Série : Un seul peuple en Jésus-Christ – Article 8 – Le temple, le sacrifice et la terre à la lumière de Jésus-Christ

Le texte explore les thèmes du temple, des sacrifices et de la terre dans la Bible, soulignant leur accomplissement en Jésus-Christ. Le temple manifeste la présence de Dieu, les sacrifices préfigurent l’expiation parfaite par Jésus, et l’héritage promis s’élargit à l’échelle du monde. La compréhension moderne doit se concentrer sur cette réalité en Christ.

Lorsque l’on parle d’Israël, des promesses et de l’accomplissement en Christ, trois thèmes reviennent souvent : le temple, les sacrifices et la terre. Ces réalités occupent une place importante dans l’Ancien Testament. Elles ne doivent donc pas être traitées à la légère. Le temple était le lieu où Dieu faisait résider son nom au milieu de son peuple. Les sacrifices rappelaient la gravité du péché et la nécessité de l’expiation. La terre promise témoignait de la fidélité de Dieu envers Abraham et sa descendance.

Mais le Nouveau Testament nous oblige à lire ces réalités à la lumière de Jésus-Christ. Le temple, les sacrifices et la terre ne sont pas des réalités séparées de lui. Elles pointaient vers lui, elles trouvent leur sens en lui, et elles atteignent leur accomplissement dans son œuvre.

Le danger actuel est de parler de ces réalités comme si elles devaient reprendre une place centrale dans le plan de Dieu en dehors de l’accomplissement accompli par Jésus. Certains discours chrétiens, influencés par une lecture centrée sur Israël national, attendent encore une restauration du temple, une reprise des sacrifices ou un accomplissement principalement territorial des promesses. Mais une telle lecture doit être examinée à la lumière du Nouveau Testament.

  • Jésus-Christ est le vrai temple.
  • Jésus-Christ est le sacrifice parfait.
  • Jésus-Christ est l’héritier des promesses.
  • En Jésus-christ, le peuple de Dieu reçoit un héritage plus vaste, plus profond et plus glorieux que ce que les réalités anciennes annonçaient.

Affirmer cela n’est pas de l’antisémitisme. Ce n’est pas mépriser Israël. Ce n’est pas nier l’histoire biblique. C’est lire l’Ancien Testament selon son accomplissement en Christ.

1. Le temple annonçait la présence de Dieu au milieu de son peuple

Dans l’Ancien Testament, le temple occupait une place centrale. Il était le lieu où Dieu manifestait sa présence au milieu d’Israël. Après le tabernacle dans le désert, le temple de Jérusalem est devenu le lieu du culte, des sacrifices, des fêtes et de la rencontre entre Dieu et son peuple. Lorsque Salomon a consacré le temple, il a reconnu la grandeur de Dieu en disant :« Mais est-ce qu’en vérité Dieu habiterait sur la terre, alors que le ciel dans toute son immensité ne saurait le contenir ? Combien moins ce temple que je viens de te construire ! » (1 Rois 8.27)

Même dans l’Ancien Testament, il était donc clair que le temple ne pouvait pas enfermer Dieu. Il était un signe de sa présence, mais non sa limitation. Il témoignait que Dieu voulait demeurer au milieu de son peuple, mais il annonçait aussi quelque chose de plus grand. Le temple était une ombre, une figure, une anticipation. Il révélait le désir de Dieu d’habiter avec les siens. Mais il ne constituait pas l’accomplissement final de cette présence.

Le Nouveau Testament montrera que cette présence trouve sa pleine réalité en Jésus-Christ.

2. Jésus est le vrai temple

Dans l’Évangile de Jean, Jésus fait une déclaration bouleversante. Après avoir purifié le temple, il dit : « Démolissez ce temple, leur répondit Jésus, et en trois jours, je le relèverai » (Jean 2.19). Les Juifs pensent alors qu’il parle du temple de pierre, construit depuis de nombreuses années. Mais Jean explique : « Mais en parlant du « temple », Jésus faisait allusion à son propre corps » (Jean 2.21).

