Nous arrivons au terme de cette série avec une conviction simple, mais essentielle : le chrétien doit aimer le peuple juif sans jamais trahir l’Évangile de Jésus-Christ. Ces deux réalités ne s’opposent pas. Elles vont ensemble. Celui qui aime vraiment selon Dieu ne hait pas et celui qui aime vraiment selon Dieu ne cache pas non plus le Sauveur.
L’antisémitisme est un péché. Il doit être rejeté clairement, sans hésitation et sans ambiguïté. Le mépris envers les Juifs, les soupçons collectifs, les généralisations injustes, les théories accusatrices, la déshumanisation, les menaces, les violences et les paroles haineuses n’ont aucune place dans le cœur d’un disciple de Jésus. Tout être humain est créé à l’image de Dieu (Genèse 1.27), et Jésus nous appelle à aimer notre prochain (Matthieu 22.39).
Mais rejeter l’antisémitisme ne signifie pas renoncer à la foi chrétienne. Cela ne signifie pas taire que Jésus est le Messie promis. Cela ne signifie pas abandonner l’enseignement apostolique selon lequel toutes les promesses de Dieu trouvent leur accomplissement en Christ. Cela ne signifie pas accepter qu’il y aurait deux chemins de salut, deux peuples spirituellement séparés ou deux alliances salvatrices parallèles.
L’Église doit donc marcher avec un double refus :
- Refuser la haine et refuser le compromis.
- Refuser l’antisémitisme et refuser de taire l’Évangile.
- Refuser le mépris envers les Juifs et refuser de séparer Israël de son Messie.
C’est cette voie que nous devons garder : aimer sans haïr, annoncer sans orgueil, témoigner sans peur, demeurer fidèles à Jésus-Christ.
1. Aimer les Juifs comme notre prochain
La première chose à affirmer est simple : les Juifs doivent être aimés comme notre prochain. Jésus n’a pas laissé au croyant la liberté de choisir qui mérite son amour. Il a commandé : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Matthieu 22.39). Le prochain n’est pas seulement celui qui partage mes convictions. Il n’est pas seulement celui qui accepte ma théologie. Il n’est pas seulement celui qui me comprend ou qui m’approuve. Le prochain est celui que Dieu place devant moi, avec sa dignité, son histoire, ses blessures, ses besoins et son âme éternelle.
Le peuple juif a connu dans l’histoire des souffrances terribles, des persécutions, des humiliations et des violences. Le chrétien ne doit jamais minimiser ces réalités. Il doit refuser toute parole qui entretient la haine. Il doit veiller à ne pas parler avec mépris. Il doit rejeter les caricatures et les généralisations.
Aimer les Juifs signifie donc les traiter avec respect, dignité et compassion. Cela signifie refuser toute violence contre eux. Cela signifie prier pour leur bien. Cela signifie reconnaître qu’ils ne sont pas un sujet théologique abstrait, mais des hommes et des femmes réels, créés à l’image de Dieu, ayant besoin de vérité, de justice, de compassion et de salut.
Mais l’amour biblique ne s’arrête pas à la protection contre la haine. L’amour biblique va jusqu’au témoignage de Jésus-Christ.
2. Prier pour le salut d’Israël
L’apôtre Paul nous donne le modèle d’un cœur chrétien envers Israël. Il ne parlait pas de son peuple avec mépris. Il écrivait : « Frères et sœurs, je souhaite de tout cœur que les Israélites soient sauvés, et c’est ce que je demande instamment à Dieu dans mes prières » (Romains 10.1). Cette parole devrait façonner notre attitude. Paul ne dit pas : « Mon désir est qu’ils soient humiliés. » Il ne dit pas : « Mon désir est qu’ils soient rejetés. » Il ne dit pas : « Mon désir est qu’ils soient méprisés. » Il dit : « Ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés. » Voilà la voie chrétienne : prier pour le salut.
- Il faut prier pour que des Juifs reconnaissent Jésus comme leur Messie.
- Il faut prier pour que leurs yeux soient ouverts à l’accomplissement des Écritures.
- Il faut prier pour qu’ils voient dans la croix non un scandale seulement, mais la sagesse et la puissance de Dieu.
- Il faut prier pour qu’ils soient greffés de nouveau par la foi (Romains 11.23).
Cette prière ne doit pas être orgueilleuse. Elle doit être humble. Les non-Juifs croyants n’ont aucune raison de se glorifier. Ils ont été sauvés par grâce. Ils ont été greffés par grâce. Ils ne portent pas la racine, c’est la racine qui les porte (Romains 11.17-18).
