Une question décisive pour comprendre Daniel 9.27
Daniel 9.27 est l’un des versets les plus discutés de toute la prophétie des soixante-dix septaines. Le texte déclare : « L’oint conclura une alliance ferme avec un grand nombre au cours d’une septaine1 » (Daniel 9.27).
Pour plusieurs, le « oint » désignerait l’Antichrist. Selon cette lecture, Daniel annoncerait un futur traité politique conclu entre l’Antichrist et Israël pour une durée de sept ans. Au milieu de cette période, l’Antichrist romprait ce traité, ferait cesser les sacrifices dans un temple reconstruit, puis déclencherait une grande tribulation.
Mais la question essentielle est celle-ci : est-ce vraiment ce que le texte dit ?
Avant de construire tout un scénario prophétique autour de ce verset, il faut revenir au passage lui-même. Qui est le personnage principal de Daniel 9.24-27 ? Quel est le sujet dominant de la prophétie ? Le texte nous conduit-il naturellement vers l’Antichrist, ou vers le Messie ?
Lorsque nous lisons Daniel 9 dans son contexte, la réponse devient beaucoup plus claire. Le passage parle d’abord de l’œuvre de Dieu pour faire cesser la révolte, mettre fin aux péchés, effacer la faute, instaurer une justice éternelle et accomplir visions et prophéties (Daniel 9.24). Il annonce ensuite la venue d’un chef ayant reçu l’onction (Daniel 9.25). Puis il annonce que ce Messie sera retranché (Daniel 9.26).
Le contexte immédiat est donc messianique. Sans l’ombre d’un doute il pointe naturellement vers Christ.
Le contexte nous oblige à commencer par le Messie
Une règle simple de lecture biblique consiste à suivre le mouvement du texte. Daniel 9.24 donne le but de la prophétie. Daniel 9.25 annonce l’apparition du Messie. Daniel 9.26 annonce que le Messie sera retranché. Daniel 9.27 parle ensuite d’une alliance confirmée avec plusieurs.
Il serait étrange de passer soudainement du Messie à l’Antichrist sans indication claire dans le texte. Or, le passage ne dit jamais : « Puis un autre chef impie viendra conclure une alliance ». Il ne dit pas : « L’Antichrist confirmera une alliance ». Il ne dit pas : « Un traité politique sera signé avec Israël ». Ces éléments sont ajoutés par le système d’interprétation dispensationalisme, mais ils ne sont pas explicitement présents dans Daniel 9.
Le personnage clairement mis en avant dans le passage est le Messie. C’est lui qui vient. C’est lui qui est oint. C’est lui qui est retranché. C’est lui qui accomplit les objectifs du verset 24.
Il est donc naturel de comprendre que celui qui confirme l’alliance en Daniel 9.27 est le Messie, non l’Antichrist.
L’alliance dans la Bible est d’abord une réalité divine
Le mot « alliance » est extrêmement important dans les Écritures. Il ne désigne pas d’abord un simple accord politique ou diplomatique. Il désigne l’engagement souverain de Dieu envers son peuple. Dieu fait alliance avec Noé, avec Abraham, avec Israël, avec David, puis il annonce par les prophètes une nouvelle alliance.
Jérémie annonce cette nouvelle alliance avec clarté : « Mais voici quelle alliance je conclurai avec le peuple d’Israël, après ces jours, déclare l’Eternel : je placerai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes, je la graverai sur leur cœur ; moi, je serai leur Dieu, eux, ils seront mon peuple. » (Jérémie 31.33).
Cette alliance nouvelle ne repose pas sur un arrangement humain. Elle repose sur l’initiative de Dieu. Elle concerne le pardon, la transformation du cœur et la relation restaurée avec Dieu.
Or Daniel 9.24 annonce justement l’effacement de la faute et l’instauration d’une justice éternelle. Le langage de l’alliance en Daniel 9.27 s’accorde donc parfaitement avec le thème de la rédemption annoncé au verset 24.
Jésus confirme l’alliance par son sang
Lors du dernier repas avec ses disciples, Jésus utilise un langage qui éclaire puissamment Daniel 9.27. Il prend la coupe et déclare : « ceci est mon sang, par lequel est scellée l’alliance. Il va être versé pour beaucoup d’hommes, afin que leurs péchés soient pardonnés » (Matthieu 26.28). Cette parole est remarquable. Jésus parle de son sang. Il parle de l’alliance. Il parle de beaucoup. Il parle du pardon des péchés.