Cette parole est décisive. Jésus se présente comme le vrai temple. En lui, Dieu habite pleinement parmi les hommes. En lui, la présence de Dieu n’est plus attachée à un bâtiment de pierre, mais à la personne du Fils. Jean avait déjà annoncé cette vérité au début de son Évangile : « Celui qui est la Parole est devenu homme et il a vécu parmi nous » (Jean 1.14). L’idée est celle de Dieu qui vient dresser sa tente parmi les hommes. En Jésus, la présence de Dieu vient habiter au milieu de son peuple d’une manière unique, définitive et glorieuse. Cela signifie que le temple ancien pointait vers Christ. Il annonçait la présence de Dieu, mais Jésus est cette présence incarnée. Il est Emmanuel, Dieu avec nous (Matthieu 1.23).

Si Jésus est le vrai temple, alors le centre du culte n’est plus un édifice terrestre à Jérusalem. Le centre du culte est le Christ crucifié et ressuscité.

3. Le peuple uni à Christ devient le temple de Dieu

Le Nouveau Testament ne s’arrête pas à dire que Jésus est le vrai temple. Il affirme aussi que ceux qui sont unis à lui deviennent, ensemble, le temple spirituel de Dieu. Paul écrit aux croyants : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Corinthiens 3.16) Il écrit encore : « Car nous sommes, nous, le temple du Dieu vivant » (2 Corinthiens 6.16). L’apôtre Pierre emploie le même langage : « Et vous aussi, comme des pierres vivantes, vous qui formez un temple spirituel, édifiez-vous pour constituer une sainte communauté de prêtres, chargés de lui offrir des sacrifices spirituels qu’il pourra accepter favorablement par Jésus-Christ » (1 Pierre 2.5). Cela signifie que le lieu de la présence de Dieu n’est plus défini par un bâtiment terrestre. Il est défini par Christ et par son peuple habité par l’Esprit.

Dans Éphésiens 2, Paul explique que Juifs et non-Juifs croyants sont bâtis ensemble pour former une demeure où Dieu habite par son Esprit : « En lui toute la construction s’élève, bien coordonnée, afin d’être un temple saint dans le Seigneur, et, unis à Christ, vous avez été intégrés ensemble à cette construction pour former une demeure où Dieu habite par l’Esprit » (Éphésiens 2.21-22).

Voilà le temple de la nouvelle alliance : un peuple uni à Christ, habité par l’Esprit, formé de Juifs et de non-Juifs croyants.

4. Les sacrifices annonçaient la nécessité d’une expiation

Les sacrifices de l’ancienne alliance avaient une fonction importante. Ils rappelaient que le péché est grave, que l’homme ne peut pas s’approcher de Dieu sans purification, et que le pardon exige une expiation.

La Loi prescrivait des sacrifices répétés. Année après année, jour après jour, les prêtres offraient des sacrifices pour le peuple. Mais ces sacrifices n’étaient pas l’accomplissement final. Ils annonçaient un sacrifice plus grand. L’épître aux Hébreux explique : « La Loi de Moïse ne possède qu’une ombre des biens à venir et non pas l’image même de ces réalités. Elle ne peut donc en aucun cas amener à la perfection ceux qui s’approchent ainsi de Dieu sur la base des mêmes sacrifices offerts perpétuellement d’année en année » (Hébreux 10.1). Puis elle ajoute : « Il est impossible que du sang de taureaux et de boucs ôte les péchés » (Hébreux 10.4).

Les sacrifices avaient donc un rôle pédagogique et prophétique. Ils montraient le besoin d’un sacrifice parfait. Ils annonçaient l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde (Jean 1.29).

5. Jésus est le sacrifice parfait offert une fois pour toutes

Le Nouveau Testament affirme que Jésus a accompli ce que les sacrifices annonçaient. Il n’a pas offert un animal. Il s’est offert lui-même. L’épître aux Hébreux déclare : « Et c’est en raison de cette volonté de Dieu que nous sommes purifiés du péché, grâce au sacrifice de son propre corps que Jésus-Christ a offert une fois pour toutes » (Hébreux 10.10). Elle ajoute encore : « Christ, lui, a offert un sacrifice unique pour les péchés, valable pour toujours, et il s’est assis à la droite de Dieu » (Hébreux 10.12). Puis elle conclut : « Or, lorsque les péchés ont été pardonnés, il n’est plus nécessaire de présenter une offrande pour les ôter » (Hébreux 10.18). Cette dernière phrase est capitale. Si le sacrifice de Jésus a obtenu le pardon définitif, il n’y a plus besoin de sacrifices pour les péchés. Revenir à un système sacrificiel comme centre du culte serait méconnaître ou nier l’accomplissement parfait de la croix.