Prier pour Israël, ce n’est donc pas mépriser Israël. C’est désirer que le peuple qui a reçu les promesses reconnaisse celui en qui les promesses trouvent leur « oui » (2 Corinthiens 1.20).
3. Annoncer Jésus comme le Messie promis
Aimer le peuple juif ne signifie pas taire Jésus. Au contraire, si Jésus est vraiment le Messie promis, alors l’amour nous pousse à le faire connaître.
André, après avoir rencontré Jésus, a dit à Simon : « Nous avons trouvé le Messie » (Jean 1.41). La foi chrétienne affirme que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, le Sauveur du monde. Il est celui que la Loi, les prophètes et les psaumes annonçaient. Après sa résurrection, Jésus a dit : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les Psaumes » (Luc 24.44). La proclamation chrétienne ne peut donc pas éviter ce point : Jésus est le Messie d’Israël. Il est le Fils de David. Il est la descendance d’Abraham. Il est l’Agneau de Dieu. Il est le médiateur de la nouvelle alliance. Il est le Roi établi par Dieu.
Annoncer cela aux Juifs n’est pas de l’antisémitisme. C’est le témoignage apostolique. Les premiers témoins de Jésus étaient Juifs. Les apôtres ont annoncé Jésus dans les synagogues. Paul, Juif et pharisien, démontrait à partir des Écritures que Jésus est le Christ (Actes 17.2-3).
L’Église ne doit donc pas avoir honte de confesser Jésus devant Israël. Elle doit le faire avec respect, mais elle doit le faire.
4. Refuser l’idée de deux chemins de salut
L’une des grandes tentations contemporaines consiste à vouloir préserver de bonnes relations interreligieuses en laissant entendre que les Juifs auraient une relation salvatrice avec Dieu en dehors de Jésus-Christ. Mais le Nouveau Testament ne permet pas cette conclusion. Jésus a déclaré : « Je suis, moi, le chemin, répondit Jésus, la vérité et la vie. Personne ne va au Père sans passer par moi » (Jean 14.6). Pierre a proclamé : « C’est en lui seul que se trouve le salut. Dans le monde entier, Dieu n’a jamais donné le nom d’aucun autre homme par lequel nous devions être sauvés » (Actes 4.12). Paul a écrit : « Ainsi, il n’y a pas de différence entre Juifs et non-Juifs. Car tous ont le même Seigneur qui donne généreusement à tous ceux qui font appel à lui » (Romains 10.12).
Ces textes sont clairs. Il n’y a pas deux chemins de salut. Il n’y a pas une voie par la Loi pour Israël et une voie par Christ pour les nations. Il n’y a pas une alliance salvatrice parallèle pour ceux qui rejettent Jésus. Il y a un seul Seigneur, un seul Évangile, une seule grâce, une seule foi.
Dire cela ne signifie pas haïr les Juifs. Cela signifie prendre au sérieux les paroles de Jésus et des apôtres. L’amour véritable ne promet pas une sécurité spirituelle que l’Écriture ne promet pas.
5. Garder l’accomplissement en Christ au centre
Le centre de la Bible, c’est Jésus-Christ. Il est l’accomplissement des promesses de Dieu. Il est la clé des Écritures. Il est celui en qui Dieu a dit « oui » à tout ce qu’il avait promis. Paul écrit : « Car c’est en lui que Dieu a dit oui à tout ce qu’il avait promis » (2 Corinthiens 1.20). Cette parole doit protéger l’Église contre toute dérive. Les promesses faites à Abraham, à Israël, à David, les annonces des prophètes, les sacrifices, le temple, la nouvelle alliance, le royaume, tout doit être lu à la lumière de Jésus-Christ.
Jésus n’a pas aboli les promesses. Il les a accomplies (Matthieu 5.17). Il n’a pas détruit l’espérance d’Israël. Il l’a portée à sa plénitude. Il n’a pas effacé les Écritures. Il les a ouvertes pour montrer qu’elles parlaient de lui (Luc 24.27, 44-45).
L’Église doit donc refuser toute pression qui voudrait déplacer le centre. Le centre n’est pas une nation moderne. Le centre n’est pas un temple terrestre futur. Le centre n’est pas une idéologie politique. Le centre n’est pas un système prophétique humain.
Le centre, c’est Jésus-Christ.
