Il est nécessaire aujourd’hui de parler avec clarté, avec amour, mais aussi avec courage. Nous vivons une époque où certains mots sont chargés d’émotion, de douleur et parfois de confusion. Le mot « antisémitisme » en fait partie. Il désigne une réalité grave : la haine, le mépris, la violence, la discrimination ou la déshumanisation envers les Juifs. Une telle attitude est incompatible avec l’Évangile de Jésus-Christ.
Un chrétien ne peut pas haïr les Juifs. Il ne peut pas mépriser un peuple. Il ne peut pas se réjouir de la souffrance d’une communauté. Il ne peut pas justifier l’injustice, les menaces, les insultes ou les attaques contre des personnes créées à l’image de Dieu (Genèse 1.27). Le Seigneur Jésus nous appelle à aimer notre prochain, non à le haïr (Matthieu 22.39). L’apôtre Paul lui-même, qui a pourtant annoncé que le salut est en Jésus seul, portait une douleur profonde dans son cœur pour Israël selon la chair (Romains 9.1-5 ; Romains 10.1).
Mais il faut aussi dire une autre chose avec la même clarté : affirmer que Jésus-Christ est l’accomplissement des promesses de Dieu n’est pas de l’antisémitisme. Dire que Juifs et non-Juifs croyants forment un seul peuple en Christ n’est pas de la haine. Enseigner que le salut ne se trouve qu’en Jésus-Christ n’est pas une attaque contre les Juifs. C’est le cœur même de la foi chrétienne (Jean 14.6 ; Actes 4.12 ; Éphésiens 2.14-16).
Le danger actuel est celui-ci : sous le couvert d’une lutte légitime contre l’antisémitisme, certaines voix voudraient faire croire que toute théologie de l’accomplissement en Christ serait suspecte, dangereuse ou hostile au peuple juif. Il faut refuser cette confusion.
Nous rejetons l’antisémitisme parce que nous suivons Jésus-Christ. Mais nous refusons aussi de renoncer à la vérité biblique parce que nous suivons Jésus-Christ.
1. L’antisémitisme est un péché devant Dieu
La Bible ne permet jamais au croyant de haïr un peuple. Dès les premières pages de l’Écriture, l’être humain est présenté comme créé à l’image de Dieu (Genèse 1.27). Cette vérité fonde la dignité de toute personne humaine. Avant toute appartenance ethnique, culturelle, nationale ou religieuse, il y a cette réalité fondamentale : chaque être humain porte la marque du Créateur.
C’est pourquoi toute haine ethnique est un péché. Toute déshumanisation est un péché. Toute violence dirigée contre des personnes parce qu’elles sont juives est un péché. Toute généralisation accusatrice contre un peuple entier est un péché.
Jésus a résumé la loi en deux grands commandements : aimer Dieu et aimer son prochain (Matthieu 22.37-39). Le prochain n’est pas seulement celui qui pense comme moi, qui croit comme moi, qui appartient à mon groupe ou qui partage ma lecture théologique. Le prochain est celui que Dieu place devant moi et que je suis appelé à aimer dans la vérité.
L’Église doit donc refuser sans hésitation l’antisémitisme réel. Elle doit le dénoncer non par pression sociale, non par stratégie politique, mais par fidélité au Seigneur. Il faut le dire fortement : un chrétien ne peut pas utiliser la Bible pour nourrir la haine des Juifs. Une telle utilisation de l’Écriture serait une trahison de l’Évangile.
2. Aimer les Juifs ne signifie pas renoncer à Jésus-Christ
Il existe toutefois une confusion dangereuse. Certains semblent vouloir faire croire que, pour aimer les Juifs, les chrétiens devraient atténuer ou mettre de côté certaines affirmations centrales de leur foi. Mais l’amour chrétien n’est jamais séparé de la vérité.
Aimer le peuple juif ne signifie pas cesser d’annoncer que Jésus est le Messie. Aimer le peuple juif ne signifie pas affirmer qu’il y aurait un chemin de salut séparé pour Israël selon la chair. Aimer le peuple juif ne signifie pas abandonner l’enseignement apostolique selon lequel toutes les promesses de Dieu trouvent leur accomplissement en Christ (2 Corinthiens 1.20).