Christ n’est pas venu ajouter un sacrifice supérieur à côté des anciens sacrifices. Il est venu les accomplir et y mettre fin comme moyen d’expiation. Son sacrifice est unique, parfait, suffisant et définitif.

Voilà pourquoi l’Église ne doit jamais entretenir l’idée qu’une reprise des sacrifices pourrait avoir une valeur spirituelle devant Dieu. Ce serait porter atteinte à la suffisance de la croix.

6. La terre promise annonçait un héritage plus vaste

La terre promise occupe aussi une place importante dans l’Ancien Testament. Dieu avait promis à Abraham une terre, et cette promesse a joué un rôle central dans l’histoire d’Israël (Genèse 12.7 ; Genèse 15.18-21).

Toutefois, le Nouveau Testament élargit notre compréhension de l’héritage. Paul affirme qu’Abraham devait recevoir le monde en héritage : « Car la promesse de recevoir le monde en héritage a été faite à Abraham ou à sa descendance non parce qu’il avait obéi à la Loi, mais parce que Dieu l’a déclaré juste à cause de sa foi » (Romains 4.13).

Ce verset est très important. Paul ne limite pas l’héritage d’Abraham à un territoire terrestre particulier. Il parle du monde. En Christ, l’héritage promis prend une dimension universelle. Jésus lui-même a dit : « Heureux ceux qui sont doux, car Dieu leur donnera la terre en héritage » (Matthieu 5.5). Cette parole reprend l’espérance biblique, mais elle l’inscrit dans le royaume de Dieu. L’héritage des croyants ne se réduit pas à une parcelle de terre. Il regarde vers le renouvellement de toutes choses, vers le royaume, vers la nouvelle création.

Pierre parle d’un héritage qui ne peut ni se détruire, ni se souiller, ni perdre son éclat, réservé dans les cieux pour les croyants (1 Pierre 1.4). L’auteur de l’épître aux Hébreux montre qu’Abraham lui-même attendait une cité ayant de solides fondations, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur (Hébreux 11.10).

La terre promise était donc réelle dans l’histoire, mais elle annonçait un héritage plus vaste, accompli en Christ.

7. L’héritage appartient à ceux qui sont en Christ

Paul affirme que la descendance d’Abraham, au sens ultime, c’est Christ : « Or, c’est à Abraham et à sa descendance que Dieu a fait ses promesses. Il n’est pas dit : « et à ses descendances », comme s’il s’agissait de plusieurs lignées. A ta descendance ne désigne qu’une seule descendance, et c’est Christ » (Galates 3.16). Puis il ajoute : « Si vous lui (Christ) appartenez, vous êtes la descendance d’Abraham et donc, aussi, les héritiers des biens que Dieu a promis à Abraham » (Galates 3.29). L’héritage est donc reçu en Christ. Ce n’est pas la chair seule qui donne accès à l’héritage final. C’est l’appartenance à Jésus-Christ.

Cela signifie que le Juif croyant et le non-Juif croyant sont héritiers ensemble dans le Messie. Ils ne forment pas deux catégories d’héritiers séparées. Ils appartiennent au même Christ, à la même promesse, au même royaume. Paul le dit aussi dans son épitre aux Éphésiens : « Et ce secret c’est que, par leur union avec Jésus-Christ, les non-Juifs reçoivent le même héritage que nous, les Juifs, ils font partie du même corps et ont part à la même promesse, par le moyen de l’Evangile » (Éphésiens 3.6).

Cette phrase devrait régler bien des confusions. Les non-Juifs croyants ont le même héritage. Ils sont membres du même corps. Ils participent à la même promesse. Tout cela se fait par l’union avec Jésus-Christ et par l’Évangile.

