Série Daniel 9.24-27 – Article 1 : Une prophétie centrée sur Christ, non sur l’Antichrist

Article 1 : Le passage de Daniel 9.24-27 est souvent interprété comme annonçant une période gouvernée par l’Antichrist. Cependant, une lecture attentive révèle que la prophétie se concentre sur l’œuvre messianique de Jésus-Christ : l’expiation des péchés, l’instauration de la justice éternelle et l’accomplissement des promesses divines. Cette interprétation souligne le salut avant le jugement.

Une question essentielle pour bien lire Daniel 9

Daniel 9.24-27 est l’un des passages les plus utilisés pour soutenir l’idée d’une période future de sept ans dominée par l’Antichrist. Selon cette lecture, la soixante-dixième semaine de Daniel serait détachée des soixante-neuf premières, placée dans un avenir encore lointain, et deviendrait le cadre d’un traité politique, d’un temple reconstruit, de sacrifices rétablis et d’une grande tribulation mondiale.

Mais avant d’accepter cette interprétation, il faut poser une question fondamentale : le texte lui-même met-il réellement l’Antichrist au centre de la prophétie ?

Lorsque nous lisons Daniel 9.24-27 attentivement, une évidence s’impose. Le passage ne commence pas par parler d’un homme impie des derniers temps. Il ne commence pas par annoncer un traité politique. Il ne commence pas par décrire une tribulation future de sept ans. Il commence par annoncer une œuvre divine liée au péché, à l’expiation, à la justice éternelle et à l’accomplissement des prophéties.

Autrement dit, Daniel 9.24-27 n’est pas d’abord une prophétie sur l’Antichrist, mais bien une prophétie centrée sur le Messie.

Le verset 24 donne la clé de toute la prophétie

Le premier verset de cette prophétie est capital :

« Une période de soixante-dix septaines1 a été fixée pour ton peuple et pour ta ville sainte, pour mettre un terme à la révolte contre Dieu, pour en finir avec les péchés, et pour expier, les fautes ainsi que pour instaurer une justice éternelle, pour accomplir vision et prophétie, et pour conférer l’onction à un sanctuaire très saint » (Daniel 9.24).

Ce verset annonce six réalités majeures :

  1. Faire cesser la révolte contre Dieu
  2. Mettre fin aux péchés
  3. Effacer la faute
  4. Instaurer une justice éternelle
  5. Accomplir les visions et les prophéties
  6. Consacrer le lieu très saint

Ces expressions ne peuvent pas être accomplies par l’Antichrist. Elles ne peuvent pas être produites par un empire humain. Elles ne peuvent pas être réalisées par un accord diplomatique. Elles appartiennent au domaine de l’œuvre rédemptrice de Dieu.

Qui peut faire cesser la révolte contre Dieu ? Qui peut mettre fin au pouvoir du péché ? Qui peut effacer la faute de son peuple ? Qui peut établir une justice éternelle ? Qui peut accomplir les visions et les prophéties ? La réponse biblique est claire : seul Jésus-Christ, le Messie promis, peut accomplir cela.

Jean-Baptiste désigne Jésus comme celui qui enlève le péché du monde : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde » (Jean 1.29). L’auteur de l’épître aux Hébreux affirme que Christ est venu pour abolir le péché par son sacrifice : « il (Jésus) est apparu une seule fois, à la fin des temps, pour ôter les péchés par son sacrifice » (Hébreux 9.26).

Daniel 9.24 nous conduit donc directement à l’œuvre de la croix.

La prophétie annonce le salut avant d’annoncer le jugement

Il est important de remarquer l’ordre du texte. Avant de parler de la destruction de la ville et du sanctuaire, Daniel 9 parle de l’accomplissement du salut. Avant d’évoquer la désolation, le passage annonce l’expiation. Avant de parler du jugement qui viendra sur Jérusalem, il annonce l’œuvre du Messie. Cela correspond parfaitement au témoignage du Nouveau Testament. Jésus est venu annoncer le Royaume de Dieu, appeler Israël à la repentance, accomplir la Loi et les Prophètes, offrir sa vie en sacrifice, inaugurer la nouvelle alliance, puis annoncer le jugement qui tomberait sur Jérusalem à cause de son endurcissement.

Jésus pleure sur la ville en disant : « Ah, Jérusalem ! Jérusalem ! Toi qui fais mourir les prophètes et qui lapides ceux que Dieu t’envoie ! Combien de fois j’ai voulu rassembler tes habitants auprès de moi comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ! Mais vous ne l’avez pas voulu ! Maintenant, votre maison va être abandonnée et restera déserte » (Matthieu 23.37-38).