L’apôtre Paul aimait profondément son peuple. Il écrivait : « Frères et sœurs, je souhaite de tout cœur que les Israélites soient sauvés, et c’est ce que je demande instamment à Dieu dans mes prières. » (Romains 10.1). Paul ne haïssait pas Israël. Il priait pour Israël. Mais justement parce qu’il aimait son peuple, il ne lui annonçait pas un salut séparé de Christ. Il disait clairement que Christ est l’aboutissement de la loi pour que tous ceux qui croient soient déclarés justes (Romains 10.4).
Voilà la position biblique : amour sans haine, mais vérité sans compromis.
3. Jésus-Christ est l’accomplissement, non l’effacement, des promesses
Le Nouveau Testament ne présente pas Jésus comme une parenthèse dans le plan de Dieu. Il le présente comme l’accomplissement des Écritures. Jésus lui-même a déclaré : « Ne vous imaginez pas que je sois venu pour abolir ce qui est écrit dans la Loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir. » (Matthieu 5.17). Le mot est essentiel : accomplir. Jésus n’abolit pas les promesses de Dieu. Il ne les détruit pas. Il ne les rend pas inutiles. Il les accomplit. Cela signifie que les promesses doivent être comprises à la lumière de sa personne, de son œuvre, de sa mort, de sa résurrection et de son règne.
Après sa résurrection, Jésus a ouvert l’intelligence de ses disciples pour qu’ils comprennent les Écritures. Il leur a montré que la Loi de Moïse, les prophètes et les psaumes parlaient de lui (Luc 24.44-47). Le centre de l’Ancien Testament n’est donc pas un programme géopolitique moderne. Le centre de l’Ancien Testament, c’est Christ. C’est pourquoi l’apôtre Paul disait que c’est en lui que Dieu a dit oui à tout ce qu’il avait promis (2 Corinthiens 1.20).
Dire cela n’est pas antisémite. C’est apostolique.
4. Le peuple de Dieu est uni en Christ
L’un des textes les plus importants sur ce sujet se trouve dans Éphésiens 2. Paul y parle de la séparation entre Juifs et non-Juifs. Il reconnaît qu’il existait une distance, une hostilité, un mur de séparation. Mais il affirme que Christ a détruit ce mur par sa croix. « Il a, en effet, instauré l’unité entre les Juifs et les non-Juifs et abattu le mur qui les séparait : en livrant son corps à la mort, il a annulé les effets de ce qui faisait d’eux des ennemis, c’est-à-dire de la Loi de Moïse, dans ses commandements et ses règles. Il voulait ainsi créer une seule et nouvelle humanité à partir des Juifs et des non-Juifs qu’il a unis à lui-même, en établissant la paix. Il voulait aussi les réconcilier les uns et les autres avec Dieu et les unir en un seul corps, en supprimant, par sa mort sur la croix, ce qui faisait d’eux des ennemis. » (Éphésiens 2.14-16). Dans ce passage, Paul ne dit pas que Dieu maintient deux peuples séparés avec deux destinées séparées. Il dit que Christ crée « une seule et nouvelle humanité ». Ce langage est puissant. Il ne s’agit pas d’un remplacement charnel. Il s’agit d’une nouvelle création en Christ.
Le peuple de Dieu n’est donc pas défini ultimement par l’origine ethnique, mais par l’union avec Christ. C’est pourquoi Paul écrit aussi : « Il n’y a plus ni Juifs ni non-Juifs, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme. Unis à Jésus-Christ, vous êtes tous un. Si vous lui appartenez, vous êtes la descendance d’Abraham et donc, aussi, les héritiers des biens que Dieu a promis à Abraham. » (Galates 3.28-29).
Ce texte ne méprise pas les Juifs. Il exalte Christ. Il ne nie pas l’histoire d’Israël. Il montre son accomplissement dans le Messie.