Daniel 9.27 parle d’une alliance confirmée avec un grand nombre. Daniel 9.24 parle de l’effacement de la faute. Daniel 9.26 parle du Messie retranché. Le lien avec les paroles de Jésus est profond.
Ce n’est pas l’Antichrist qui verse son sang pour beaucoup. Ce n’est pas l’Antichrist qui pardonne les péchés. Ce n’est pas l’Antichrist qui scelle la nouvelle alliance. C’est Jésus-Christ. Le Messie est retranché, et par son sang, il confirme l’alliance avec plusieurs.
Le « grand nombre » et le langage du Serviteur souffrant
L’expression « un grand nombre » ou « beaucoup » n’est pas sans importance. Elle rappelle fortement le langage d’Ésaïe 53, où le Serviteur souffrant porte le péché de beaucoup. Ésaïe annonce : « il a pris sur lui les fautes d’un grand nombre, il a intercédé en faveur des coupables » (Ésaïe 53.12).
Jésus reprend ce langage lorsqu’il parle de son sang versé pour beaucoup (Matthieu 26.28). Le Messie retranché de Daniel 9.26 correspond au Serviteur souffrant d’Ésaïe 53. Et l’alliance confirmée avec plusieurs correspond à l’œuvre rédemptrice accomplie par son sang.
Il ne s’agit donc pas d’un simple détail linguistique. Le Nouveau Testament nous aide à comprendre que l’œuvre du Messie concerne une multitude. Son sang est versé pour beaucoup. Son sacrifice porte le péché de beaucoup. Son alliance rassemble plusieurs et Daniel 9.27 s’inscrit parfaitement dans cette ligne.
Une alliance ferme, non un traité fragile
La lecture dispensationaliste parle souvent d’un traité de paix futur conclu par l’Antichrist, puis rompu au milieu de la semaine. Mais Daniel 9.27 parle d’une alliance ferme. L’idée n’est pas celle d’un accord fragile, trompeur et temporaire, mais d’une alliance confirmée, rendue solide.
Or quelle alliance est réellement ferme ? Quelle alliance repose sur une base éternelle ? Quelle alliance ne dépend pas des caprices des hommes ou des calculs politiques ? La réponse biblique est claire : la nouvelle alliance en Jésus-Christ.
L’épître aux Hébreux déclare que Jésus est le médiateur d’une alliance supérieure : « Mais maintenant, c’est un service bien supérieur qui a été confié à notre grand-prêtre car il est le médiateur d’une alliance bien meilleure fondée sur de meilleures promesses » (Hébreux 8.6). Cette alliance est meilleure parce qu’elle repose sur le sacrifice parfait du Fils de Dieu. Elle est ferme parce qu’elle est scellée par son sang. Elle est efficace parce qu’elle obtient réellement le pardon. Elle est éternelle parce que Christ vit pour toujours.
Un traité politique humain peut bien être signé, rompu, manipulé ou trahi. Mais l’alliance confirmée par Christ est solide, définitive et rédemptrice.
Daniel 9.27 ne parle pas explicitement d’un traité politique
Il faut insister sur un point important : Daniel 9.27 ne mentionne jamais un traité de paix. Il ne mentionne jamais Israël moderne. Il ne mentionne jamais un temple reconstruit à la fin des temps. Il ne mentionne jamais un accord diplomatique international. Il ne mentionne jamais l’Antichrist. Ces idées sont importées dans le texte.
Au contraire, le verset parle d’une alliance. Dans le contexte biblique, ce mot doit d’abord être compris à la lumière de l’histoire de la rédemption. Et dans le contexte immédiat de Daniel 9, cette alliance est liée à l’effacement de la faute, à la justice éternelle, au Messie retranché et à la cessation du sacrifice. Autrement dit, tout le contexte nous pousse vers l’œuvre de Christ sans aucune ambiguïté.
Le Messie retranché confirme l’alliance
Daniel 9.26 annonce que le Messie sera retranché. Daniel 9.27 annonce qu’il confirmera l’alliance avec plusieurs. Ces deux réalités ne doivent pas être séparées.
Comment le Messie confirme-t-il l’alliance ?
- Par son retranchement.
- Par sa mort.
- Par son sang.
- Par son sacrifice.
- Par l’offrande de sa vie.