6. Refuser de reconstruire le mur que Christ a détruit
Paul enseigne que Christ a détruit le mur de séparation entre Juifs et non-Juifs croyants. Il écrit à ce sujet : « Il a, en effet, instauré l’unité entre les Juifs et les non-Juifs et abattu le mur qui les séparait » (Éphésiens 2.14). Puis il ajoute que Christ a voulu créer, à partir du Juif et du non-Juif, « une seule nouvelle humanité » (Éphésiens 2.15), et les réconcilier les uns les autres avec Dieu et les unir « en un seul corps » par la croix (Éphésiens 2.16). Cette vérité est magnifique. Le peuple de Dieu n’est pas divisé en deux peuples spirituels séparés. En Christ, le Juif croyant et le non-Juif croyant sont un. Ils ont accès au même Père par le même Esprit (Éphésiens 2.18). Ils sont membres de la même famille de Dieu (Éphésiens 2.19).
Nous devons donc refuser les discours qui reconstruisent ce que Christ a détruit. Bien sûr, les histoires, les cultures et les origines demeurent. Un Juif croyant ne cesse pas d’avoir une histoire juive. Un non-Juif croyant ne devient pas ethniquement juif. Mais devant Dieu, leur statut est défini par Christ.
L’unité du peuple de Dieu n’est pas une invention humaine. Elle est le fruit de la croix.
7. Le point de vigilance actuel
Dans le contexte actuel, plusieurs initiatives encouragent les leaders chrétiens à lutter contre l’antisémitisme. Lorsqu’il s’agit de refuser la haine, les menaces, la violence et la discrimination envers les Juifs, les chrétiens doivent répondre clairement : oui. Cette lutte est juste lorsqu’elle protège des personnes contre l’injustice.
Toutefois la vigilance demeure nécessaire. Si cette lutte devient une pression pour faire taire l’accomplissement en Christ, pour imposer une vision particulière d’Israël, ou pour amener les pasteurs à enseigner à leurs assemblées des formulations qui affaiblissent l’Évangile, alors l’Église doit résister.
L’Église ne doit pas devenir le relais d’une idéologie. Elle ne doit pas recevoir sa doctrine d’un organisme politique, d’une déclaration interreligieuse, d’un groupe de pression ou d’une sensibilité médiatique. Elle doit recevoir sa doctrine de la Parole de Dieu.
Un pasteur peut dire oui à l’amour du prochain. Il peut dire oui au rejet de l’antisémitisme. Il peut dire oui à la protection des personnes contre la haine. Mais il doit dire non à toute tentative de placer autre chose que Christ au centre. Il doit dire non à toute pression qui voudrait présenter l’enseignement apostolique comme suspect. Il doit dire non à toute demande de taire que Jésus est le seul Sauveur.
8. Aimer sans flatter, témoigner sans mépriser
L’Église doit trouver le ton juste. Il ne faut pas flatter ni mépriser. Flatter consisterait à dire aux Juifs qu’ils n’ont pas besoin de Jésus, simplement pour maintenir une paix religieuse. Ce serait manquer d’amour. Mépriser consisterait à parler d’eux avec dureté, orgueil ou hostilité. Ce serait manquer de l’Esprit de Christ. Le chemin biblique est différent : aimer et témoigner.
Paul aimait Israël, mais il priait pour son salut (Romains 10.1). Il reconnaissait leur zèle, mais il disait que ce zèle était mal éclairé sans la justice de Dieu (Romains 10.2-3). Il connaissait leurs privilèges, mais il proclamait que Christ est l’aboutissement de la Loi pour que tous ceux qui croient soient déclarés justes (Romains 10.4). Voilà le modèle.
L’amour chrétien ne cache pas la vérité, mais il ne la jette pas non plus comme une pierre. Il la porte avec larmes, respect, patience et espérance.
9. Garder l’Église attachée à sa mission
L’Église a reçu une mission claire : « allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples » (Matthieu 28.19). Cette mission inclut les Juifs et les non-Juifs. Elle inclut tous les peuples. Elle ne consiste pas à défendre un projet politique terrestre. Elle ne consiste pas à promouvoir une idéologie nationale. Elle ne consiste pas à faire taire les vérités bibliques pour être acceptée dans l’espace public.
La mission de l’Église est d’annoncer Jésus-Christ, d’appeler les hommes à la repentance, de faire des disciples, de baptiser, d’enseigner tout ce que Jésus a prescrit. Si l’Église perd cette mission, elle peut encore parler de paix, de dialogue, de valeurs et de solidarité, mais elle aura abandonné son appel principal.
Nous devons donc garder la mission au centre. Le besoin suprême de tout être humain, Juif ou non-Juif, est d’être réconcilié avec Dieu par Jésus-Christ.