8. Le point de vigilance actuel

Dans le contexte actuel, il faut être attentif aux discours qui veulent ramener les chrétiens vers une lecture centrée sur le temple terrestre, les sacrifices anciens ou une conception strictement nationale de l’héritage. Certains mouvements présentent ces réalités comme si elles devaient redevenir centrales dans le plan de Dieu, et comme si les chrétiens devaient soutenir cette vision pour prouver leur amour envers le peuple juif.

Il faut répondre avec clarté :

  • Aimer les Juifs ne signifie pas revenir aux ombres de l’ancienne alliance.
  • Aimer les Juifs ne signifie pas minimiser le sacrifice de Jésus.
  • Aimer les Juifs ne signifie pas faire du temple terrestre l’horizon principal de l’espérance chrétienne.
  • Aimer les Juifs ne signifie pas détacher la terre promise de l’accomplissement universel en Christ.

Un pasteur doit être prudent lorsqu’on lui demande d’enseigner à son assemblée une vision d’Israël qui réoriente l’espérance vers des éléments que le Nouveau Testament présente comme accomplis en Jésus.

Le temple est accompli en Christ et dans son peuple habité par l’Esprit (Jean 2.19-21 ; Éphésiens 2.21-22). Les sacrifices sont accomplis par l’offrande parfaite de Jésus une fois pour toutes (Hébreux 10.10-18). L’héritage promis à Abraham s’élargit en Christ à la dimension du monde et de la nouvelle création (Romains 4.13 ; Matthieu 5.5).

L’Église doit donc refuser toute pression qui voudrait lui faire regarder en arrière vers les ombres, alors que Dieu nous appelle à fixer les yeux sur la réalité : Jésus-Christ.

9. Revenir aux ombres affaiblit la gloire de Christ

L’épître aux Hébreux emploie un langage très fort. Elle parle de la Loi comme d’une ombre des biens à venir (Hébreux 10.1). Une ombre n’est pas mauvaise. Elle indique qu’une réalité existe. Mais lorsque la réalité est venue, on ne s’attache plus à l’ombre comme si elle était le centre. Christ est la réalité.

  • Le temple annonçait la présence de Dieu. Christ est Dieu venu parmi nous (Jean 1.14).
  • Les sacrifices annonçaient l’expiation. Christ a offert le sacrifice parfait (Hébreux 10.12-14).
  • Le sacerdoce annonçait la médiation. Christ est le grand-prêtre parfait (Hébreux 4.14-15).
  • La terre annonçait l’héritage. Christ ouvre l’héritage du royaume et de la nouvelle création (Romains 8.16-17).
  • La Loi annonçait la sainteté de Dieu et révélait le péché. Christ accomplit la justice et donne l’Esprit pour transformer les cœurs (Romains 8.3-4).

Revenir aux ombres comme si elles devaient redevenir le centre, c’est affaiblir la gloire de celui qu’elles annonçaient.

L’Église ne doit donc pas avoir honte de dire que Jésus accomplit tout. Ce n’est pas une insulte envers l’Ancien Testament. C’est son accomplissement.

10. Ce que l’Église doit enseigner aujourd’hui

  • L’Église doit enseigner que Dieu a réellement agi dans l’histoire d’Israël.
  • L’Église doit enseigner que le temple, les sacrifices et la terre ont eu une place importante dans l’ancienne alliance.
  • L’Église doit enseigner que ces réalités n’étaient pas inutiles, mais prophétiques.
  • L’Église doit enseigner que Jésus est le vrai temple, car en lui Dieu habite pleinement parmi les hommes (Jean 2.19-21 ; Colossiens 2.9).
  • L’Église doit enseigner que les croyants unis à Christ forment maintenant le temple de Dieu par l’Esprit (1 Corinthiens 3.16 ; Éphésiens 2.21-22 ; 1 Pierre 2.5).
  • L’Église doit enseigner que Jésus est le sacrifice parfait offert une fois pour toutes (Hébreux 10.10-14).
  • L’Église doit enseigner qu’il n’est plus nécessaire de présenter une offrande pour les péchés, puisque le pardon définitif a été obtenu (Hébreux 10.18).
  • L’Église doit enseigner que l’héritage promis à Abraham atteint sa plénitude en Christ et s’ouvre aux croyants de toutes les nations (Romains 4.13 ; Galates 3.29 ; Éphésiens 3.6).
  • L’Église doit enseigner que l’espérance chrétienne regarde vers le royaume de Dieu et la nouvelle création, non vers un retour aux structures anciennes comme centre de la foi.

