L’une des plus grandes erreurs de notre époque consiste à lire les promesses de Dieu comme si Jésus-Christ n’en était qu’un élément secondaire. On parle d’Israël, des alliances, de la terre, du temple, du royaume, des prophéties, mais parfois Jésus semble devenir presque périphérique. Pourtant, selon le Nouveau Testament, Jésus n’est pas un ajout tardif au plan de Dieu. Il n’est pas une parenthèse. Il n’est pas venu interrompre le projet de Dieu avec Israël. Il est venu l’accomplir.
Le cœur de la foi chrétienne est là : tout ce que Dieu a promis trouve son accomplissement en Jésus-Christ (2 Corinthiens 1.20). Non pas une partie seulement. Non pas quelques promesses spirituelles pendant que d’autres attendraient un accomplissement séparé en dehors de lui.
C’est pourquoi il est essentiel de le dire clairement : affirmer que Jésus-Christ accomplit les promesses faites à Israël n’est pas de l’antisémitisme. C’est la foi transmise par les apôtres. C’est la lecture que Jésus lui-même a donnée des Écritures. C’est la manière dont les apôtres ont compris la Loi, les prophètes et les psaumes.
Nous devons donc rejeter toute haine envers les Juifs, mais nous devons aussi refuser toute pression qui voudrait nous faire lire la Bible autrement que par le centre que Dieu lui-même a donné : Jésus-Christ.
1. Jésus n’abolit pas les promesses, il les accomplit
Jésus a lui-même posé le fondement de notre compréhension des Écritures lorsqu’il a déclaré : « Ne vous imaginez pas que je sois venu pour abolir ce qui est écrit dans la Loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir » (Matthieu 5.17). Cette parole est capitale. Jésus ne dit pas : « Je suis venu remplacer Israël ». Il ne dit pas non plus : « Je suis venu effacer les promesses ». Il ne dit pas également : « Je suis venu annuler ce que Dieu a dit auparavant ». Il dit : « Je suis venu accomplir ».
L’accomplissement n’est pas une destruction. C’est l’arrivée au but. C’est la plénitude. C’est le moment où ce qui était annoncé, préparé et préfiguré trouve enfin sa réalité profonde. Une graine n’est pas détruite lorsqu’elle devient un arbre. Elle atteint son but. L’ombre n’est pas méprisée lorsque la réalité apparaît. Elle cède la place à ce qu’elle annonçait. La promesse n’est pas annulée lorsqu’elle est accomplie. Elle est confirmée. C’est ainsi qu’il faut comprendre Jésus. Il est la réalité vers laquelle pointaient les promesses. Il est la lumière qui éclaire tout ce qui a été annoncé avant lui.
Lorsque Dieu a appelé Abraham, lorsqu’il a formé Israël, lorsqu’il a donné la Loi, lorsqu’il a établi le sacerdoce, lorsqu’il a donné le temple, lorsqu’il a suscité les prophètes, tout cela avançait vers Christ. Tout cela préparait sa venue. Tout cela annonçait son œuvre.
L’accomplissement en Christ n’est donc pas une négation d’Israël. C’est la révélation du but pour lequel Israël avait été appelé.
2. Jésus a enseigné que toutes les Écritures parlent de lui
Après sa résurrection, Jésus a rencontré deux disciples sur le chemin d’Emmaüs. Ces disciples étaient troublés, déçus, incapables de comprendre pourquoi le Messie avait souffert. Ils attendaient une délivrance, mais la croix semblait avoir brisé leurs espérances. Alors Jésus leur a donné la clé d’interprétation des Écritures lorsqu’il leur dit : « Alors, commençant par les livres de Moïse et parcourant tous ceux des prophètes, Jésus leur expliqua ce qui se rapportait à lui dans toutes les Ecritures » (Luc 24.27).
Remarquons bien : Jésus ne leur a pas seulement expliqué quelques prophéties messianiques isolées. Il leur a montré, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. Moïse, les prophètes, les promesses, les alliances, les sacrifices, le royaume, le temple, le peuple, tout devait être compris à la lumière de sa personne et de son œuvre. Un peu plus tard, Jésus dira encore à ses disciples : « Voici ce que je vous ai dit quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les Psaumes » (Luc 24.44). Puis l’Évangile ajoute : « Là-dessus, il leur ouvrit l’intelligence pour qu’ils comprennent les Ecritures » (Luc 24.45). Voilà ce dont l’Église a besoin aujourd’hui : une intelligence ouverte par Christ pour comprendre les Écritures selon Christ.
Le danger actuel est de lire l’Ancien Testament comme si Christ n’en était pas le centre. On prend des promesses faites à Israël, on les détache de Jésus, on les projette dans un programme futur séparé, puis on accuse ceux qui les ramènent à Christ de nier Israël.