Puis, il dira aux pharisiens : « Eh bien, maintenant, votre maison va être livrée à l’abandon. Oui, je vous le déclare : dorénavant vous ne me verrez plus jusqu’à ce que le temps soit arrivé où vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Luc 13.35

Ensuite, au sujet du temple, il déclare : « Oui, regardez bien tout cela ! Vraiment, je vous l’assure : tout sera démoli : il ne restera pas une pierre sur une autre. » (Matthieu 24.2).

Daniel 9 suit cette même logique : le Messie vient, il est retranché, puis la ville et le sanctuaire sont détruits.

Le Messie est clairement présent dans le passage

Daniel 9.25 annonce la venue d’un chef ayant reçu l’onction : « Depuis le moment où le décret ordonnant de restaurer et de rebâtir Jérusalem a été promulgué jusqu’à l’avènement d’un chef ayant reçu l’onction, il s’écoulera sept septaines2 et soixante-deux septaines3. La ville sera rebâtie et rétablie avec ses places et ses fossés, en des temps de détresse. » (Daniel 9.25).

Le texte nous conduit vers « un chef ayant reçu l’onction ». Le mot « onction » renvoie au Messie. Le Messie est celui que Dieu a consacré pour accomplir son dessein. Dans l’Ancien Testament, les rois, les prêtres et parfois les prophètes recevaient l’onction. Mais en Jésus-Christ, ces réalités trouvent leur accomplissement parfait. Il est le Roi, le Sacrificateur et le Prophète par excellence.

Pierre proclame que Jésus a été oint par Dieu : « Dieu a oint Jésus de Nazareth en répandant sur lui la puissance du Saint-Esprit. Celui-ci a parcouru le pays en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. » (Actes 10.38).

Le Nouveau Testament présente donc Jésus comme le Messie oint de Dieu. Daniel 9 ne nous invite pas à chercher d’abord l’Antichrist, mais à reconnaître le Messie dans ce passage.

Le Messie retranché : la croix au centre du passage

Daniel 9.26 déclare : « A la fin des soixante-deux septaines, un homme ayant reçu l’onction sera mis à mort, bien qu’on ne puisse rien lui reprocher. Quant à la ville et au sanctuaire, ils seront détruits par le peuple d’un chef qui viendra, mais sa fin arrivera, provoquée comme par une inondation, et jusqu’à la fin, séviront la guerre et les dévastations qui ont été décrétées. » (Daniel 9.26).

Cette parole est d’une profondeur immense. Le Messie vient, puis il est retranché. Il est coupé, rejeté, mis à mort. Cette annonce correspond puissamment à la crucifixion de Jésus-Christ. Jésus n’a pas été retranché à cause de ses propres fautes. Il a été retranché pour les péchés de son peuple. Ésaïe avait déjà annoncé cette réalité : « Il a été arraché à la vie avec violence, suite à un jugement. Et qui, parmi les gens de sa génération, s’est soucié de son sort, lorsqu’on l’a retranché du pays des vivants ? Il a été frappé à mort à cause des péchés que mon peuple a commis » (Ésaïe 53.8).

La croix n’est donc pas un accident dans le plan de Dieu. Elle est l’accomplissement du dessein divin. Pierre le déclare clairement le jour de la Pentecôte : « Jésus de Nazareth – cet homme dont Dieu vous a montré qu’il l’approuvait en accomplissant, par son moyen, au milieu de vous des miracles, des signes et des actes extraordinaires – a été livré entre vos mains conformément à la décision que Dieu avait prise et au projet qu’il avait établi d’avance. Et vous, vous l’avez tué en le faisant crucifier par des hommes qui ne connaissent pas Dieu » (Actes 2.22-23).

Daniel 9.26 place donc la mort du Messie au cœur de la prophétie. Cela suffit déjà à montrer que le centre du passage n’est pas l’Antichrist, mais Christ crucifié.

Le danger de déplacer le regard de Christ vers l’Antichrist

L’une des erreurs les plus graves dans certaines lectures prophétiques consiste à prendre un passage centré sur l’œuvre du Messie et à en faire principalement un passage sur l’Antichrist.