C’est exactement ce que Jésus enseigne lors du dernier repas. La nouvelle alliance est scellée par son sang versé. Son sang est versé pour beaucoup, afin que les péchés soient pardonnés (Matthieu 26.28).
Ainsi, Daniel 9.27 ne nous détourne pas de la croix. Il nous y conduit. Il montre que la mort du Messie n’est pas seulement un rejet injuste. Elle est l’acte par lequel l’alliance est confirmée.
L’alliance annoncée par les prophètes trouve son accomplissement en Christ
Jérémie avait annoncé une nouvelle alliance où Dieu écrirait sa loi dans les cœurs et pardonnerait la faute de son peuple (Jérémie 31.31-34). Ézéchiel avait annoncé que Dieu donnerait un cœur nouveau et mettrait son Esprit au dedans de son peuple (Ézéchiel 36.26-27). Ésaïe avait annoncé un Serviteur qui porterait les péchés de beaucoup et justifierait plusieurs (Ésaïe 53.11-12). Ainsi, ces promesses trouvent leur accomplissement en Jésus-Christ.
L’épître aux Hébreux cite longuement Jérémie 31 pour montrer que la nouvelle alliance est maintenant inaugurée en Christ (Hébreux 8.8-13). Le pardon n’est plus suspendu à des sacrifices répétés. Il repose sur l’offrande parfaite du Fils de Dieu.
Daniel 9.27 doit donc être lu dans cette grande continuité biblique. L’alliance confirmée avec plusieurs n’est pas un accident prophétique isolé. Elle s’inscrit dans l’annonce de la nouvelle alliance accomplie par le Messie.
La croix, et non la diplomatie, est au centre du verset
Si l’on fait de Daniel 9.27 un traité politique futur, le centre du verset devient la diplomatie de l’Antichrist. Mais si l’on suit le contexte, le centre devient la croix de Christ.
Maintenant, demandons-nous quelle lecture honore le mieux Daniel 9.24.
Daniel 9.24 parle de mettre fin aux péchés, d’effacer la faute et d’instaurer une justice éternelle. Un traité politique ne peut pas faire cela. Un accord international ne peut pas expier le péché. Une alliance diplomatique ne peut pas établir une justice éternelle. Seul le sang du Messie le peut.
La croix répond aux objectifs du verset 24. Le traité politique futur ne le fait pas. Voilà pourquoi l’interprétation messianique est plus cohérente avec le passage.
Pourquoi attribuer cette alliance à l’Antichrist pose un problème théologique
Attribuer l’alliance de Daniel 9.27 à l’Antichrist pose un grave problème théologique. Cela déplace vers un homme impie un langage qui, dans le contexte, correspond à l’œuvre rédemptrice du Messie.
Le passage annonce l’effacement de la faute. Il annonce la justice éternelle. Il annonce l’accomplissement des prophéties. Il annonce le Messie retranché. Puis il parle d’une alliance confirmée avec plusieurs. Pourquoi arracher cette alliance au Messie pour la donner à l’Antichrist ?
Bien sûr, l’Antichrist peut imiter, tromper, séduire et contrefaire. Mais Daniel 9.27 ne dit pas qu’il s’agit d’une fausse alliance. Le texte ne parle pas d’une alliance mensongère. Il parle d’une alliance ferme. Dans le mouvement du passage, cette alliance appartient beaucoup plus naturellement au Messie.
L’erreur consiste donc à lire Daniel 9.27 à partir d’un système prophétique préétabli plutôt qu’à partir du passage lui-même.
La nouvelle alliance n’est pas une parenthèse
Une autre difficulté de la lecture dispensationaliste est qu’elle tend à faire de l’Église une parenthèse dans le plan prophétique. Les soixante-neuf semaines concerneraient Israël, puis le programme serait suspendu pendant l’ère de l’Église, avant de reprendre avec Israël durant la soixante-dixième semaine.
Mais le Nouveau Testament ne présente pas l’œuvre de Christ et la nouvelle alliance comme une parenthèse. Il les présente comme l’accomplissement du plan de Dieu.
Jésus n’a pas versé son sang pour ouvrir une parenthèse provisoire. Il a versé son sang pour établir l’alliance annoncée par les prophètes. Il a rassemblé en lui Juifs et non-Juifs dans un seul peuple réconcilié avec Dieu (Éphésiens 2.14-16). Il a fait des croyants les héritiers de la promesse par la foi (Galates 3.28-29).
La nouvelle alliance n’est donc pas un détour dans le plan de Dieu. Elle est le cœur de l’accomplissement.
