Une parole qui nous conduit directement à la croix
Daniel 9.26 contient l’une des déclarations les plus fortes de toute la prophétie des soixante-dix semaines : « A la fin des soixante-deux septaines, un homme ayant reçu l’onction sera mis à mort, bien qu’on ne puisse rien lui reprocher » (Daniel 9.26).
Cette phrase est capitale. Elle place la mort du Messie au cœur du passage. Avant de parler de la destruction de la ville et du sanctuaire, avant d’évoquer la désolation, avant même d’aborder en détail la cessation du sacrifice et de l’offrande, le texte annonce que le Messie serait retranché.
Ce n’est pas un détail secondaire. Ce n’est pas une parenthèse. Ce n’est pas un accident dans le déroulement de l’histoire. Le Messie retranché est au centre de Daniel 9. Et si le Messie retranché est au centre, alors la croix est au centre.
Le Messie annoncé dans la prophétie
Daniel 9.25 avait déjà annoncé la venue d’un chef ayant reçu l’onction : « Depuis le moment où le décret ordonnant de restaurer et de rebâtir Jérusalem a été promulgué jusqu’à l’avènement d’un chef ayant reçu l’onction, il s’écoulera sept septaines et soixante-deux septaines » (Daniel 9.25).
L’expression « un chef ayant reçu l’onction » renvoie au Messie. Dans l’Ancien Testament, l’onction était associée à la consécration. Les rois, les prêtres et parfois les prophètes étaient mis à part pour une mission particulière. Mais Jésus-Christ est l’Oint par excellence. Il est celui en qui les fonctions de roi, de prêtre et de prophète trouvent leur accomplissement parfait.
Pierre résume cela en disant : « Dieu a oint Jésus de Nazareth en répandant sur lui la puissance du Saint-Esprit » (Actes 10.38). Daniel 9 ne nous présente donc pas seulement une période prophétique. Il nous conduit vers une personne : le Messie. Et ce Messie vient pour accomplir l’œuvre de Dieu.
Le Messie vient, puis il est retranché
La prophétie est frappante par sa simplicité. Le Messie apparaît, puis il est retranché. Le texte ne dit pas d’abord qu’il prendra le pouvoir politique. Il ne dit pas d’abord qu’il renversera Rome. Il ne dit pas d’abord qu’il établira immédiatement un royaume visible selon les attentes nationales d’Israël. Il dit qu’il sera retranché.
C’est exactement ce qui a scandalisé beaucoup de Juifs au temps de Jésus. Plusieurs attendaient un Messie triomphant selon leurs attentes terrestres. Ils espéraient une délivrance politique immédiate. Ils voulaient un roi qui libérerait Israël de l’oppression romaine.
Mais Jésus est venu autrement. Il est venu comme le Serviteur souffrant. Il est venu pour donner sa vie. Il est venu pour porter le péché. Il est venu pour être rejeté, condamné et crucifié.
Jésus l’a annoncé à ses disciples : « A partir de ce moment, Jésus commença à exposer à ses disciples qu’il devait se rendre à Jérusalem, y subir de cruelles souffrances de la part des responsables du peuple, des chefs des prêtres et des spécialistes de la Loi, être mis à mort et ressusciter le troisième jour » (Matthieu 16.21). Cette nécessité n’était pas seulement historique. Elle était prophétique et divine. Jésus devait souffrir parce que les Écritures annonçaient un Messie souffrant.
Retranché, mais non vaincu
Le mot « retranché » exprime une réalité solennelle. Le Messie serait coupé, rejeté, mis à mort. Il serait enlevé de la terre des vivants. Mais cela ne signifie pas qu’il serait vaincu.
La croix semble être une défaite aux yeux des hommes. Pour les chefs religieux, Jésus était rejeté. Pour Rome, il était un condamné. Pour la foule, il était un crucifié. Pour les disciples, pendant quelques heures, tout semblait perdu. Néanmoins, aux yeux de Dieu, la croix était l’accomplissement de son plan.
Pierre déclare le jour de la Pentecôte :« Jésus de Nazareth – cet homme dont Dieu vous a montré qu’il l’approuvait en accomplissant, par son moyen, au milieu de vous des miracles, des signes et des actes extraordinaires – a été livré entre vos mains conformément à la décision que Dieu avait prise et au projet qu’il avait établi d’avance. Et vous, vous l’avez tué en le faisant crucifier par des hommes qui ne connaissent pas Dieu » (Actes 2.22-23).
