Une idée souvent répétée, mais rarement démontrée clairement
L’idée de deux phases dans le retour de Jésus-Christ est souvent présentée comme une évidence. D’un côté, il y aurait une venue secrète pour enlever l’Église. De l’autre, il y aurait plus tard une venue visible pour juger le monde et établir le règne du Seigneur. Pour plusieurs, cette distinction paraît solidement établie.
Mais une question essentielle doit être posée avec sérieux : cette construction repose-t-elle réellement sur l’ensemble des grands textes bibliques, ou dépend-elle surtout d’un système dispensationalisme que l’on impose ensuite aux passages prophétiques ?
Quand on revient aux textes majeurs du Nouveau Testament, on constate que la venue du Seigneur est constamment associée à des réalités solennelles et décisives : la résurrection, la transformation des croyants vivants, le rassemblement des élus, le jugement des impies et la manifestation glorieuse de Christ (Matthieu 24.29-31 ; Jean 5.28-29 ; 1 Corinthiens 15.51-52 ; 1 Thessaloniciens 4.16-17 ; 2 Thessaloniciens 1.7-10).
Les grands textes parlent d’un même grand accomplissement
Lorsqu’on lit les principaux passages consacrés au retour du Seigneur, on est frappé par leur cohérence. Jésus parle de sa venue après la détresse, dans la gloire, avec le rassemblement de ses élus au son de la trompette (Matthieu 24.29-31). Paul parle de la descente du Seigneur, de la trompette de Dieu, de la résurrection des morts en Christ et du rassemblement des croyants (1 Thessaloniciens 4.16-17). Dans 1 Corinthiens 15, il parle de la trompette finale, de la transformation soudaine des vivants et de la victoire sur la mort (1 Corinthiens 15.51-54). Dans 2 Thessaloniciens 1, il unit la délivrance des croyants et le jugement des impies lors de la révélation de Jésus du ciel (2 Thessaloniciens 1.7-10).
Ces textes ne donnent pas naturellement l’impression de deux venues séparées. Ils présentent plutôt plusieurs facettes d’un même retour glorieux au dernier jour.
Matthieu 24 ne soutient pas deux retours séparés
Matthieu 24 est particulièrement important, car Jésus y situe clairement le rassemblement de ses élus « Aussitôt après ces jours de détresse » (Matthieu 24.29-31). Le Fils de l’homme paraît, les tribus de la terre le voient, la trompette retentit, et les élus sont rassemblés.
Si l’on veut maintenir deux phases, il faut alors affirmer que ce rassemblement n’est pas celui de l’Église, ou qu’il s’agit d’un autre groupe. Mais le texte lui-même ne converge pas dans cette direction. Jésus parle de ses élus, de ses disciples, de ceux qu’il appelle à persévérer et à veiller. La lecture la plus simple reste donc celle d’un rassemblement unique du peuple de Dieu à la venue glorieuse du Seigneur.
1 Thessaloniciens 4 et 1 Corinthiens 15 s’éclairent mutuellement
Certains veulent faire de 1 Thessaloniciens 4 et de 1 Corinthiens 15 des textes décrivant un événement totalement distinct de la venue glorieuse annoncée ailleurs. Pourtant, quand on les lit ensemble, ils se complètent admirablement.
Dans 1 Thessaloniciens 4, Paul insiste sur l’ordre des événements : le Seigneur descend, les morts en Christ ressuscitent, puis les croyants vivants sont enlevés à la rencontre du Seigneur (1 Thessaloniciens 4.16-17). Dans 1 Corinthiens 15, il insiste sur la nature de cette transformation : en un instant, les croyants sont changés, le corruptible revêt l’incorruptibilité, et la mort est engloutie dans la victoire (1 Corinthiens 15.51-54).
Ces deux textes ne se contredisent pas. Ils décrivent le même accomplissement sous deux angles complémentaires. Rien ne permet de les transformer en une première phase secrète séparée du reste de plusieurs années.
2 Thessaloniciens unit ce que plusieurs séparent
Le témoignage de 2 Thessaloniciens est particulièrement fort. Dans 2 Thessaloniciens 1.7-10, Paul enseigne que les croyants auront du repos lorsque Jésus apparaîtra du ciel avec les anges de sa puissance, au moment même où il exercera son jugement contre les impies. Le soulagement des saints et la punition des rebelles sont donc liés à une même révélation glorieuse du Seigneur.
Puis, dans 2 Thessaloniciens 2.1, Paul parle ensemble de « l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ » et de « notre rassemblement auprès de lui ». Il les unit dans une même perspective. Là encore, le texte ne pousse pas vers l’idée de deux venues distinctes, mais vers celle d’un même événement décisif.