L’alliance avec plusieurs et l’unique peuple de Dieu
Quand Jésus dit que son sang est versé pour beaucoup, il annonce une œuvre qui dépasse les frontières ethniques sans nier les promesses de Dieu. Le salut vient des Juifs, mais il s’étend aux nations par le Messie (Jean 4.22 ; Matthieu 28.19).
L’alliance confirmée avec plusieurs rassemble tous ceux qui croient en Jésus-Christ. Elle n’établit pas deux peuples séparés, deux espérances séparées ou deux programmes parallèles. Elle rassemble les rachetés autour du même Sauveur.
Paul écrit :
« Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps, que nous soyons Juifs ou non-Juifs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit » (1 Corinthiens 12.13).
Voilà le fruit de la nouvelle alliance. Elle ne divise pas le peuple de Dieu. Elle le rassemble en Christ.
Lire Daniel 9.27 à la lumière du repas du Seigneur
Chaque fois que l’Église prend le repas du Seigneur, elle proclame la vérité de cette alliance. La coupe rappelle le sang du Christ versé pour beaucoup. Elle rappelle que le pardon repose sur son sacrifice. Elle rappelle que la nouvelle alliance est scellée, non par des promesses humaines, mais par le sang du Fils de Dieu.
Paul écrit : « Donc, chaque fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, et ceci jusqu’à son retour » (1 Corinthiens 11.26). Cette parole relie la croix et l’espérance. L’Église ne regarde pas vers un retour aux sacrifices. Elle proclame la mort suffisante du Seigneur jusqu’à son retour.
Le passage de Daniel 9.27, lu à la lumière du Nouveau Testament, ne nous éloigne pas de cette proclamation. Il nous y conduit.
Une lecture qui glorifie Christ
La lecture messianique de Daniel 9.27 glorifie Christ parce qu’elle reconnaît que le Messie accomplit ce que le passage annonce.
- Il confirme l’alliance.
- Il verse son sang pour beaucoup.
- Il procure le pardon des péchés.
- Il met fin à la valeur des sacrifices.
- Il accomplit les prophéties.
- Il rassemble son peuple.
- Il ouvre l’accès à Dieu.
La lecture centrée sur l’Antichrist, au contraire, donne à un futur homme impie une place disproportionnée dans un passage dont le mouvement est profondément messianique. Elle remplace la coupe de la nouvelle alliance par un traité politique. Elle remplace le sang versé pour beaucoup par un accord diplomatique. Elle remplace l’accomplissement rédempteur par une spéculation futuriste. Or Daniel 9.27 mérite d’être lu dans la lumière de Christ.
Conclusion : l’alliance confirmée est l’œuvre du Messie
Daniel 9.27 déclare qu’une alliance ferme serait conclue avec un grand nombre. Dans le contexte de Daniel 9.24-27, cette alliance doit être lue à la lumière du Messie qui vient, qui est retranché, et qui accomplit l’expiation de la faute.
Le Nouveau Testament nous donne la clé : Jésus a versé son sang pour beaucoup, afin que les péchés soient pardonnés (Matthieu 26.28). Il est le médiateur d’une alliance meilleure (Hébreux 8.6). Il a obtenu une rédemption éternelle par son propre sang (Hébreux 9.11-12).
Il n’est donc pas nécessaire d’imaginer un traité futur conclu par l’Antichrist pour expliquer Daniel 9.27. Le passage trouve son accomplissement le plus naturel, le plus biblique et le plus glorieux dans l’œuvre de Jésus-Christ.
- Le Messie a été retranché.
- Son sang a été versé.
- L’alliance a été confirmée.
- Les péchés sont pardonnés.
- La justice éternelle est établie.
- La gloire revient à Christ, non à l’Antichrist.
Vers le prochain article
Dans le prochain article, nous examinerons l’autre grande expression de Daniel 9.27 : « à la moitié de la septaine, il fera cesser le sacrifice et l’offrande » (Daniel 9.27).
Nous verrons que cette parole ne doit pas être comprise d’abord comme l’action d’un futur Antichrist interrompant des sacrifices dans un temple reconstruit, mais comme l’accomplissement de l’œuvre de Jésus-Christ. Par son sacrifice parfait, offert une fois pour toutes, le Messie a rendu caducs les sacrifices de l’ancienne alliance et a ouvert un accès définitif à Dieu.
- Septaine signifie période de sept ans ↩︎
