Depuis plusieurs décennies, une interprétation largement répandue affirme que le figuier mentionné par Jésus dans les Évangiles représenterait la nation d’Israël et que son bourgeonnement annoncerait la naissance de l’État moderne d’Israël en 1948. Cette idée est souvent présentée comme un jalon prophétique majeur étant vu comme le point de départ du compte à rebours de la fin des temps.
Cependant, cette interprétation résiste-t-elle à une lecture fidèle et contextuelle des Écritures ? Examinons cela attentivement à la lumière de la Parole de Dieu.
1. Le figuier dans la Bible : plusieurs usages, plusieurs significations
Le figuier est un arbre fréquemment utilisé dans les Écritures, mais il ne symbolise pas toujours la même chose.
D »abord, il peut représenter la paix et la prospérité :
« Chacun habitera en paix sous sa vigne et sous son figuier, il n’y aura personne qui puisse le troubler. » — (Michée 4.4)
Ensuite, le figuier représente également le jugement de Dieu contre une nation sans fruit :
« S’adressant alors au figuier, il lui dit : Que plus jamais personne ne mange de fruit venant de toi ! […] Le lendemain matin, en passant par là, ils virent le figuier : il avait séché jusqu’aux racines. » — (Marc 11.13-21) (c.f. Jérémie 8.13 ; Osée 9.10)
Finalement, le figuier est aussi vu comme un simple phénomène naturel :
« Que l’exemple du figuier vous serve d’enseignement : quand ses rameaux deviennent tendres et que ses feuilles poussent, vous savez que l’été est proche. » — (Matthieu 24.32)
Il est donc important de laisser le contexte définir la signification du symbole, et non de projeter sur le texte des événements modernes.
2. La parabole du figuier : un appel à la vigilance, pas une prophétie géopolitique
Dans Matthieu 24.32, Jésus dit :
« Instruisez-vous par une comparaison tirée du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que les feuilles poussent, vous savez que l’été est proche. » — (Matthieu 24.32)
Certains ont vu ici une prophétie sur la restauration d’Israël en 1948, mais le texte ne dit absolument pas cela. Il ne parle ni d’un pays, ni d’un événement politique, ni d’une date. C’est ce que nous appelons de l’extrapolation biblique.
On fait une déduction ou une généralisation à partir de données partielles. C’est ce qui se produit dans ce cas précis.
Dans Luc 21.29, Jésus ajoute :
« Voyez le figuier et tous les autres arbres. » — (Luc 21.29)
Cela montre clairement que le figuier n’est pas un symbole exclusif d’Israël, mais une illustration générale : comme les arbres qui bourgeonnent annoncent l’été, les signes mentionnés plus tôt annoncent le retour du Seigneur.
Il s’agit donc d’un appel à la vigilance spirituelle, non d’une prédiction historique ou prophétique de la naissance d’un état géopolitique.
3. Le figuier stérile : un symbole de jugement, non de restauration
Dans Marc 11.12-21, Jésus maudit un figuier sans fruit :
« Ce n’était pas la saison des figues […] Jésus dit : Que plus jamais personne ne mange de fruit venant de toi! » — (Marc 11.12-21)
Ce geste prophétique, fait par Jésus, symbolise le jugement de Dieu contre le peuple d’Israël qui n’a pas porté les fruits attendus (voir aussi Luc 13.6-9). Il ne s’agit pas d’un espoir de renaissance d’un état géopolitique, mais d’un avertissement solennel.
4. D’où vient alors l’interprétation de 1948 ?
Cette interprétation vient du dispensationalisme. Celui-ci est un système doctrinal développé au XIXe siècle. Il enseigne que Dieu a deux peuples distincts, Israël et l’Église, et que la naissance d’Israël moderne en 1948 marquerait le bourgeonnement du figuier.
Toutefois, cette idée n’est aucunement enseignée dans les Évangiles. Elle n’a jamais été interprétée ainsi par les apôtres ou les Pères de l’Église, et elle contredit le message du Nouveau Testament, selon lequel le véritable peuple de Dieu est défini par la foi et non par l’origine ethnique comme nous le démontres ces passages :
Car ce ne sont pas tous ceux qui descendent du patriarche Israël qui constituent Israël ; et ceux qui descendent d’Abraham ne sont pas tous ses enfants. Car Dieu dit à Abraham : C’est par Isaac que te sera suscitée une descendance. Cela veut dire que tous les enfants de la descendance naturelle d’Abraham ne sont pas enfants de Dieu. Seuls les enfants nés selon la promesse sont considérés comme sa descendance. — (Romains 9.6-8)
Si vous lui appartenez, vous êtes la descendance d’Abraham et donc, aussi, les héritiers des biens que Dieu a promis à Abraham. — (Galates 3.29).
5. L’Israël de Dieu, selon l’Écriture
Le Nouveau Testament enseigne que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais les enfants de la promesse :
Cela veut dire que tous les enfants de la descendance naturelle d’Abraham ne sont pas enfants de Dieu. Seuls les enfants nés selon la promesse sont considérés comme sa descendance. — (Romains 9.8)
Si vous êtes à Christ, vous êtes la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse. — (Galates 3.29)
L’Église, composée de Juifs et de non-Juifs unis à Christ, est le peuple de Dieu :
Mais vous, vous êtes un peuple élu, une communauté de rois-prêtres, une nation sainte, un peuple que Dieu a pris pour sien, pour que vous célébriez bien haut les œuvres merveilleuses de celui qui vous a appelés à passer des ténèbres à son admirable lumière. Car vous qui autrefois n’étiez pas son peuple, vous êtes maintenant le peuple de Dieu. — (1 Pierre 2.9-10)
En ce temps-là, vous étiez sans Messie, vous n’aviez pas le droit de faire partie du peuple d’Israël, vous étiez étrangers aux alliances conclues par Dieu pour garantir sa promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. Mais maintenant, par votre union avec Jésus-Christ, vous qui, autrefois, étiez loin, vous êtes devenus proches grâce au sacrifice de Christ. Car nous lui devons notre paix. Il a, en effet, instauré l’unité entre les Juifs et les non-Juifs et abattu le mur qui les séparait : en livrant son corps à la mort, il a annulé les effets de ce qui faisait d’eux des ennemis. — (Éphésiens 2.12-14)
L’Israël de Dieu n’est donc pas une nation géopolitique, mais le peuple de la foi en Christ.
Conclusion : le figuier n’est pas une horloge prophétique
La parabole du figuier n’annonce pas un événement politique ayant eu lieu en 1948 lors de la création de l’état d’Israël. Elle appelle les croyants à être attentifs aux signes de l’accomplissement du plan de Dieu et à vivre dans l’attente du retour de Christ.
Loin des spéculations géopolitiques, notre espérance est spirituelle, centrée sur Jésus, et notre vigilance doit être fondée sur la foi, l’obéissance et la fidélité jusqu’à la fin.