L’idée de deux phases demande beaucoup d’ajouts au texte
Il faut ici être honnête. Pour construire la théorie des deux phases, il ne suffit pas de lire les grands textes. Il faut aussi ajouter plusieurs éléments que les passages n’enseignent pas explicitement.
- Il faut dire que le rassemblement de Matthieu 24 n’est pas celui de l’Église.
- Il faut dire que la rencontre du Seigneur dans les airs implique automatiquement un retour immédiat au ciel pour plusieurs années, alors que le texte ne le dit pas (1 Thessaloniciens 4.17).
- Il faut dire que la trompette finale ne correspond pas à l’accomplissement final, même si le langage de Paul va dans ce sens (1 Corinthiens 15.52-54).
- Il faut dire que les élus, dans certains textes, ne sont pas les croyants du Nouveau Testament.
- Il faut dire que la délivrance des croyants en 2 Thessaloniciens 1 est différente de leur rassemblement ailleurs, alors que Paul lie fortement ces réalités.
Autrement dit, l’argument des deux phases demande beaucoup de présupposés. Il n’est pas le fruit naturel d’une lecture simple et suivie des textes.
La venue de Christ est décrite comme visible, glorieuse et publique
Un autre point affaiblit fortement l’idée de deux phases distinctes. Le Nouveau Testament présente la venue du Seigneur comme visible et glorieuse. Jésus parle d’un éclair visible d’un bout à l’autre du ciel (Matthieu 24.27). Jean dit que tout homme le verra (Apocalypse 1.7). Paul parle de l’apparition glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ (Tite 2.13). Il parle aussi de l’éclat de son avènement (2 Thessaloniciens 2.8).
Ce vocabulaire ne s’accorde pas naturellement avec l’idée d’une première venue secrète, silencieuse et invisible au monde. La tonalité générale du Nouveau Testament est celle d’une manifestation éclatante du Seigneur.
La résurrection elle-même oriente vers l’accomplissement final
Il ne faut pas oublier que les textes qui servent souvent à défendre une première phase sont aussi des textes de résurrection. Or la résurrection des croyants, dans le Nouveau Testament, est constamment liée à la victoire définitive sur la mort et à l’accomplissement glorieux du salut au dernier jour (Jean 6.39-40 ; 11.24 ; 1 Corinthiens 15.54-57).
Quand Paul dit que la mort est engloutie dans la victoire, il ne donne pas l’impression de parler d’une étape intermédiaire encore suivie d’un long développement avant le grand accomplissement (1 Corinthiens 15.54). Le texte respire la finalité, le triomphe et l’achèvement.
Une lecture unifiée est plus simple et plus fidèle
La lecture la plus simple est donc aussi la plus forte. Jésus reviendra dans la gloire. À sa venue, les morts en lui ressusciteront, les croyants vivants seront transformés, les élus seront rassemblés, les impies seront jugés, et le peuple de Dieu entrera dans la joie définitive de son Seigneur.
Cette lecture respecte la cohérence des grands textes sans leur imposer une structure artificielle. Elle permet de recevoir pleinement chaque passage dans sa force propre sans devoir le reclasser dans une chronologie compliquée.
Pourquoi cela compte pour l’Église
Cette question n’est pas seulement théorique. Elle touche la manière dont l’Église se prépare. Si l’on enseigne aux croyants qu’ils seront nécessairement absents avant toute grande détresse, on affaiblit leur préparation à la persévérance. Mais si l’on comprend que le Nouveau Testament nous appelle à veiller, à souffrir fidèlement si nécessaire, à garder la foi et à attendre le Seigneur dans l’épreuve comme dans la paix, alors l’Église est mieux enracinée.
Notre espérance n’est pas un système. Notre espérance, c’est Jésus-Christ lui-même.
Conclusion
L’argument des « deux phases » du retour de Christ ne résiste pas naturellement à l’ensemble des grands textes bibliques. Il dépend d’ajouts, de distinctions et de reclassements qui ne s’imposent pas par les passages eux-mêmes. En revanche, les Écritures présentent avec cohérence une seule venue glorieuse, visible et décisive du Seigneur Jésus-Christ, liée à la résurrection, au rassemblement des croyants et au jugement.
L’Église fait donc bien de revenir à cette simplicité biblique : Jésus revient, et son peuple doit vivre dans la vigilance, la fidélité et l’espérance jusqu’à sa manifestation glorieuse (Tite 2.13).
Vers le prochain article
Dans le prochain article, nous pourrons conclure la série avec un texte de synthèse intitulé « Notre bienheureuse espérance : attendre Jésus-Christ sans système artificiel ».