Cette parole est essentielle. La mort de Jésus n’a pas surpris Dieu. Elle faisait partie de son dessein éternel. Les hommes sont responsables de leur rejet du Messie, mais Dieu accomplissait par là son plan rédempteur. Le Messie est retranché, mais il n’est pas vaincu. Il est livré, mais selon le plan de Dieu. Il meurt, mais sa mort devient le moyen du salut.
Ésaïe 53 et le Messie frappé pour son peuple
Daniel 9.26 trouve un écho puissant dans Ésaïe 53. Le prophète Ésaïe avait déjà annoncé qu’un Serviteur juste serait rejeté, souffrant et frappé pour les péchés du peuple. Ésaïe déclare : « Il a été arraché à la vie avec violence, suite à un jugement. Et qui, parmi les gens de sa génération, s’est soucié de son sort, lorsqu’on l’a retranché du pays des vivants ? Il a été frappé à mort à cause des péchés que mon peuple a commis. » (Ésaïe 53.8).
Le lien avec Daniel 9 est profond. Daniel annonce que le Messie sera retranché. Ésaïe annonce que le Serviteur sera retranché de la terre des vivants à cause des péchés du peuple. Ensemble, ces textes montrent que la mort du Messie n’est pas une interruption du plan de Dieu, mais son accomplissement.
Ésaïe dit encore : « Mais c’est pour nos péchés qu’il a été percé, c’est pour nos fautes qu’il a été brisé. Le châtiment qui nous donne la paix est retombé sur lui et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. » (Ésaïe 53.5).
Voilà le sens profond du Messie retranché. Il ne meurt pas pour ses propres fautes. Il meurt pour les fautes des autres. Il porte le jugement. Il subit le châtiment. Il ouvre la paix. Il procure la guérison spirituelle.
La croix accomplit Daniel 9.24
Dans l’article précédent, nous avons vu que Daniel 9.24 annonce six objectifs :
- Faire cesser la révolte contre Dieu
- Mettre fin aux péchés
- Effacer la faute
- Instaurer une justice éternelle
- Accomplir visions et prophéties
- Consacrer le lieu très saint.
Comment ces réalités s’accomplissent-elles ? Elles s’accomplissent par le Messie retranché.
- C’est par la croix que la révolte est jugée.
- C’est par la croix que le péché est porté.
- C’est par la croix que la faute est expiée.
- C’est par la croix que la justice de Dieu est manifestée.
- C’est par la croix que les prophéties convergent vers leur accomplissement.
- C’est par la croix que l’accès à Dieu est ouvert.
Daniel 9.26 ne doit donc jamais être séparé de Daniel 9.24. Le verset 24 annonce le but. Le verset 26 révèle le moyen. Le but est l’expiation, la justice éternelle et l’accomplissement des prophéties. Le moyen est le Messie retranché.
La mort de Jésus comme accomplissement, non comme échec
Les disciples eux-mêmes ont eu de la difficulté à comprendre cela. Après la crucifixion, deux disciples marchaient sur le chemin vers Emmaüs, découragés. Ils avaient espéré que Jésus serait celui qui délivrerait Israël. Mais sa mort semblait avoir détruit toute leur espérance.
Jésus, les ayant rejoint sur le chemin, leur répond en les ramenant aux Écritures : « Le Messie ne devait-il pas souffrir toutes ces choses avant d’entrer dans sa gloire ? » (Luc 24.26).
Puis le texte ajoute : « Alors, commençant par les livres de Moïse et parcourant tous ceux des prophètes, Jésus leur expliqua ce qui se rapportait à lui dans toutes les Ecritures » (Luc 24.27). Cette parole est fondamentale. La souffrance du Messie n’était pas contraire aux Écritures. Elle était annoncée par les Écritures. La croix n’était pas l’échec de la mission de Jésus. Elle était le passage nécessaire vers l’accomplissement.
Daniel 9.26 s’inscrit ici dans cette même logique. Le Messie devait être retranché. Et par ce retranchement, Dieu accomplissait son dessein.