Conclusion

Le temple, les sacrifices et la terre sont des réalités importantes dans l’histoire biblique. Nous ne devons pas les mépriser. Nous devons les comprendre. Mais nous devons les comprendre à la lumière de Jésus-Christ.

Le temple annonçait la présence de Dieu. Jésus est le vrai temple, et son peuple uni à lui devient la demeure de Dieu par l’Esprit (Jean 2.19-21 ; Éphésiens 2.21-22).

Les sacrifices annonçaient l’expiation. Jésus est le sacrifice parfait, offert une fois pour toutes, et son sang obtient le pardon définitif (Hébreux 10.10-18).

La terre annonçait l’héritage. En Christ, l’héritage promis à Abraham s’élargit jusqu’au monde et trouve sa plénitude dans le royaume de Dieu et la nouvelle création (Romains 4.13 ; Matthieu 5.5 ; Galates 3.29).

Dire cela n’est pas de l’antisémitisme. Ce n’est pas nier Israël. Ce n’est pas mépriser l’Ancien Testament. C’est confesser que Jésus est l’accomplissement de ce que Dieu avait préparé.

L’Église doit donc rejeter toute haine envers les Juifs, mais elle doit aussi refuser toute pression qui voudrait l’amener à replacer au centre ce que le Nouveau Testament présente comme accompli en Christ.

Nous ne regardons pas en arrière vers les ombres comme si elles étaient notre espérance finale.

Nous regardons à Jésus.

  • Il est le vrai temple.
  • Il est le sacrifice parfait.
  • Il est l’héritier des promesses.
  • Il est le centre du plan de Dieu.

Et en lui, Juifs et non-Juifs croyants reçoivent ensemble l’accès au Père, le pardon des péchés, le don de l’Esprit et l’héritage du royaume.

Série Jésus revient – Article 8 : Matthieu 24 parle-t-il d’un autre peuple que l’Église ?

L’article 8 concernant Matthieu 24 s’adresse directement aux disciples de Jésus, les avertissant des épreuves à venir et les appelant à la vigilance. Jésus décrit sa venue glorieuse et le rassemblement de ses élus après la détresse. Ce chapitre est essentiel pour l’Église, soulignant la nécessité de persévérer dans la foi face aux adversités.

Un passage souvent mis à part

Matthieu 24 est souvent présenté comme un chapitre qui ne concernerait pas vraiment l’Église. Selon cette lecture, Jésus parlerait ici uniquement d’Israël, d’un peuple distinct, dans un cadre prophétique qui ne toucherait pas directement les croyants en Christ. Ainsi, lorsque Jésus parle de détresse, de persévérance, de faux prophètes, de rassemblement des élus et de sa venue glorieuse, certains affirment que cela ne viserait pas l’Église.

Mais cette manière de lire le texte soulève de sérieuses difficultés. Lorsque nous lisons Matthieu 24 avec attention, nous découvrons que Jésus y parle comme le Maître de ses disciples, qu’il les avertit, qu’il les appelle à veiller, à persévérer, à ne pas se laisser séduire, et qu’il décrit le rassemblement de ses élus à sa venue. Rien, dans le texte lui-même, n’oblige à exclure l’Église.

Le discours est adressé à des disciples de Jésus

Le premier élément qu’il faut remarquer est simple, mais fondamental. Jésus ne s’adresse pas ici à des incrédules. Il parle à ses disciples (Matthieu 24.1, 3). Ce sont eux qui viennent lui poser des questions sur la destruction du temple, sur le signe de sa venue et sur la fin du monde.

Jésus leur répond directement. Il leur dit : « Faites bien attention que personne ne vous induise en erreur » (Matthieu 24.4). Il leur dit : « Vous entendrez parler de guerres et de menaces de guerres » (Matthieu 24.6). Il leur dit : « on vous persécutera et l’on vous mettra à mort » (Matthieu 24.9). Il leur dit encore : « celui qui tiendra bon jusqu’au bout sera sauvé » (Matthieu 24.13).

