Un passage souvent mis à part
Matthieu 24 est souvent présenté comme un chapitre qui ne concernerait pas vraiment l’Église. Selon cette lecture, Jésus parlerait ici uniquement d’Israël, d’un peuple distinct, dans un cadre prophétique qui ne toucherait pas directement les croyants en Christ. Ainsi, lorsque Jésus parle de détresse, de persévérance, de faux prophètes, de rassemblement des élus et de sa venue glorieuse, certains affirment que cela ne viserait pas l’Église.
Mais cette manière de lire le texte soulève de sérieuses difficultés. Lorsque nous lisons Matthieu 24 avec attention, nous découvrons que Jésus y parle comme le Maître de ses disciples, qu’il les avertit, qu’il les appelle à veiller, à persévérer, à ne pas se laisser séduire, et qu’il décrit le rassemblement de ses élus à sa venue. Rien, dans le texte lui-même, n’oblige à exclure l’Église.
Le discours est adressé à des disciples de Jésus
Le premier élément qu’il faut remarquer est simple, mais fondamental. Jésus ne s’adresse pas ici à des incrédules. Il parle à ses disciples (Matthieu 24.1, 3). Ce sont eux qui viennent lui poser des questions sur la destruction du temple, sur le signe de sa venue et sur la fin du monde.
Jésus leur répond directement. Il leur dit : « Faites bien attention que personne ne vous induise en erreur » (Matthieu 24.4). Il leur dit : « Vous entendrez parler de guerres et de menaces de guerres » (Matthieu 24.6). Il leur dit : « on vous persécutera et l’on vous mettra à mort » (Matthieu 24.9). Il leur dit encore : « celui qui tiendra bon jusqu’au bout sera sauvé » (Matthieu 24.13).
Le langage est personnel, direct et pastoral. Jésus forme ses disciples à la vigilance. Il ne donne pas ici un exposé détaché concernant un peuple totalement autre qu’eux. Il les prépare à traverser l’histoire avec fidélité.
Les avertissements de Jésus concernent ses disciples
Dans ce discours, Jésus parle de séduction religieuse, de persécution, d’apostasie, de faux prophètes et de refroidissement de l’amour (Matthieu 24.5, 9-12, 24). Ce sont précisément des thèmes que l’on retrouve dans les épîtres apostoliques adressées à l’Église.
Paul avertit les croyants contre la séduction et contre les faux enseignements (2 Thessaloniciens 2.3, 10-12). Pierre met en garde contre les enseignants de mensonges (2 Pierre 2.1-3). Jean parle des antichrists et de l’esprit d’égarement (1 Jean 2.18-19, 4.1). Le parallèle est frappant.
Il est donc artificiel de dire que Matthieu 24 décrirait un cadre entièrement étranger à la vie de l’Église, alors que les mêmes réalités sont constamment reprises dans l’enseignement apostolique adressé aux croyants.
Le mot « élus » désigne le peuple de Dieu
L’un des points les plus importants du chapitre se trouve dans Matthieu 24.31. Jésus dit qu’à sa venue, il enverra ses anges avec une trompette retentissante, et qu’ils rassembleront ses élus des quatre coins du monde.
Certains veulent absolument limiter ici le mot « élus » à un groupe autre que l’Église. Pourtant, dans le Nouveau Testament, ce mot désigne naturellement le peuple de Dieu, c’est-à-dire ceux que Dieu s’est choisis en Christ (Romains 8.33 ; Colossiens 3.12 ; Tite 1.1 ; 1 Pierre 1.1-2).
Le terme n’est pas réservé à un groupe prophétique différent des croyants du Nouveau Testament. Au contraire, il appartient pleinement au vocabulaire de l’Église. Quand Jésus parle du rassemblement de ses élus, la lecture la plus simple et la plus naturelle est qu’il parle du rassemblement de son peuple.
Le rassemblement a lieu après la détresse
Matthieu 24.29-31 est l’un des textes les plus clairs sur l’ordre des événements. Jésus dit : « Aussitôt après ces jours de détresse » :
- le soleil s’obscurcira,
- les puissances célestes seront ébranlées,
- le signe du Fils de l’homme apparaîtra dans le ciel,
- il enverra ses anges avec une trompette retentissante pour rassembler ses élus.
Le texte est d’une grande clarté. Le rassemblement des élus n’est pas placé avant la détresse, mais après. Ce point est capital. Si les élus sont le peuple de Dieu, et si leur rassemblement a lieu après cette détresse, alors il devient très difficile de soutenir que l’Église aurait déjà été retirée auparavant dans un événement distinct comme l’enseigne le dispensationalisme.
Il faut beaucoup de présupposés étrangers au texte pour contourner cette évidence.
