Série : Un seul peuple en Jésus-Christ – Article 9 – Peut-on critiquer le sionisme chrétien sans être taxé d’antisémitisme ?

Dans le contexte actuel, critiquer le sionisme chrétien est souvent perçu comme antisémite, mais cela ne doit pas être confondu avec le rejet du peuple juif. La distinction entre théologie chrétienne, État d’Israël et judaïsme est essentielle. L’Église doit examiner toutes doctrines à la lumière des Écritures, en centrant sa foi sur Jésus-Christ.

Il est devenu difficile, dans le climat actuel, de critiquer certaines idées liées à Israël sans être rapidement taxé d’antisémitisme. Pourtant, il faut distinguer soigneusement les choses. Critiquer un peuple à cause de son origine est une faute morale et spirituelle. Mais examiner un système théologique à la lumière de la Parole de Dieu est une responsabilité chrétienne.

Le sionisme chrétien n’est pas le peuple juif. Le sionisme chrétien est une lecture théologique et politique qui attribue à l’État moderne d’Israël une place centrale dans le plan prophétique de Dieu, souvent en distinguant fortement Israël et l’Église comme deux peuples ayant deux destinées distinctes. Cette vision affirme généralement que les promesses faites à Israël doivent encore s’accomplir principalement dans un cadre national, territorial et politique.

Or, le chrétien a le devoir de tout examiner à la lumière de l’Écriture (Actes 17.11 ; 1 Thessaloniciens 5.21). Il doit éprouver les esprits (1 Jean 4.1). Il doit s’assurer que sa foi ne soit pas capturée par des traditions humaines, des idéologies politiques ou des systèmes théologiques qui déplacent le centre de la révélation biblique (Colossiens 2.8).

Critiquer le sionisme chrétien n’est donc pas haïr les Juifs. Ce n’est pas nier leur dignité. Ce n’est pas justifier l’antisémitisme. C’est simplement poser une question essentielle : cette lecture est-elle fidèle à l’enseignement de Jésus et des apôtres ?

Le chrétien doit aimer les Juifs comme son prochain, prier pour leur salut, rejeter toute haine envers eux, mais il ne doit jamais accepter qu’un système théologique prenne la place de l’Évangile de Jésus-Christ.

1. Il faut distinguer les Juifs, l’État d’Israël et le sionisme chrétien

Une grande confusion vient du fait que plusieurs réalités sont souvent mélangées. On parle des Juifs, de l’État moderne d’Israël, du judaïsme, du sionisme politique, du sionisme chrétien, de l’antisémitisme, et tout cela est parfois mis dans le même panier. Mais un chrétien doit apprendre à distinguer.

Les Juifs sont des personnes, un peuple, une communauté historique avec une grande diversité de convictions, de pratiques, de cultures et de positions politiques. Ils doivent être respectés comme tous les êtres humains créés à l’image de Dieu (Genèse 1.27).

L’État d’Israël est une réalité politique moderne. Comme tout État, il peut être analysé, soutenu, critiqué ou questionné sur le plan politique, éthique ou historique, sans que cela implique nécessairement une haine envers les Juifs.

Le judaïsme est une religion, avec plusieurs courants et traditions, qui ne reconnaît généralement pas Jésus comme le Messie promis. Le chrétien peut dialoguer avec respect, mais il ne peut pas renoncer à confesser que Jésus est le Messie et le seul Sauveur (Jean 14.6 ; Actes 4.12).

Le sionisme chrétien, lui, est un système théologique adopté par certains chrétiens. Il interprète les prophéties bibliques en accordant un rôle central à Israël national et à certains événements géopolitiques modernes. C’est cette lecture que nous avons le droit, et même le devoir, d’examiner à la lumière de la Bible. Critiquer le sionisme chrétien n’est donc pas critiquer les Juifs comme peuple. C’est évaluer une interprétation chrétienne particulière.

2. Le chrétien doit tout examiner selon les Écritures

Les croyants de Bérée sont présentés comme un exemple parce qu’ils examinaient les Écritures pour vérifier si ce qu’on leur enseignait était vrai : « ceux-ci examinaient chaque jour les Ecritures pour voir si ce qu’on leur disait était juste » (Actes 17.11). Ce principe est fondamental. Aucun système théologique ne doit être accepté simplement parce qu’il est populaire, émotionnellement puissant ou soutenu par des leaders influents. Tout doit être soumis à la Parole de Dieu. Paul écrit aussi : « examinez toutes choses : retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5.21).

  • Cela vaut pour toutes les doctrines.
  • Cela vaut pour les enseignements sur le salut.
  • Cela vaut pour les enseignements sur le Saint-Esprit.
  • Cela vaut pour les enseignements sur l’Église.
  • Cela vaut aussi pour les enseignements sur Israël, les prophéties, la terre, le temple, le retour de Jésus et la fin des temps.

Le chrétien n’est pas appelé à croire un système parce qu’il porte une étiquette chrétienne. Il est appelé à vérifier si ce système est fidèle à l’Écriture.