Dans cette lecture, l’alliance de Daniel 9.27 devient un traité futur signé par l’Antichrist. La cessation du sacrifice devient une action de l’Antichrist dans un temple reconstruit. La soixante-dixième semaine devient une période future presque entièrement détachée de l’œuvre de Jésus-Christ.

Le problème est sérieux. Le texte commence avec l’expiation du péché, la justice éternelle et l’accomplissement des prophéties. Il annonce ensuite le Messie et son retranchement. Pourquoi donc retirer le centre du passage à Christ pour le donner à l’Antichrist ?

Une telle lecture finit par affaiblir la gloire de la croix. Elle fait de Daniel 9 un texte dominé par un homme impie, alors que le passage annonce l’œuvre glorieuse du Messie. Elle attire l’attention vers un futur scénario de peur, alors que le texte révèle d’abord le salut accompli par Dieu.

L’alliance confirmée avec plusieurs

Daniel 9.27 déclare : « L’oint conclura une alliance ferme avec un grand nombre » (Daniel 9.27).

La question est importante : qui est « l’oint » ?

Dans la lecture dispensationaliste, ce « oint » est identifié à l’Antichrist. Pourtant, le contexte immédiat vient de parler du Messie. Le passage a déjà annoncé l’œuvre qui efface la faute, instaure la justice éternelle et accomplit les prophéties. Il a déjà parlé de celui qui reçoit l’onction et qui est retranché. Il est donc beaucoup plus naturel de voir ici une référence à l’œuvre du Messie, particulièrement à la nouvelle alliance confirmée par son sang.

Lors du dernier repas, Jésus dit : « ceci est mon sang, par lequel est scellée l’alliance. Il va être versé pour beaucoup d’hommes, afin que leurs péchés soient pardonnés » (Matthieu 26.28).

Le lien est frappant. Daniel parle d’une alliance confirmée avec un grand nombre. Jésus parle de son sang versé pour beaucoup. Daniel annonce l’expiation de la faute. Jésus affirme que son sang est versé pour le pardon des péchés.

Ce n’est pas l’Antichrist qui confirme l’alliance rédemptrice. C’est Christ. Ce n’est pas un traité politique qui pardonne les péchés. C’est le sang du Messie.

La fin du sacrifice et de l’offrande

Daniel 9.27 ajoute : « au cours d’une septaine et, à la moitié de la septaine, il fera cesser le sacrifice et l’offrande » (Daniel 9.27).

Encore une fois, plusieurs appliquent cette phrase à l’Antichrist. Mais le Nouveau Testament nous donne une lumière beaucoup plus profonde. Par sa mort, Jésus a rendu caduc le système sacrificiel de l’ancienne alliance. Les sacrifices d’animaux annonçaient son sacrifice parfait. Une fois Christ offert, ces sacrifices n’avaient plus de valeur rédemptrice devant Dieu.

L’épître aux Hébreux le dit avec clarté : « Et c’est en raison de cette volonté de Dieu que nous sommes purifiés du péché, grâce au sacrifice de son propre corps que Jésus-Christ a offert une fois pour toutes. » (Hébreux 10.10).

Puis encore : « Par une offrande unique, en effet, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il purifie du péché » (Hébreux 10.14).

Et encore : « Or, lorsque les péchés ont été pardonnés, il n’est plus nécessaire de présenter une offrande pour les enlever » (Hébreux 10.18).

La croix a donc mis fin à la nécessité du sacrifice et de l’offrande. Même si les sacrifices ont continué temporairement dans le temple jusqu’à sa destruction, leur valeur spirituelle était terminée dès que Christ a offert sa vie. Là encore, le centre du texte n’est pas l’Antichrist. C’est le sacrifice parfait de Jésus.

La destruction de la ville et du sanctuaire

Daniel 9.26 annonce aussi : « Quant à la ville et au sanctuaire, ils seront détruits par le peuple d’un chef qui viendra » (Daniel 9.26).

Cette partie de la prophétie annonce le jugement sur Jérusalem et sur le temple. Historiquement, cela s’est accompli lors de la destruction de Jérusalem par les armées romaines en l’an 70. Jésus avait annoncé ce jugement avec une grande clarté : « Quand vous verrez des armées ennemies encercler Jérusalem, sachez que sa destruction est imminente. » (Luc 21.20).

Ce passage est particulièrement important, car Luc explique de manière claire ce que Matthieu appelle « l’abominable profanation » en lien avec Daniel (Matthieu 24.15). La destruction de Jérusalem n’est donc pas un détail secondaire. Elle fait partie du jugement annoncé à la suite du rejet du Messie. Cette destruction n’était pas prophétisée ici pour la fin des temps.

