Depuis la création de l’État moderne d’Israël en 1948, plusieurs milieux évangéliques influencés par le dispensationalisme affirment que nous vivons l’accomplissement direct de prophéties bibliques. Cette lecture soulève une question importante, la Bible enseigne-t-elle vraiment un retour final d’Israël en terre promise comme un signe des derniers temps ? Examinons les textes invoqués à cet effet, et leur véritable portée selon l’Écriture.
1. Ézéchiel 36-37 : Rassemblement et résurrection d’Israël
« Je vous ferai revenir de chez les autres peuples, je vous rassemblerai de tous les pays étrangers et je vous ramènerai dans votre pays. » (Ézéchiel 36.24)
« C’est pourquoi prophétise et dis-leur : « Voici ce que dit le Seigneur, l’Eternel : Je vais ouvrir vos sépulcres et je vous ferai remonter de vos tombes, ô mon peuple, et je vous ramènerai dans le pays d’Israël. » (Ézéchiel 37.12)
Le dispensationalisme dit que ces versets sont interprétés comme une prophétie du retour des Juifs en 1948 et du rétablissement national d’Israël.
Cependant, le véritable contexte biblique est tout autre. Ces chapitres parlent du retour après l’exil babylonien, avec une forte dimension symbolique et spirituelle. Ézéchiel 36.25-27 parle d’un cœur nouveau et d’un esprit nouveau. C’est une allusion directe à la nouvelle alliance en Christ. De même, quant à la vision des ossements desséchés (Ézéchiel 37), elle symbolise la restauration du peuple de Dieu par la puissance du Saint-Esprit, non un projet politique.
Voilà pourquoi le contexte est très important pour éviter d’induire les gens dans l’erreur en sortant des passages de leur contexte. Regardons la suite et vous vous apercevrez tout comme moi que c’est encore et toujours le même stratagème que le dispensationalisme utilise, prône et défend.
2. Amos 9.14-15 : Le peuple restauré dans sa terre
« Je ramènerai les captifs de mon peuple Israël et ils rebâtiront les villes dévastées, et les habiteront. Ils planteront des vignes et en boiront le vin, ils établiront des jardins et ils en mangeront les fruits. Je les planterai sur leur terre et ils ne seront plus arrachés à la terre que je leur ai donnée, dit l’Eternel, ton Dieu. » (Amos 9.14–15)
Ici, le dispensationalisme affirme que Dieu a promis un retour définitif en Canaan et que l’État d’Israël géopolitique serait l’accomplissement de cette promesse.
Toutefois, le véritable contexte biblique nous apprend tout autre chose. En réalité, ce passage annonce la restauration après l’exil (Jérémie 30–33). Cependant, Jacques, dans Actes 15.14-17, cite justement Amos 9 pour montrer que cette prophétie est accomplie dans l’Église, par la venue de Christ et l’entrée des nations dans le peuple de Dieu. C’est donc un accomplissement spirituel et non pas géopolitique.
3. Ésaïe 11.11-12 : Rassemblement d’un reste d’Israël
« En ce jour-là, le Seigneur étendra sa main une seconde fois pour libérer le reste de son peuple qui aura subsisté en Assyrie et en Égypte, à Patros et en Éthiopie, à Élam, en Babylonie, et à Hamath, ainsi que dans les îles et les régions côtières. Il dressera son étendard en direction des peuples étrangers ; quant aux exilés d’Israël, il les rassemblera, et les dispersés de Juda, il les regroupera des quatre coins du monde. » (Ésaïe 11.11-12)
Maintenant, ce que le dispensationalisme mentionne c’est que cette « seconde fois » serait le retour moderne des Juifs vers Israël après la diaspora.
Prenons le temps de regarder le véritable contexte biblique qui nous apprend que ce passage s’insère dans un chapitre messianique, rien de moins. Il commence par :
« Un rameau poussera sur le tronc d’Isaï, un rejeton naîtra de ses racines, et portera du fruit. L’Esprit de l’Eternel reposera sur lui, et cet Esprit lui donnera le discernement, la sagesse, le conseil et la force ; il lui fera connaître et craindre l’Eternel. » (Ésaïe 11.1-2)
Nous voyons ici que ce passage d’Ésaïe parle clairement de Christ. Le rassemblement du peuple se réalise en lui et non par un retour militaire ou politique, mais par l’œuvre de salut universelle. Paul reprend ce langage dans Romains 15.12 pour parler de l’inclusion des païens dans le salut.