Cependant, Jésus ne nous a jamais autorisés à lire les promesses en dehors de lui. Il est la clé. Il est le centre. Il est l’accomplissement.
3. Les apôtres ont annoncé Jésus comme l’accomplissement des promesses
La prédication apostolique ne présentait pas Jésus comme une rupture avec les promesses faites à Israël, mais comme leur accomplissement. Pierre, dans le livre des Actes, s’adresse à des Juifs et leur annonce que Jésus est celui que Dieu avait promis. Il déclare que les prophètes avaient annoncé les temps messianiques et que Dieu a envoyé son serviteur pour bénir son peuple en le détournant de ses mauvaises actions (Actes 3.18-26). Paul fait la même chose. À Antioche de Pisidie, il rappelle l’histoire d’Israël, la sortie d’Égypte, les juges, Samuel, Saül, David, puis il déclare : « voici que Dieu vient d’accorder à Israël un Sauveur parmi les descendants de David, comme il l’avait promis, et ce Sauveur, c’est Jésus » (Actes 13.23). Penser qu’Israël peut être sauvé en dehors de Jésus-Christ est une illusion contraire au témoignage des Écritures.
Jésus est donc présenté comme le Sauveur promis à Israël. Mais ce salut ne reste pas limité à Israël selon la chair. Il est proclamé aux nations. Paul dira dans le même discours que le pardon des péchés est annoncé en Jésus, et que quiconque croit est déclaré juste par lui (Actes 13.38-39).
Cette logique traverse tout le Nouveau Testament. Jésus accomplit les promesses faites à Israël, et cet accomplissement ouvre le salut aux nations. Il n’y a pas deux accomplissements séparés. Il n’y a pas deux peuples de Dieu parallèles. Il y a un seul Messie, une seule croix, une seule résurrection, un seul Évangile, un seul peuple racheté. C’est exactement ce que Paul affirme lorsqu’il écrit : « Ainsi, tous ceux qui font confiance à Dieu, comme Abraham lui a fait confiance, ont part à la bénédiction avec lui » (Galates 3.9).
La bénédiction promise à Abraham rejoint les nations en Jésus-Christ. C’était le projet de Dieu depuis le commencement : « Toutes les familles de la terre seront bénies à travers toi » (Genèse 12.3).
4. La promesse faite à Abraham conduit à Christ
Pour comprendre l’accomplissement en Jésus, il faut revenir à Abraham. Dieu lui avait fait une promesse extraordinaire : en lui, toutes les familles de la terre seraient bénies (Genèse 12.3). Cette promesse n’était pas seulement nationale. Elle avait dès le départ une portée mondiale. Paul interprète cette promesse à la lumière de Christ : « Or, c’est à Abraham et à sa descendance que Dieu a fait ses promesses. Il n’est pas dit : « et à ses descendances », comme s’il s’agissait de plusieurs lignées. A ta descendance ne désigne qu’une seule descendance, et c’est Christ » (Galates 3.16). Paul est très clair : la descendance ultime d’Abraham, celle en qui les promesses trouvent leur accomplissement, c’est Christ.
Cela change tout. Si Christ est la descendance promise, alors l’héritage ne se reçoit pas en dehors de lui. L’appartenance au peuple de la promesse ne se définit pas ultimement par la chair, mais par l’union avec Christ. C’est pourquoi Paul peut conclure : « Si vous lui (Christ) appartenez, vous êtes la descendance d’Abraham et donc, aussi, les héritiers des biens que Dieu a promis à Abraham » (Galates 3.29). Ce verset ne méprise pas Israël. Il ne nie pas l’histoire d’Abraham. Il ne remplace pas une ethnie par une autre. Il montre que l’héritage promis à Abraham est reçu en Christ par la foi.
Il y a donc une continuité, mais cette continuité passe par le Messie. Elle ne passe pas par une simple lignée charnelle séparée de lui. Elle passe par Jésus-Christ, le Fils promis, le véritable héritier, celui en qui tous les croyants deviennent héritiers.
5. Toutes les promesses de Dieu trouvent leur « oui » en Christ
Le texte de 2 Corinthiens 1.20 doit être gardé comme une colonne centrale de cette série : « car c’est en lui que Dieu a dit « oui » à tout ce qu’il avait promis » (2 Corinthiens 1.20). Paul ne parle pas ici d’un petit nombre de promesses. Il parle de toutes les promesses de Dieu. Cela signifie que les promesses ne doivent pas être interprétées comme si elles avaient leur accomplissement ultime en dehors de Christ.