Daniel 9 présente donc une progression cohérente :

  • le Messie vient,
  • il est retranché,
  • l’alliance est confirmée,
  • le sacrifice trouve sa fin,
  • la ville et le sanctuaire sont détruits.

Pourquoi cette lecture honore davantage le texte biblique

Cette lecture est plus fidèle au mouvement du passage, parce qu’elle garde ensemble ce que le texte garde ensemble. Elle ne sépare pas artificiellement la soixante-dixième semaine des soixante-neuf premières. Elle ne déplace pas au futur lointain ce qui trouve son accomplissement dans la venue du Messie. Elle ne donne pas à l’Antichrist la place que le texte donne à Christ.

Elle est aussi plus fidèle au Nouveau Testament. Jésus est celui qui accomplit les Écritures. Il est celui qui inaugure la nouvelle alliance. Il est celui dont le sang est versé pour beaucoup. Il est celui qui met fin à la valeur des sacrifices. Il est celui qui annonce le jugement sur Jérusalem.

Quand nous lisons Daniel 9 à la lumière de Jésus, le passage devient lumineux. Il ne nourrit pas la curiosité malsaine pour l’Antichrist. Il nourrit l’adoration envers le Messie.

Une prophétie qui magnifie la croix

Daniel 9.24-27 nous montre que Dieu avait annoncé d’avance l’œuvre de son Fils. Le péché ne serait pas simplement couvert temporairement par des sacrifices répétés. Il serait traité profondément par le sacrifice parfait du Messie. La faute serait effacée. La justice éternelle serait instaurée. Les visions et les prophéties trouveraient leur accomplissement. C’est exactement ce que Jésus a accompli. À la croix, il a porté nos péchés. Par son sang, il a établi la nouvelle alliance. Par son sacrifice, il a rendu inutiles les sacrifices de l’ancienne alliance. Par sa résurrection, il a manifesté la victoire de Dieu. Par son œuvre parfaite, il est devenu le centre de l’espérance de son peuple.

Voilà pourquoi Daniel 9 ne doit pas être lu comme un texte dominé par l’Antichrist, mais comme une prophétie qui magnifie Christ.

Conclusion : remettre le Messie au centre

La première grande vérité à rétablir est donc celle-ci : Daniel 9.24-27 est une prophétie messianique avant d’être une prophétie de jugement. Elle annonce l’œuvre du Messie avant d’annoncer la désolation. Elle place la croix avant la destruction du temple. Elle parle de l’expiation avant de parler de la ruine. Elle révèle la fidélité de Dieu avant de montrer le jugement sur l’infidélité humaine.

Le dispensationalisme a souvent déplacé l’attention vers l’Antichrist, vers un futur traité politique, vers un temple reconstruit et vers une semaine séparée du reste de la prophétie. Mais le texte lui-même nous ramène ailleurs. Il nous ramène à Jésus-Christ.

  • Le Messie est venu.
  • Le Messie a été retranché.
  • Le Messie a confirmé l’alliance.
  • Le Messie a mis fin à la valeur des sacrifices.
  • Le Messie a accompli l’œuvre du salut.

Et c’est là que doit commencer toute lecture fidèle de Daniel 9.24-27 : non par la peur de l’Antichrist, mais par l’adoration du Christ crucifié et ressuscité.

Vers le prochain article

Dans le prochain article, nous regarderons plus attentivement les soixante-dix semaines elles-mêmes. Que signifie cette période fixée par Dieu ? Faut-il y voir un calendrier prophétique fragmenté, interrompu par une longue parenthèse de plus de deux mille ans, ou une prophétie cohérente qui avance vers son accomplissement en Jésus-Christ ?

Nous verrons que Daniel 9 ne présente pas une prophétie brisée en deux morceaux sans lien direct, mais un décret divin orienté vers un but précis : faire cesser la révolte contre Dieu, effacer la faute, instaurer une justice éternelle et accomplir les visions et les prophéties. Autrement dit, le prochain article montrera que les soixante-dix semaines ne doivent pas être séparées de l’œuvre du Messie, mais comprises comme le cadre prophétique qui conduit à son accomplissement glorieux.

  1. Soixante-dix septaine représente une période de 490 ans (70 x 7 ans) ↩︎
  2. 7 x 7 ans = 49 ans ↩︎
  3. 7 x 62 ans = 434 ans ↩︎

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