5. Le danger actuel : quand la lutte contre l’antisémitisme devient pression doctrinale
Il faut ici faire preuve de discernement. La lutte contre l’antisémitisme est juste lorsqu’elle protège des personnes contre la haine, la violence et la discrimination. Les Juifs du Canada, et dans le monde, doivent pouvoir vivre en sécurité, pratiquer leur religion librement et être traités avec dignité comme tous les citoyens. Cependant, une difficulté apparaît lorsque cette lutte dépasse la protection des personnes et devient une pression sur les responsables chrétiens pour adopter certaines formulations théologiques ou politiques.
Au Canada, la Simeon Initiative a été présentée comme une initiative nationale visant à renforcer les relations entre responsables juifs et chrétiens et à bâtir un front commun contre l’antisémitisme. Selon Cardus et le CIJA, environ 100 responsables juifs et chrétiens se sont réunis à Toronto les 24 et 25 juin 2025. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la Canadian Christian Declaration on Antisemitism (Déclaration chrétienne canadienne contre l’antisémitisme), signée par plus de 700 membres du clergé chrétien (catholique et évangélique) au Canada.
La déclaration chrétienne canadienne affirme plusieurs choses justes, notamment le rejet de la haine contre les Juifs et la reconnaissance de la dignité humaine. Mais elle contient aussi des formulations théologiques qui méritent un examen biblique sérieux. Elle affirme par exemple que les chrétiens sont « greffés sur l’arbre d’Israël pour toujours », que le peuple juif demeure le peuple choisi de Dieu, et que la loi et les alliances données au peuple juif, bien que vues comme accomplies en Christ, demeurent intactes. Elle affirme aussi que les leaders chrétiens inspireront les chrétiens de leurs congrégations à se joindre à cet effort.
C’est ici que le discernement devient nécessaire. Un pasteur peut et doit dénoncer la haine contre les Juifs. Mais il ne doit pas laisser une déclaration extérieure définir pour l’Église la doctrine d’Israël, des alliances, de la loi, du peuple de Dieu ou de l’accomplissement en Christ. Ces vérités doivent être définies par l’Écriture, non par une pression institutionnelle.
L’Église appartient à Jésus-Christ (Matthieu 16.18). Elle n’appartient ni à un mouvement politique, ni à une organisation religieuse, ni à une initiative intercommunautaire, ni à un groupe de pression. Les pasteurs sont appelés à garder le dépôt de la foi, non à adapter leur enseignement pour plaire aux attentes d’une époque (2 Timothée 1.13-14 ; 2 Timothée 4.1-5).
6. Ce que nous devons refuser
Nous devons refuser l’antisémitisme sans hésitation. Mais nous devons aussi refuser que l’accusation d’antisémitisme soit utilisée pour faire taire l’enseignement biblique.
- Nous devons refuser la haine contre les Juifs.
- Nous devons refuser les généralisations contre un peuple entier.
- Nous devons refuser les théories de soupçon qui attribuent à tous les Juifs une intention commune.
- Mais nous devons aussi refuser de renoncer à Christ comme accomplissement des promesses.
- Nous devons refuser de taire que le salut est en Jésus seul.
- Nous devons refuser de présenter Israël selon la chair comme un chemin parallèle à Christ.
- Nous devons refuser de laisser entendre que l’Église serait inférieure, secondaire ou étrangère au plan central de Dieu.
- Nous devons refuser que des pasteurs soient poussés à enseigner à leurs assemblées une vision théologique qui n’a pas été examinée à la lumière des Écritures.
Un chrétien peut dire avec amour : « Je rejette l’antisémitisme ». Mais il doit aussi pouvoir dire avec fidélité : « Je crois que Jésus-Christ est l’accomplissement des promesses de Dieu » (Matthieu 5.17 ; Luc 24.44-47 ; 2 Corinthiens 1.20).
7. Ce que nous devons affirmer selon la Parole de Dieu
- Nous devons affirmer que les Juifs sont des personnes créées à l’image de Dieu et doivent être aimés comme notre prochain (Genèse 1.27 ; Matthieu 22.39).