La promesse du royaume trouve son accomplissement en Christ, le Roi établi par Dieu (Luc 1.32-33 ; Actes 2.30-36).
La promesse de la descendance d’Abraham trouve son accomplissement en Christ (Galates 3.16).
La promesse de la bénédiction pour les nations trouve son accomplissement en Christ (Galates 3.8-9).
La promesse de la nouvelle alliance trouve son accomplissement dans le sang de Christ (Luc 22.20 ; Hébreux 8.6-13).
La promesse du temple trouve son accomplissement en Christ et dans son peuple habité par l’Esprit (Jean 2.19-21 ; Éphésiens 2.19-22 ; 1 Pierre 2.4-5).
La promesse du sacrifice trouve son accomplissement dans l’offrande parfaite de Christ une fois pour toutes (Hébreux 10.10-14).
Tout converge vers Christ. Voilà pourquoi il est dangereux de bâtir une théologie où certaines promesses seraient pratiquement détachées de Jésus pour être replacées dans un schéma national, territorial ou politique. Le Nouveau Testament ne nous autorise pas à faire cela.
L’Église doit lire les promesses comme les apôtres les lisaient : à partir de Christ, en Christ, pour Christ (Romains 11.36).
6. L’accomplissement en Christ n’est pas une haine d’Israël
Il faut le répéter avec force : affirmer l’accomplissement en Christ n’est pas de l’antisémitisme.
- Ce n’est pas haïr les Juifs que de dire que Jésus est le Messie promis à Israël.
- Ce n’est pas mépriser Israël que de dire que les prophètes annonçaient Christ.
- Ce n’est pas effacer les promesses que de dire qu’elles trouvent leur oui en Jésus.
- Ce n’est pas remplacer Israël par les nations que de dire que Juifs et non-Juifs croyants sont réunis en un seul corps par la croix (Éphésiens 2.16).
- Ce n’est pas nier la fidélité de Dieu que de dire que la vraie descendance d’Abraham se reconnaît en Christ (Galates 3.29).
Au contraire, ce serait affaiblir le témoignage biblique que de séparer Israël de son Messie. Ce serait vider les promesses de leur plénitude que de les détourner de celui vers qui elles pointaient. Ce serait diminuer la gloire de Christ que de faire de lui un accomplissement partiel plutôt que l’accomplissement central et final. L’amour chrétien pour les Juifs ne consiste donc pas à taire Jésus. Il consiste à annoncer Jésus avec humilité, respect, larmes et vérité.
Paul aimait Israël, mais il annonçait Christ. Il priait pour Israël, mais il ne prêchait pas un salut sans Christ. Il souffrait pour son peuple, mais il déclarait que la justice de Dieu est reçue par la foi en Jésus (Romains 10.1-4). Voilà notre modèle biblique sûr.
7. Le point de vigilance actuel
Dans le contexte actuel, plusieurs initiatives cherchent à mobiliser des responsables chrétiens contre l’antisémitisme. Lorsqu’il s’agit de rejeter la haine, les menaces, la violence ou la discrimination envers les Juifs, les chrétiens peuvent dire clairement : nous sommes d’accord. L’antisémitisme est un péché, et nous le condamnons.
Toutefois, la vigilance devient nécessaire lorsque la lutte contre l’antisémitisme est accompagnée de formulations théologiques qui demandent aux chrétiens d’adopter une certaine lecture d’Israël, des alliances ou du peuple de Dieu.
Le danger n’est pas de s’opposer à la haine. Le danger est de laisser des organismes extérieurs à l’Église définir ce que les pasteurs doivent enseigner à leurs assemblées concernant Israël, les promesses, les alliances et l’accomplissement en Christ.
Un pasteur peut signer une déclaration contre la haine. Mais il ne doit jamais signer, enseigner ou promouvoir une formulation doctrinale qu’il n’a pas soumise à l’Écriture.
Le problème devient sérieux lorsqu’un responsable chrétien se sent obligé de parler d’Israël selon les catégories d’un mouvement, d’une déclaration ou d’une pression publique, plutôt que selon les catégories du Nouveau Testament.
La question n’est pas : « Comment éviter d’être mal perçu ? »
La question est : « Que dit la Parole de Dieu ? »
Car l’Église n’est pas appelée à plaire à une idéologie. Elle est appelée à garder le témoignage de Jésus-Christ.
8. La Parole de Dieu doit demeurer notre autorité finale
Dans une époque de pressions, de discours publics, de sensibilités politiques et de risques de mauvaise interprétation, le chrétien doit revenir à une vérité simple : l’Écriture est l’autorité finale. Paul écrit à Timothée : « toute l’Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser et apprendre à mener une vie conforme à ce qui est juste » (2 Timothée 3.16).
