Une mise au point biblique sur une idée populaire mais non scripturaire
Depuis plusieurs siècles, des prédicateurs, évangélistes et enseignants annoncent la renaissance de l’Empire romain à la fin des temps. Pour certains, il s’agirait de l’Union européenne. Pour d’autres, d’un futur empire antichristique inspiré des gloires passées de Rome. Mais une question fondamentale demeure toujours : cette idée est-elle réellement biblique ? Que disent les Écritures à ce sujet ? À la lumière de la Parole de Dieu, nous allons déconstruire cette idée reçue et rappeler l’espérance véritable qui anime le peuple de Dieu.
1. D’où vient l’idée d’un retour de Rome ?
D’abord, l’idée selon laquelle Rome renaîtrait de ses cendres est profondément enracinée dans l’interprétation dispensationaliste des prophéties bibliques, en particulier celles du livre de Daniel et de l’Apocalypse. Voici les textes souvent utilisés pour soutenir cette théorie :
• Daniel 2 et la statue de Nebucadnetsar
Dans ce passage, Daniel interprète le rêve du roi de Babylone comme une succession de quatre royaumes (Babylone, Médo-Perse, Grèce, Rome). Le dernier royaume, représenté par les jambes de fer et les pieds en partie de fer et en partie d’argile, est souvent associé à l’Empire romain et à une version affaiblie ou divisée de celui-ci.
Certains pensent que les dix orteils préfigurent dix nations qui formeront un nouvel empire romain à la fin des temps. Mais ce lien repose sur des suppositions et non sur une affirmation claire du texte. Ce qu’il faut bien accepter c’est que la prophétie de Daniel 7 se termine avec la mort de Christ et la destruction du temple, l’arrêt des sacrifice et la dispersion des Juifs dans le monde.
• Daniel 7 et la quatrième bête
De manière similaire, la quatrième bête terrifiante est souvent interprétée comme Rome, à cause de sa force destructrice et de ses dix cornes. Là encore, l’idée d’un « retour » de Rome moderne est importée dans le texte, et non extraite par une exégèse rigoureuse des Écritures.
• Apocalypse 17 et la femme sur la bête
L’Apocalypse, pour sa part enseigne qu’une grande prostituée assise sur une bête écarlate, avec cette précision :
« Les sept têtes sont sept montagnes, sur lesquelles siège la femme. » (Apocalypse 17.9)
Cette allusion aux sept montagnes de Rome a conduit de nombreux commentateurs à identifier la prostituée comme Rome, ce qui est possible seulement dans le contexte historique du premier siècle alors que Rome règne sur tout le territoire d’Israël.
Cependant, l’idée que cette Rome doit renaître à la fin des temps repose sur une extrapolation. Le texte biblique ne dit jamais que la femme reviendra, ni que Rome sera restaurée. Au final, c’est la Bible qui fait autorité et jamais, au grand jamais, nos suppositions.
2. Ce que la Bible enseigne réellement
a) La Bible annonce la chute finale de Babylone, pas la restauration de Rome
Dans Apocalypse 18, Dieu annonce la chute soudaine de Babylone la grande, symbole d’un système mondial d’idolâtrie, de luxure et de commerce corrompu. Cette Babylone n’est pas une ville identifiable existant sur la terre en ce moment. Elle représente toute structure spirituelle et politique qui s’oppose à Dieu — pas nécessairement une ville ou un empire spécifique. En y regardant de près, nous pouvons nous apercevoir que nous vivons présentement dans ce système spirituel politique, idolâtre et corrompus
La voix céleste crie :
« Sortez du milieu d’elle, membres de mon peuple, afin de ne pas participer à ses péchés et de ne pas être frappés avec elle des fléaux qui vont l’atteindre. » (Apocalypse 18.4)
Il s’agit d’un appel spirituel et universel, et non d’un avertissement géopolitique contre une Rome ressuscitée. En ces temps de la fin, le discernement est primordial pour ne pas risquer de se faire prendre au dépourvu.
b) Le royaume final est celui de Christ, pas d’un empire romain restauré
La pierre détachée sans l’aide d’aucune main (Daniel 2.34-35, 44) qui écrase tous les royaumes représente le royaume de Dieu inauguré par Jésus-Christ.