Commencez-vous à réaliser comment le dispensationalisme prend des passages, les sorts de leur contexte, pour leur faire dire une chose qu’ils ne disent pas. Ce n’est pas tout, regardons maintenant le passage suivant.
4. Zacharie 12.2-3 ; 14.2-4 : Jérusalem attaquée, Dieu intervenant
« De Jérusalem, je vais faire une coupe enivrante pour tous les peuples qui l’entourent. Il en sera de même pour Juda quand on assiégera Jérusalem. Voici : en ce jour-là, je ferai de Jérusalem une très lourde pierre pour tous les autres peuples et quiconque essaiera de la lever de terre en sera tout meurtri. Tous les peuples du monde uniront leurs efforts pour la combattre. » (Zacharie 2.2-3)
« J’assemblerai alors l’ensemble des peuples étrangers devant Jérusalem pour la combattre. La ville sera prise, les maisons saccagées et les femmes violées, la moitié de la ville partira en exil, mais le reste du peuple ne sera pas éliminé de la ville. Puis l’Eternel viendra combattre ces peuples comme il le fait quand il combat au jour de la bataille. En ce jour-là, il posera ses pieds sur le mont des Oliviers, près de Jérusalem, du côté du levant. Le mont des Oliviers se fendra d’est en ouest en deux parties ; une immense vallée se creusera entre les deux. Une moitié du mont reculera au nord, l’autre moitié au sud. (Zacharie 14.2-4)
L’interprétation que fait le dispensationalisme dit que cela désigne une guerre future en Israël, où Jésus reviendra physiquement sur le mont des Oliviers.
Par contre, le véritable contexte biblique est que Zacharie utilise un langage apocalyptique et symbolique tout comme Jean et Ézéchiel le font dans leur écrit. Jésus lui-même cite Zacharie 13.7 dans Matthieu 26.31 en disant :
« Jésus leur dit alors : Cette nuit, ce qui m’arrivera vous ébranlera tous dans votre foi. En effet, il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées . (Matthieu 26.31)
Nous voyons bien que Zacharie utilise une image pour parler de l’arrestation de Jésus et le fait que les disciples vont se disperser.
Jean dans Apocalypse 1.7 reprend le même thème en l’appliquant à la croix et au retour glorieux, sans aucun lien avec une bataille géopolitique locale.
« Voici ! Il vient au milieu des nuées, et tout le monde le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et toutes les familles de la terre se lamenteront à cause de lui. Oui, amen ! » (Apocalypse 1.7)
Nous voyons bien, encore une fois, que ce passage est une image qui démontre le retour de Jésus. Lorsque Jean mentionne que « ceux qui l’ont transpercé » nous savons bien que ce n’est pas les meurtriers de Jésus de l’époque, parce qu’ils sont tous morts aujourd’hui. C’est une image qui ne peut se prendre littéralement, mais plutôt symboliquement.
Ainsi, le mont des Oliviers devient donc le symbole du jugement et du triomphe messianique, non un lieu géographique stratégique. C’est une image que nous ne pouvons pas prendre littéralement, mais que lorsque cela se produira nous réaliserons bien pleinement ce que ça voulait dire réellement.
Prenons par exemple cette parole énigmatique de Jésus.
« Démolissez ce temple, leur répondit Jésus, et en trois jours, je le relèverai. Comment ? répondirent-ils. Il a fallu quarante-six ans pour reconstruire le Temple, et toi, tu serais capable de le relever en trois jours ! Mais en parlant du « temple », Jésus faisait allusion à son propre corps. Plus tard, lorsque Jésus fut ressuscité, ses disciples se souvinrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Ecriture et à la parole que Jésus avait dite. » (Jean 2.19–22.)