Pourquoi cette vérité renverse la lecture centrée sur l’Antichrist
Une lecture centrée sur l’Antichrist déplace le regard. Elle fait de Daniel 9 un texte dominé par un futur chef impie, par un traité politique, par une profanation future et par une période de peur. Mais le texte lui-même place devant nous le Messie qui vient et qui est retranché.
Cela ne signifie pas que la Bible ne parle jamais de l’opposition finale à Dieu, ni de l’esprit de l’Antichrist, ni des puissances de séduction. Elle en parle clairement ailleurs (1 Jean 2.18 ; 2 Thessaloniciens 2.3-12). Mais Daniel 9.24-27, dans son cœur, nous conduit d’abord à l’œuvre du Messie.
Lorsque l’on fait de l’Antichrist le personnage principal de Daniel 9.27, on risque de lire le passage à rebours. On commence par un système futuriste, puis on force le texte à entrer dans ce système. Mais lorsque l’on part du verset 24 et du Messie retranché au verset 26, la direction devient beaucoup plus claire : Daniel 9 annonce l’œuvre rédemptrice de Christ. Le centre n’est pas l’homme de péché. Le centre est l’Agneau de Dieu.
Le Messie retranché et le sang de l’alliance
La mort de Jésus n’est pas seulement un martyre. Elle est le sacrifice qui fonde la nouvelle alliance.
Lors du dernier repas, Jésus déclare : « ceci est mon sang, par lequel est scellée l’alliance. Il va être versé pour beaucoup d’hommes, afin que leurs péchés soient pardonnés » (Matthieu 26.27-28).
Cette parole éclaire Daniel 9. Le Messie est retranché, et son sang est versé pour beaucoup. Daniel 9.27 parle d’une alliance confirmée avec plusieurs. Jésus parle de son sang versé pour beaucoup. Le lien est profond.
Le Messie retranché n’est donc pas seulement celui qui meurt. Il est celui qui confirme l’alliance par sa mort. Sa mort n’est pas passive. Elle accomplit l’expiation. Elle scelle l’alliance. Elle ouvre le pardon. Elle fonde le peuple racheté. Ce n’est pas un traité diplomatique qui est au cœur de Daniel 9. C’est le sang de Christ.
Le Messie retranché et la fin des sacrifices
Daniel 9.27 annonce aussi que le sacrifice et l’offrande cesseraient. Cette réalité prend tout son sens à la lumière du Messie retranché. Pourquoi les sacrifices devaient-ils cesser ? Parce que le sacrifice parfait allait être offert.
L’épître aux Hébreux affirme : « c’est en raison de cette volonté de Dieu que nous sommes purifiés du péché, grâce au sacrifice de son propre corps que Jésus-Christ a offert une fois pour toutes » (Hébreux 10.10).
Puis encore : « Par une offrande unique, en effet, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il purifie du péché » (Hébreux 10.14).
Et encore : « Or, lorsque les péchés ont été pardonnés, il n’est plus nécessaire de présenter une offrande pour les ôter » (Hébreux 10.18).
Ces paroles sont décisives. Une fois le Messie retranché, une fois son sacrifice offert, les sacrifices de l’ancienne alliance n’ont plus de valeur rédemptrice. Ils peuvent continuer extérieurement pendant quelques années jusqu’à la destruction du temple, mais spirituellement, leur rôle est terminé.
Ainsi, la croix met fin à ce que les sacrifices annonçaient. Le type cède la place à la réalité. L’ombre cède la place au corps. Le provisoire cède la place au parfait.
Le Messie retranché et le jugement sur Jérusalem
Daniel 9.26 annonce ensuite que la ville et le sanctuaire seraient détruits. Cette destruction vient après l’annonce du Messie retranché. Ici, ce lien est important. Le rejet du Messie conduit au jugement sur Jérusalem. Jésus lui-même a annoncé cette réalité. Après avoir dénoncé l’endurcissement de Jérusalem, il déclare : « Maintenant, votre maison va être abandonnée et restera déserte » (Matthieu 23.38).
Puis, en sortant du temple, il annonce : « Vraiment, je vous l’assure : tout cela sera démoli : il ne restera pas pierre sur pierre » (Matthieu 24.2).
Luc précise encore : « Quand vous verrez des armées ennemies encercler Jérusalem, sachez que sa destruction est imminente » (Luc 21.20).