« A l’époque de ces rois-là, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et dont la souveraineté ne passera pas à un autre peuple ; il pulvérisera tous ces royaumes-là et mettra un terme à leur existence, mais lui-même subsistera éternellement. » (Daniel 2.44)
Ce royaume ne dépend d’aucune alliance politique humaine, et il n’attend pas la reconstitution d’un empire terrestre pour se manifester. Il a déjà été inauguré par la venue de Christ, et il se déploie dans l’Église jusqu’à son plein accomplissement au retour du Seigneur.
3. Pourquoi cette erreur s’est-elle répandue ?
L’interprétation d’un retour de Rome a été popularisée au 19ᵉ siècle par des auteurs comme John Nelson Darby et promue par la chaîne de références Schofield, fortement influencée par le dispensationalisme.
Cela correspond aussi à une tendance à lire la prophétie biblique à travers une grille géopolitique occidentale, où Rome est perçue comme le berceau du catholicisme et du pouvoir impérial jouant un rôle symbolique majeur. Ce type d’interprétation, cependant, occulte le sens spirituel et prophétique véritable des textes.
4. Une fausse attente qui détourne les croyants
Croire que Rome va renaître, c’est :
- Détourner l’attention des croyants des vrais dangers spirituels de notre temps (apathie, compromis, idolâtrie moderne) ;
- Créer une fausse attente eschatologique, qui pourrait faire tomber dans la peur ou la distraction ;
- Réduire les textes prophétiques à des scénarios géopolitiques, alors qu’ils sont des appels à la sainteté, à la persévérance et à la fidélité à Christ.
5. Une interprétation fidèle : Babylone, une figure spirituelle
Le message de l’Apocalypse est clair : Babylone, la grande prostituée, incarne l’esprit du monde, corrompu, orgueilleux, séducteur et opposé à Christ. Elle peut être vue dans les royaumes antiques (Babylone, Tyr, Rome), mais aussi dans les systèmes modernes : matérialisme économique, consommation excessive, impérialisme, fausses religions, etc.
L’appel de Dieu n’est pas d’observer une résurgence romaine, mais de sortir de Babylone, c.est-à-dire de vivre en séparés du monde en étant fidèles au royaume de Dieu.
Conclusion : Regardons à Christ, pas à Rome
Non, la Bible n’enseigne pas que Rome renaîtra de ses cendres. Ce que Dieu annonce, c’est le jugement final de tout système opposé à sa justice, et l’établissement éternel de son règne en Jésus-Christ.
Plutôt que de nourrir des scénarios fondés sur des interprétations douteuses ou sur des constructions humaines, cherchons à comprendre le message central de la prophétie biblique : préparez le retour du Roi des rois, sanctifiez-vous, tenez ferme, et ne vous laissez pas séduire.
Frères et sœurs, l’Église ne doit pas perdre son temps à guetter le retour d’un empire mort, mais à vivre dans la puissance du royaume vivant, celui de notre Seigneur Jésus-Christ. Ce ne sont pas les ruines de Rome qui doivent retenir notre attention, mais la gloire du trône de Dieu, la sainteté de l’Époux, et l’appel du Saint-Esprit à une Église prête, pure et sans tache.
Il est temps de détourner notre regard des spéculations prophétiques pour revenir à l’essentiel :
- Veillons sur notre cœur, car Babylone n’est pas seulement extérieure, elle peut aussi trouver refuge dans l’orgueil, la mondanité ou l’indifférence spirituelle.
- Tenons notre lampe allumée, car Christ revient, et il vient chercher une Église éveillée, remplie de l’Esprit, enracinée dans la vérité.
- Revenons à la Parole, seule source fiable en ces temps troublés où de nombreuses voix séduisent les croyants avec des récits qui flattent la curiosité mais affaiblissent la foi.
Le véritable espoir de l’Église ne repose pas sur la chute ou le retour d’un empire terrestre, mais sur la victoire assurée de Jésus-Christ, le seul Roi qui vient, non pas pour régner depuis Rome ou Jérusalem, mais pour établir un royaume éternel de justice et de paix dans les cœurs et, bientôt, sur une nouvelle sous de nouveaux cieux.
Alors, que chacun de nous puisse entendre aujourd’hui l’appel du Seigneur :
« Sortez du milieu d’elle, membres de mon peuple, afin de ne pas participer à ses péchés et de ne pas être frappés avec elle des fléaux qui vont l’atteindre. » (Apocalypse 18.4)
Et que notre prière soit celle-ci : « Seigneur, que ton règne vienne dans ma vie, dans ton Église, et dans le monde entier. Garde-nous éveillés, saints, et fidèles jusqu’à ton retour. »