Ce qui est intéressant avec ce passage c’est que les disciples ne comprirent le sens de cette parole qu’après la résurrection. C’est l’événement accompli qui a éclairé leur mémoire et leur foi.
5. Luc 21.24 : « Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations »
« Ses habitants seront passés au fil de l’épée ou déportés dans tous les pays étrangers, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les peuples étrangers jusqu’à ce que leur temps soit révolu. » (Luc 21.24)
Ce que le dispensationalisme en dit c’est que le temps des nations serait terminé en 1967, lorsque Jérusalem a été reprise par l’État d’Israël.
Encore une fois, le véritable contexte biblique est bien différent de ce qu’affirme le dispensationalisme. Luc 21 parle de la destruction du temple en l’an 70, et du jugement contre Jérusalem pour avoir rejeté le Messie. Jésus avertit ses disciples de fuir la ville (Luc 21.20-22). Il ne s’agit pas d’un calendrier prophétique, mais d’un avertissement historique, déjà accompli.
6. Romains 11.25-26 : « Tout Israël sera sauvé »
« Frères et sœurs, je ne veux pas que vous restiez dans l’ignorance de ce mystère, pour que vous ne croyiez pas détenir en vous-mêmes une sagesse supérieure : l’endurcissement d’une partie d’Israël durera jusqu’à ce que l’ensemble des non-Juifs soit entré dans le peuple de Dieu, et ainsi, tout Israël sera sauvé. C’est là ce que dit l’Ecriture : de Sion viendra le Libérateur ; il éloignera de Jacob toute désobéissance. » (Romains 11.25-26)
Finalement, ce que le dispensationalisme en dit est qu’Israël national sera sauvé à la fin des temps, après l’enlèvement de l’Église.
Malheureusement, le véritable contexte biblique nous démontre que l’apôtre Paul parle d’Israël selon l’élection de grâce, pas d’un salut national automatique. Tout Israël désigne le peuple de Dieu dans son ensemble, composé de Juifs et de païens unis par la foi en Christ (Romains 9.6-8 ; Galates 6.16). Il n’existe aucun salut en dehors de Jésus (Actes 4.12), que ce soit pour un Juif ou un païen.
Conclusion : le véritable retour des Juifs, c’est en Christ
Les textes que le dispensationalisme utilise pour annoncer un retour futur d’Israël en terre promise sont toujours sortis de leur contexte ou interprétés de manière littérale et géopolitique, en contradiction avec la lecture spirituelle et christocentrique des apôtres.
Le véritable retour promis par Dieu, c’est le retour du cœur humain vers son Créateur, par la repentance, la foi en Christ et la régénération par l’Esprit.
« Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids d’un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos. » (Matthieu 11.28)
L’espérance du chrétien n’est pas dans une nation terrestre, mais dans un Royaume éternel et céleste :
« Allons donc à lui en sortant à l’extérieur du camp, et acceptons d’être méprisés comme lui car, ici-bas, nous n’avons pas de cité permanente : c’est la cité à venir que nous recherchons. » (Hébreux 13.13-14)
Frères et sœurs, dans un monde où les signes extérieurs peuvent facilement nous détourner de l’essentiel, gardons notre regard fixé sur le Roi du Royaume et non sur les royaumes de ce monde. Ne laissons pas une mauvaise lecture prophétique nourrir notre fascination pour des événements géopolitiques, au détriment de notre marche quotidienne avec Jésus.
Notre mission n’est pas de soutenir un plan politique, mais de proclamer le salut en Jésus-Christ, auprès de toutes les nations. Il n’y a qu’un seul peuple de Dieu : ceux qui sont nés de nouveau, qu’ils soient Juifs ou non-Juifs.
Ce que Dieu attend de nous aujourd’hui, ce n’est pas que nous surveillions les frontières d’un pays, mais que nous ouvrions les portes de nos cœurs à sa Parole.
Revenons à une espérance centrée sur Christ, à une foi fondée sur la Parole, et à une lecture prophétique qui produit la crainte de Dieu, la sainteté, l’amour de la vérité et le zèle pour l’Évangile.