Le langage est personnel, direct et pastoral. Jésus forme ses disciples à la vigilance. Il ne donne pas ici un exposé détaché concernant un peuple totalement autre qu’eux. Il les prépare à traverser l’histoire avec fidélité.

Les avertissements de Jésus concernent ses disciples

Dans ce discours, Jésus parle de séduction religieuse, de persécution, d’apostasie, de faux prophètes et de refroidissement de l’amour (Matthieu 24.5, 9-12, 24). Ce sont précisément des thèmes que l’on retrouve dans les épîtres apostoliques adressées à l’Église.

Paul avertit les croyants contre la séduction et contre les faux enseignements (2 Thessaloniciens 2.3, 10-12). Pierre met en garde contre les enseignants de mensonges (2 Pierre 2.1-3). Jean parle des antichrists et de l’esprit d’égarement (1 Jean 2.18-19, 4.1). Le parallèle est frappant.

Il est donc artificiel de dire que Matthieu 24 décrirait un cadre entièrement étranger à la vie de l’Église, alors que les mêmes réalités sont constamment reprises dans l’enseignement apostolique adressé aux croyants.

Le mot « élus » désigne le peuple de Dieu

L’un des points les plus importants du chapitre se trouve dans Matthieu 24.31. Jésus dit qu’à sa venue, il enverra ses anges avec une trompette retentissante, et qu’ils rassembleront ses élus des quatre coins du monde.

Certains veulent absolument limiter ici le mot « élus » à un groupe autre que l’Église. Pourtant, dans le Nouveau Testament, ce mot désigne naturellement le peuple de Dieu, c’est-à-dire ceux que Dieu s’est choisis en Christ (Romains 8.33 ; Colossiens 3.12 ; Tite 1.1 ; 1 Pierre 1.1-2).

Le terme n’est pas réservé à un groupe prophétique différent des croyants du Nouveau Testament. Au contraire, il appartient pleinement au vocabulaire de l’Église. Quand Jésus parle du rassemblement de ses élus, la lecture la plus simple et la plus naturelle est qu’il parle du rassemblement de son peuple.

Le rassemblement a lieu après la détresse

Matthieu 24.29-31 est l’un des textes les plus clairs sur l’ordre des événements. Jésus dit : « Aussitôt après ces jours de détresse » :

  • le soleil s’obscurcira,
  • les puissances célestes seront ébranlées,
  • le signe du Fils de l’homme apparaîtra dans le ciel,
  • il enverra ses anges avec une trompette retentissante pour rassembler ses élus.

Le texte est d’une grande clarté. Le rassemblement des élus n’est pas placé avant la détresse, mais après. Ce point est capital. Si les élus sont le peuple de Dieu, et si leur rassemblement a lieu après cette détresse, alors il devient très difficile de soutenir que l’Église aurait déjà été retirée auparavant dans un événement distinct comme l’enseigne le dispensationalisme.

Il faut beaucoup de présupposés étrangers au texte pour contourner cette évidence.

La trompette et le rassemblement rappellent les autres passages sur la venue du Seigneur

Le langage de Matthieu 24.31 s’accorde remarquablement avec d’autres grands textes du Nouveau Testament. Jésus parle d’une trompette retentissante et du rassemblement des élus. Paul parle :

  • de la trompette de Dieu,
  • de la résurrection des morts en Christ,
  • du rassemblement des croyants auprès du Seigneur (1 Thessaloniciens 4.16-17),
  • il parle aussi de la transformation des croyants au son de la trompette finale. (1 Corinthiens 15.52)

La cohérence est profonde. Dans tous ces textes, on retrouve la venue du Seigneur, la trompette, le rassemblement du peuple de Dieu et l’accomplissement final. Rien n’oblige à découper ces passages en événements radicalement distincts. Tout invite plutôt à les lire comme des descriptions complémentaires du même grand jour.