Ce n’est pas une organisation humaine qui définit la doctrine de l’Église. Ce n’est pas une pression médiatique. Ce n’est pas une déclaration interreligieuse. Ce n’est pas la peur d’être accusé. Ce n’est pas le désir d’être accepté. C’est la Parole de Dieu. Lorsque les apôtres ont été pressés de se taire, ils ont répondu : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5.29). Cette parole doit nous habiter. Non pas pour devenir arrogants. Non pas pour parler durement. Non pas pour mépriser ceux qui ne pensent pas comme nous. Mais pour demeurer fermes lorsque l’Évangile est en jeu.
- Si l’on nous demande de rejeter l’antisémitisme, nous répondons : oui, avec conviction.
- Si l’on nous demande d’aimer les Juifs, nous répondons : oui, comme notre prochain.
- Si l’on nous demande de prier pour leur salut, nous répondons : oui, comme Paul le faisait (Romains 10.1).
- Mais si l’on nous demande de taire que Jésus est l’accomplissement des promesses, nous répondons : non.
- Si l’on nous demande de laisser entendre qu’il y aurait un peuple de Dieu séparé de Christ, nous répondons : non.
- Si l’on nous demande de présenter comme antisémite l’enseignement apostolique sur l’unité des Juifs et des non-Juifs en Christ, nous répondons : non.
Car notre fidélité appartient au Seigneur Jésus-Christ.
9. Jésus-Christ, le centre de toute lecture biblique
Lire la Bible chrétiennement, c’est lire toute l’Écriture à la lumière de Jésus-Christ. Cela ne signifie pas forcer les textes. Cela signifie les lire selon la révélation finale donnée par Dieu. L’épître aux Hébreux commence ainsi : « A bien des reprises et de bien des manières, Dieu a parlé autrefois à nos ancêtres par les prophètes. Et maintenant, dans ces jours qui sont les derniers, il nous a parlé par le Fils » (Hébreux 1.1-2). Dieu a parlé par les prophètes. Mais il a parlé pleinement par le Fils. Le Fils est donc la révélation décisive. C’est à partir de lui que nous comprenons la plénitude du plan de Dieu.
C’est pourquoi toute lecture des promesses qui contourne Christ, diminue Christ ou place Christ à côté d’un autre accomplissement final doit être examinée avec sérieux.
- Le chrétien ne dit pas : « Israël n’a plus d’importance », mais il dit : « Israël trouve son accomplissement dans son Messie ».
- Le chrétien ne dit pas : « Les promesses sont annulées », mais il dit : « Les promesses sont accomplies en Jésus-Christ ».
- Le chrétien ne dit pas : « Dieu a rejeté les Juifs comme personnes », mais il dit : « Juifs et non-Juifs doivent être sauvés par le même Seigneur, dans la même grâce, par la même foi » (Romains 10.12-13).
Voilà la différence entre une théologie de mépris et une théologie d’accomplissement.
Nous ne prêchons pas le mépris. Nous prêchons Christ.
Conclusion
Jésus-Christ est l’accomplissement des promesses faites à Israël. C’est lui que la Loi annonçait. C’est lui que les prophètes attendaient. C’est lui que les psaumes célébraient. C’est lui que les sacrifices préfiguraient. C’est lui que le temple annonçait. C’est lui que la royauté de David préparait. C’est lui que la promesse faite à Abraham désignait. Tout converge vers lui. Dire cela n’est pas de l’antisémitisme. C’est confesser la foi chrétienne. C’est honorer les Écritures. C’est suivre l’enseignement de Jésus et des apôtres.
L’Église doit donc marcher sur une ligne claire : rejeter toute haine envers les Juifs, mais refuser toute pression qui voudrait lui faire abandonner l’accomplissement en Christ.
Nous ne devons pas laisser la peur des accusations nous détourner de la vérité biblique. Nous ne devons pas laisser des formulations extérieures imposer à l’Église une lecture que les apôtres n’ont pas enseignée.
Le peuple de Dieu doit rester attaché à la Parole. Les pasteurs doivent garder le dépôt de la foi. Les croyants doivent apprendre à discerner entre la compassion véritable et la capitulation doctrinale.
Oui, nous aimons les Juifs. Oui, nous rejetons l’antisémitisme. Oui, nous refusons la haine seulement, nous confessons aussi ceci avec force :
- Jésus-Christ est le Messie promis.
- Jésus-Christ est l’accomplissement des Écritures.
- Jésus-Christ est le seul Sauveur.
Et en lui, Dieu rassemble tous ceux qui croient, Juifs et non-Juifs, en un seul peuple racheté par son sang (Éphésiens 2.14-16 ; Apocalypse 5.9-10).