10. Ce que cette série a voulu affirmer
Cette série n’a pas été écrite pour nourrir une hostilité envers les Juifs. Elle a été écrite pour clarifier une confusion.
- Nous avons affirmé que l’antisémitisme est un péché.
- Nous avons affirmé que Jésus-Christ est l’accomplissement des promesses faites à Israël.
- Nous avons affirmé que le vrai Israël se reconnaît par la foi, non par la chair seulement.
- Nous avons affirmé qu’en Christ, le mur de séparation est détruit.
- Nous avons affirmé que les non-Juifs croyants ne remplacent pas Israël, mais sont greffés en Christ.
- Nous avons affirmé que la descendance d’Abraham, selon le Nouveau Testament, se définit par l’union avec Christ.
- Nous avons affirmé que la nouvelle alliance est scellée par le sang de Jésus.
- Nous avons affirmé que le temple, le sacrifice et l’héritage trouvent leur accomplissement en Christ.
- Nous avons affirmé qu’on peut critiquer le sionisme chrétien sans haïr les Juifs.
- Nous avons affirmé que l’accusation d’antisémitisme ne doit pas devenir une arme contre l’Évangile.
- Nous avons affirmé que Paul aimait profondément Israël, mais annonçait Christ comme seule justice.
- Nous avons affirmé que l’Église n’est pas un accident dans le plan de Dieu.
- Nous avons affirmé que les prophètes annonçaient déjà le rassemblement des nations dans le peuple de Dieu.
- Nous avons affirmé qu’il faut répondre aux accusations injustes avec douceur, fermeté et vérité.
Toutes ces affirmations convergent vers un seul centre : Jésus-Christ ressuscité.
11. Ce que l’Église doit garder jusqu’au retour du Seigneur
- L’Église doit garder l’amour.
- L’Église doit garder la vérité.
- L’Église doit garder la mission.
- L’Église doit garder l’humilité.
- L’Église doit garder le discernement.
- L’Église doit garder la Parole.
- L’Église doit garder le témoignage de Jésus.
- L’Église ne doit pas céder à la haine.
- L’Église ne doit pas céder à la peur.
- L’Église ne doit pas céder à l’orgueil.
- L’Église ne doit pas céder à la pression.
L’Église doit être capable de dire avec clarté :
- « Nous rejetons l’antisémitisme, mais nous ne rejetterons pas l’Évangile. »
- « Nous aimons les Juifs, mais nous ne tairons pas Jésus-Christ. »
- « Nous respectons les personnes, mais nous examinerons les doctrines. »
- « Nous refusons la haine, mais nous garderons la vérité. »
- « Nous voulons la paix, mais jamais au prix de la fidélité à Christ. »
Voilà la posture que l’Église doit garder dans les temps présents.
Conclusion
Aimer le peuple juif sans trahir l’Évangile de Jésus-Christ, voilà l’appel biblique. Ce n’est pas une voie facile. Elle demande de la maturité, du courage, de l’humilité et de la fidélité.
Nous devons rejeter toute forme d’antisémitisme. Nous devons refuser toute haine envers les Juifs. Nous devons parler avec respect, compassion et prière. Nous devons nous souvenir que Jésus lui-même est venu d’Israël selon la chair, que les apôtres étaient Juifs, et que Dieu a agi puissamment dans l’histoire de ce peuple.
Mais nous devons aussi confesser que Jésus est le Messie promis, le seul Sauveur, l’accomplissement des Écritures, le médiateur de la nouvelle alliance et le Seigneur de son Église.
Nous ne pouvons pas séparer l’amour du prochain de la fidélité à Christ. De même, nous ne pouvons pas opposer compassion et vérité. Puis, nous ne pouvons pas sacrifier l’Évangile pour éviter les accusations. Finalement, nous ne pouvons pas laisser une pression extérieure redéfinir ce que la Parole de Dieu enseigne.
Alors, avec humilité, nous aimerons et avec courage, nous témoignerons. Avec douceur, nous répondrons et avec fermeté, nous resterons attachés à la Parole.
Avec espérance, nous proclamerons Jésus-Christ, le Messie d’Israël, la lumière des nations, le Sauveur du monde, et le Seigneur qui rassemble en un seul peuple tous ceux qui croient en lui.
« Ainsi, il n’y a pas de différence entre Juifs et non-Juifs. Car tous ont le même Seigneur qui donne généreusement à tous ceux qui font appel à lui. En effet, il est écrit : Tous ceux qui invoqueront le Seigneur seront sauvés » (Romains 10.12-13).