Jésus parle d’une venue visible et glorieuse

Matthieu 24 insiste fortement sur le caractère visible de la venue du Christ. Jésus dit que la venue du Fils de l’homme sera comme l’éclair qui jaillit du levant et illumine tout jusqu’au couchant (Matthieu 24.27). Il dit aussi que « toutes les peuples de la terre se lamenteront » en voyant le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire (Matthieu 24.30).

Nous sommes loin d’une venue secrète, discrète ou invisible. Le langage de Jésus est éclatant, universel, public. Sa venue est manifestée. Elle n’est pas cachée au monde.

Et c’est dans ce cadre précisément que Jésus place le rassemblement de ses élus. Cela est très important. Le rassemblement du peuple de Dieu est lié à la venue glorieuse et visible du Seigneur.

La persévérance jusqu’à la fin concerne bien les disciples de Jésus

Jésus dit : « celui qui tiendra bon jusqu’au bout sera sauvé » (Matthieu 24.13). Cette exhortation a une portée pastorale immense. Elle appelle les disciples à tenir ferme dans la vérité, malgré la séduction, l’opposition et l’épreuve.

Ce langage est totalement en harmonie avec le reste du Nouveau Testament. Les croyants sont constamment appelés à la persévérance (Hébreux 3.14 ; 10.36 ; Apocalypse 14.12). Il est donc très difficile d’affirmer que Matthieu 24 ne concernerait pas l’Église, alors que son message central correspond exactement à ce que les apôtres enseignent aux assemblées.

Pourquoi certains excluent l’Église de Matthieu 24

Si plusieurs excluent l’Église de ce chapitre, c’est souvent parce qu’ils ont déjà adopté une séparation très forte entre Israël et l’Église. Dans cette logique, dès qu’un texte contient des éléments juifs, des références à Jérusalem, au temple ou à la Judée, on conclut qu’il ne peut pas concerner l’Église.

Mais cette méthode est trop rigide. Jésus parlait dans un contexte historique réel, à des disciples juifs, avant la croix, dans le cadre de l’histoire biblique. Cela n’empêche nullement que son enseignement ait une portée directe pour tous ses disciples par la suite.

Le Nouveau Testament entier est né dans un contexte juif. Cela ne signifie pas qu’il ne concerne pas l’Église. Bien au contraire.

Une lecture plus simple et plus fidèle

La lecture la plus simple est donc celle-ci : dans Matthieu 24, Jésus avertit ses disciples des épreuves à venir, les appelle à la vigilance et à la persévérance, puis annonce sa venue glorieuse, visible et puissante, au cours de laquelle ses élus seront rassemblés.

Cette lecture respecte le texte, son mouvement, son ton pastoral et ses liens avec le reste du Nouveau Testament. Elle n’a pas besoin de retirer l’Église du passage pour le faire fonctionner.

Ce que Matthieu 24 enseigne vraiment

Matthieu 24 nous enseigne que le peuple de Dieu doit s’attendre à la séduction, à la pression et à la nécessité de tenir ferme. Il nous enseigne que l’Évangile sera proclamé, que le mal se développera, mais que le Seigneur reviendra avec puissance et gloire. Il nous enseigne enfin que les élus seront rassemblés au moment de cette venue.

Le message du chapitre n’est donc pas : « Ne vous inquiétez pas, vous ne serez pas là. » Le message est plutôt : « Veillez, ne vous laissez pas séduire, persévérez, car le Fils de l’homme vient. »

Conclusion

Matthieu 24 ne parle pas d’un autre peuple que l’Église. Il parle des disciples de Jésus, de ses élus, de ceux qui doivent veiller, persévérer et attendre sa venue glorieuse. Rien dans le texte n’oblige à exclure l’Église de ce discours.

Au contraire, ce chapitre constitue l’un des appels les plus solennels du Seigneur à la fidélité et à l’espérance. Il montre que le peuple de Dieu sera rassemblé non avant toute détresse, mais à la venue glorieuse du Fils de l’homme, après cette détresse (Matthieu 24.29-31).

Vers le prochain article

Dans le prochain article, nous verrons si « rencontrer le Seigneur dans les airs » (1 Thessaloniciens 4.17) signifie réellement repartir au ciel pour plusieurs années, ou s’il s’agit plutôt d’accueillir le Roi qui vient.