même langage imagé pour révéler des vérités célestes et spirituelles.
- Dans Daniel 2, la statue de métal représente quatre royaumes, non une sculpture réelle, comme Daniel l’explique au roi.
- Dans Ézéchiel 37, les ossements desséchés figurent la restauration spirituelle d’Israël.
- Dans Zacharie 4, les deux oliviers symbolisent le témoignage prophétique de Dieu.
- Dans Joël 2, le soleil obscurci et la lune changée en sang évoquent le jugement moral de Dieu, pas un phénomène cosmique.
- Dans Ésaïe 11, le loup et l’agneau annoncent la paix messianique du Royaume, non une coexistence animale future.
Ces images révèlent un langage spirituel cohérent à travers toute l’Écriture. L’Apocalypse s’inscrit dans cette même tradition prophétique.
Conclusion : redécouvrir le sens spirituel du livre
L’Apocalypse n’est pas un code secret pour initiés, mais une révélation spirituelle adressée à l’Église. Elle nous montre Jésus-Christ régnant au milieu de son peuple, appelant les croyants à la fidélité dans un monde hostile.
Le danger du littéralisme, c’est qu’il déplace le regard du croyant : au lieu de fixer les yeux sur l’Agneau, il les fixe sur les bêtes. De ce fait, ce livre n’est pas la révélation des bêtes : c’est la révélation de Jésus-Christ (Apocalypse 1.1).
Lire l’Apocalypse spirituellement, c’est retrouver sa beauté, sa puissance et son message central : Christ règne, son peuple triomphe, et le Royaume de Dieu avance malgré les ténèbres.