La destruction de Jérusalem en l’an 70 n’est donc pas étrangère à Daniel 9. Elle correspond au jugement annoncé après le rejet du Messie. Le Messie vient, il est retranché, puis la ville et le sanctuaire sont détruits.
Cette progression respecte le texte. Elle respecte aussi les paroles de Jésus.
La croix dévoile la fidélité de Dieu
La mort du Messie pourrait sembler incompréhensible si l’on oublie le plan de Dieu. Mais Daniel 9 nous montre que Dieu ne réagit pas simplement aux événements. Il les conduit vers son dessein. Même lorsque son peuple est infidèle, Dieu demeure fidèle. Même lorsque Jérusalem rejette le Messie, Dieu accomplit son plan de salut. Même lorsque les hommes clouent Jésus à la croix, Dieu réalise l’expiation promise.
La croix révèle donc à la fois la gravité du péché et la profondeur de la grâce. Elle montre jusqu’où va la révolte humaine : les hommes rejettent le Saint et le Juste. Mais elle montre aussi jusqu’où va l’amour de Dieu : le Fils donne sa vie pour les pécheurs. Paul écrit en ce sens : « Mais voici comment Dieu nous montre l’amour qu’il a pour nous : alors que nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » (Romains 5.8).
Voilà la gloire du Messie retranché. Il est rejeté par les hommes, mais donné par Dieu. Il est condamné injustement, mais il porte justement notre condamnation. Il meurt, mais sa mort devient notre vie.
Une prophétie qui appelle à l’adoration
Daniel 9.26 ne devrait pas seulement susciter un débat prophétique. Il devrait conduire à l’adoration.
- Le Messie annoncé est venu.
- Le Messie oint de Dieu a marché parmi les hommes.
- Le Messie a été rejeté.
- Le Messie a été retranché.
- Le Messie a porté les fautes de son peuple.
- Le Messie a versé son sang pour beaucoup.
- Le Messie a accompli les prophéties.
- Le Messie a ouvert l’accès à Dieu.
Voilà le cœur du passage.
Si notre lecture de Daniel 9 nous rend plus fascinés par l’Antichrist que par Jésus-Christ, nous avons perdu le centre. Si elle nourrit davantage la peur que la foi, nous avons manqué la beauté du texte. Si elle nous pousse à spéculer davantage qu’à adorer, nous devons revenir à la croix. Daniel 9.26 nous met devant le Christ crucifié.
Conclusion : le Messie retranché est le cœur de la prophétie
Daniel 9.26 déclare que le Messie serait retranché. Cette parole place la croix au centre de la prophétie. Le Messie n’est pas simplement mentionné en passant. Il est le point vers lequel le passage avance.
Daniel 9.24 annonce l’expiation de la faute, la fin du péché, la justice éternelle et l’accomplissement des prophéties. Daniel 9.26 montre comment cela s’accomplit : par le Messie retranché.
La croix n’est donc pas une interruption du plan de Dieu. Elle est le cœur du plan de Dieu. Elle n’est pas l’échec de Jésus. Elle est son œuvre victorieuse. Elle n’est pas une parenthèse avant un autre programme. Elle est l’accomplissement de ce que Dieu avait annoncé.
C’est pourquoi nous devons lire Daniel 9 à genoux, avec reconnaissance. Le Dieu qui a révélé cette prophétie à Daniel a accompli son plan en Jésus-Christ. Le Messie a été retranché, mais par son retranchement, il a ouvert le pardon, établi l’alliance, manifesté la justice éternelle et accompli les Écritures.
Le centre de Daniel 9 n’est donc pas un futur chef impie. Le centre de Daniel 9 est le Christ crucifié, retranché pour les péchés de son peuple, ressuscité dans la gloire, et vivant pour toujours.
Vers le prochain article
Dans le prochain article, nous examinerons une question décisive : qui est celui qui confirme l’alliance avec plusieurs en Daniel 9.27 ? S’agit-il vraiment de l’Antichrist concluant un traité politique futur, ou du Messie confirmant la nouvelle alliance par son sang ?
Nous verrons que le langage de l’alliance, du « grand nombre » et du sang versé pour le pardon des péchés nous conduit naturellement vers Jésus-Christ. Le prochain article montrera que Daniel 9.27 ne doit pas être arraché au contexte messianique du passage, mais lu à la lumière de la croix et de la nouvelle alliance.