La trompette et le rassemblement rappellent les autres passages sur la venue du Seigneur
Le langage de Matthieu 24.31 s’accorde remarquablement avec d’autres grands textes du Nouveau Testament. Jésus parle d’une trompette retentissante et du rassemblement des élus. Paul parle :
- de la trompette de Dieu,
- de la résurrection des morts en Christ,
- du rassemblement des croyants auprès du Seigneur (1 Thessaloniciens 4.16-17),
- il parle aussi de la transformation des croyants au son de la trompette finale. (1 Corinthiens 15.52)
La cohérence est profonde. Dans tous ces textes, on retrouve la venue du Seigneur, la trompette, le rassemblement du peuple de Dieu et l’accomplissement final. Rien n’oblige à découper ces passages en événements radicalement distincts. Tout invite plutôt à les lire comme des descriptions complémentaires du même grand jour.
Jésus parle d’une venue visible et glorieuse
Matthieu 24 insiste fortement sur le caractère visible de la venue du Christ. Jésus dit que la venue du Fils de l’homme sera comme l’éclair qui jaillit du levant et illumine tout jusqu’au couchant (Matthieu 24.27). Il dit aussi que « toutes les peuples de la terre se lamenteront » en voyant le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire (Matthieu 24.30).
Nous sommes loin d’une venue secrète, discrète ou invisible. Le langage de Jésus est éclatant, universel, public. Sa venue est manifestée. Elle n’est pas cachée au monde.
Et c’est dans ce cadre précisément que Jésus place le rassemblement de ses élus. Cela est très important. Le rassemblement du peuple de Dieu est lié à la venue glorieuse et visible du Seigneur.
La persévérance jusqu’à la fin concerne bien les disciples de Jésus
Jésus dit : « celui qui tiendra bon jusqu’au bout sera sauvé » (Matthieu 24.13). Cette exhortation a une portée pastorale immense. Elle appelle les disciples à tenir ferme dans la vérité, malgré la séduction, l’opposition et l’épreuve.
Ce langage est totalement en harmonie avec le reste du Nouveau Testament. Les croyants sont constamment appelés à la persévérance (Hébreux 3.14 ; 10.36 ; Apocalypse 14.12). Il est donc très difficile d’affirmer que Matthieu 24 ne concernerait pas l’Église, alors que son message central correspond exactement à ce que les apôtres enseignent aux assemblées.
Pourquoi certains excluent l’Église de Matthieu 24
Si plusieurs excluent l’Église de ce chapitre, c’est souvent parce qu’ils ont déjà adopté une séparation très forte entre Israël et l’Église. Dans cette logique, dès qu’un texte contient des éléments juifs, des références à Jérusalem, au temple ou à la Judée, on conclut qu’il ne peut pas concerner l’Église.
Mais cette méthode est trop rigide. Jésus parlait dans un contexte historique réel, à des disciples juifs, avant la croix, dans le cadre de l’histoire biblique. Cela n’empêche nullement que son enseignement ait une portée directe pour tous ses disciples par la suite.
Le Nouveau Testament entier est né dans un contexte juif. Cela ne signifie pas qu’il ne concerne pas l’Église. Bien au contraire.
Une lecture plus simple et plus fidèle
La lecture la plus simple est donc celle-ci : dans Matthieu 24, Jésus avertit ses disciples des épreuves à venir, les appelle à la vigilance et à la persévérance, puis annonce sa venue glorieuse, visible et puissante, au cours de laquelle ses élus seront rassemblés.
Cette lecture respecte le texte, son mouvement, son ton pastoral et ses liens avec le reste du Nouveau Testament. Elle n’a pas besoin de retirer l’Église du passage pour le faire fonctionner.
Ce que Matthieu 24 enseigne vraiment
Matthieu 24 nous enseigne que le peuple de Dieu doit s’attendre à la séduction, à la pression et à la nécessité de tenir ferme. Il nous enseigne que l’Évangile sera proclamé, que le mal se développera, mais que le Seigneur reviendra avec puissance et gloire. Il nous enseigne enfin que les élus seront rassemblés au moment de cette venue.
Le message du chapitre n’est donc pas : « Ne vous inquiétez pas, vous ne serez pas là. » Le message est plutôt : « Veillez, ne vous laissez pas séduire, persévérez, car le Fils de l’homme vient. »
Conclusion
Matthieu 24 ne parle pas d’un autre peuple que l’Église. Il parle des disciples de Jésus, de ses élus, de ceux qui doivent veiller, persévérer et attendre sa venue glorieuse. Rien dans le texte n’oblige à exclure l’Église de ce discours.
Au contraire, ce chapitre constitue l’un des appels les plus solennels du Seigneur à la fidélité et à l’espérance. Il montre que le peuple de Dieu sera rassemblé non avant toute détresse, mais à la venue glorieuse du Fils de l’homme, après cette détresse (Matthieu 24.29-31).
Vers le prochain article
Dans le prochain article, nous verrons si « rencontrer le Seigneur dans les airs » (1 Thessaloniciens 4.17) signifie réellement repartir au ciel pour plusieurs années, ou s’il s’agit plutôt d’accueillir le Roi qui vient.