- Nous devons affirmer que Jésus est Juif selon la chair, né dans le peuple d’Israël, selon les promesses de Dieu (Romains 9.4-5).
- Nous devons affirmer que les apôtres étaient Juifs et que l’Évangile est d’abord allé aux Juifs, puis aux non-Juifs (Romains 1.16).
- Nous devons affirmer que Jésus est le Messie promis, le Fils de Dieu, le seul Sauveur du monde (Jean 14.6 ; Actes 4.12).
- Nous devons affirmer que Juifs et non-Juifs croyants sont réconciliés en un seul corps par la croix (Éphésiens 2.16).
- Nous devons affirmer que ceux qui appartiennent à Christ sont la descendance d’Abraham et héritiers selon la promesse (Galates 3.29).
- Nous devons affirmer que la nouvelle alliance est scellée par le sang de Jésus-Christ et qu’elle rassemble tous ceux qui croient en lui (Luc 22.20 ; Hébreux 8.6-13).
Voilà la foi chrétienne. Ce n’est pas une haine du peuple juif. C’est la proclamation du Christ.
8. La vraie fidélité pastorale
Le rôle d’un pasteur n’est pas de suivre les pressions de son époque. Le rôle d’un pasteur est de nourrir le troupeau de Dieu avec la vérité de la Parole de Dieu. Paul a donné cet avertissement solennel à Timothée : « C’est pourquoi, devant Dieu et devant Jésus-Christ, qui va juger les vivants et les morts, et dans la perspective de sa venue et de son règne, je te le recommande solennellement : proclame la Parole, insiste, que l’occasion soit favorable ou non, convaincs, réprimande, encourage par ton enseignement, avec une patience inlassable. » (2 Timothée 4.1-2). Le pasteur ne doit pas être dur, arrogant ou méprisant. Mais il doit être fidèle. Il doit enseigner la Parole lorsque c’est populaire et lorsqu’elle ne l’est plus. Il doit aimer les personnes, mais il ne doit pas trahir la doctrine. Il doit rechercher la paix, mais jamais au prix de la vérité.
Si des organisations demandent aux responsables chrétiens de mobiliser leurs congrégations contre la haine, cela peut être légitime dans la mesure où il s’agit de protéger des personnes contre l’injustice. Mais si l’on demande à l’Église d’adopter des formulations doctrinales ambiguës ou de taire l’accomplissement en Christ, alors le pasteur doit répondre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5.29).
Conclusion
L’antisémitisme est un péché. Il doit être rejeté clairement, publiquement et sans ambiguïté. Le chrétien ne doit jamais nourrir la haine contre les Juifs. Il doit les aimer, prier pour eux, témoigner de Christ avec humilité et reconnaître la place historique d’Israël dans le plan de Dieu.
Mais l’accomplissement en Christ est une vérité biblique. Elle ne doit pas être abandonnée. Elle ne doit pas être censurée. Elle ne doit pas être présentée comme une forme de haine.
Jésus-Christ est le centre des Écritures. Il est l’accomplissement des promesses. Il est le Messie d’Israël et le Sauveur des nations. En lui, Dieu rassemble un seul peuple, composé de Juifs et de non-Juifs, réconciliés par la croix, unis dans un seul corps, héritiers d’une même promesse (Éphésiens 2.14-16 ; Galates 3.28-29).
Nous rejetons donc deux erreurs.
- Nous rejetons la haine envers les Juifs.
- Nous rejetons toute pression qui voudrait nous faire taire au sujet de Jésus-Christ.
Car l’Église n’a pas reçu sa mission d’un groupe de pression, d’une déclaration publique ou d’une initiative interreligieuse. Elle l’a reçue de son Seigneur et son Seigneur lui a ordonné d’annoncer l’Évangile à toutes les nations, y compris aux Juifs et aux non-Juifs, jusqu’à son retour glorieux (Matthieu 28.18-20 ; Romains 1.16).