Or, lorsque le sionisme chrétien enseigne que les promesses de Dieu doivent encore s’accomplir principalement dans un cadre national séparé de l’Église, il faut demander : est-ce ainsi que Jésus et les apôtres lisent les promesses 

Lorsque le sionisme chrétien maintient une séparation forte entre Israël et l’Église, il faut demander : que fait-on d’Éphésiens 2.14-16 ?

Lorsque le sionisme chrétien recentre l’espérance sur un temple terrestre futur, il faut demander : que fait-on de Jean 2.19-21, d’Hébreux 10.10-18 et d’Éphésiens 2.21-22 ?

Lorsque le sionisme chrétien donne une place prophétique centrale à l’État moderne d’Israël, il faut demander : où Jésus et les apôtres enseignent-ils explicitement cela ?

Ces questions ne sont pas antisémites. Elles sont bibliques.

3. Le centre de la prophétie biblique n’est pas une nation moderne, mais Jésus-Christ

La prophétie biblique ne doit jamais être lue en détachant les promesses de leur accomplissement en Christ. Jésus lui-même a enseigné que les Écritures parlent de lui : « Alors, commençant par les livres de Moïse et parcourant tous ceux des prophètes, Jésus leur expliqua ce qui se rapportait à lui dans toutes les Ecritures » (Luc 24.27). Plus tard, il dit encore : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les Psaumes » (Luc 24.44).

Cette parole doit gouverner notre lecture prophétique. Le centre n’est pas d’abord une carte géopolitique. Le centre n’est pas d’abord un calendrier d’événements modernes. Le centre n’est pas d’abord une nation contemporaine. Le centre c’est Jésus-Christ. L’apôtre Paul affirme la même chose : « Car c’est en lui que Dieu a dit oui à tout ce qu’il avait promis » (2 Corinthiens 1.20). Si toutes les promesses de Dieu trouvent leur oui en Christ, alors aucune promesse ne doit être interprétée comme si elle avait son accomplissement ultime en dehors de lui.

Le problème du sionisme chrétien, dans plusieurs de ses formes, est qu’il déplace le regard des croyants. Au lieu de fixer les yeux sur Christ comme accomplissement des promesses, on en vient à fixer les yeux sur les événements politiques, les frontières, les guerres, le temple, les sacrifices, les alliances diplomatiques et les développements au Moyen-Orient.

Toutefois, l’Église n’est pas appelée à bâtir son espérance sur les nouvelles du monde. Elle est appelée à bâtir son espérance sur Jésus-Christ, mort, ressuscité, élevé à la droite du Père, et revenant dans la gloire (Actes 1.11 ; Philippiens 2.9-11).

4. Le Nouveau Testament ne maintient pas deux peuples de Dieu séparés

L’un des grands problèmes du sionisme chrétien est qu’il repose souvent sur une séparation durable entre Israël et l’Église. Selon cette lecture, Israël aurait un programme terrestre, tandis que l’Église aurait un programme céleste. Israël serait le peuple terrestre de Dieu, et l’Église serait un autre peuple, ajouté temporairement dans le plan divin. Cependant, cette séparation ne correspond pas à l’enseignement d’Éphésiens 2. Paul écrit que Christ a détruit le mur de séparation entre Juifs et non-Juifs. Il affirme que Jésus a voulu créer, à partir du Juif et du non-Juif, « un seul homme nouveau » (Éphésiens 2.15). Il ajoute que Dieu les a réconciliés « en un seul corps » par la croix (Éphésiens 2.16).

Le langage est clair : un seul homme nouveau, un seul corps, une seule famille, un seul accès au Père par le même Esprit (Éphésiens 2.18-19). Paul dit aussi : « Il n’y a plus ni Juif ni non-Juif, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme. Unis à Jésus-Christ, vous êtes tous un » (Galates 3.28). Et il ajoute en substance en parlant de Christ : « Si vous lui appartenez, vous êtes la descendance d’Abraham et donc, aussi, les héritiers des biens que Dieu a promis à Abraham » (Galates 3.29). Le peuple de Dieu n’est donc pas divisé en deux peuples spirituels parallèles. Il est uni en Christ.

Cela ne signifie pas que les Juifs perdent leur histoire. Cela ne signifie pas que les non-Juifs deviennent ethniquement juifs. Cela signifie que le statut devant Dieu se définit désormais par l’union avec Christ, non par la chair.

5. Critiquer une idéologie n’est pas haïr un peuple

Il faut répéter cette distinction avec force. Critiquer une idéologie n’est pas haïr un peuple.

  • Un chrétien peut critiquer le communisme sans haïr les Russes ou les Chinois.
  • Un chrétien peut critiquer l’islam sans haïr les musulmans.
  • Un chrétien peut critiquer le catholicisme romain sans haïr les catholiques.
  • Un chrétien peut critiquer le nationalisme religieux sans haïr une nation.

De la même manière, un chrétien peut critiquer le sionisme chrétien sans haïr les Juifs.

La vraie question n’est pas : « Est-ce que cette critique dérange ? » La vraie question est : « Cette critique est-elle juste, biblique, honnête et formulée sans haine ? »

Nous devons donc faire attention à notre langage. Nous ne devons pas parler des Juifs comme d’un bloc homogène. Nous ne devons pas leur attribuer collectivement des intentions cachées. Nous ne devons pas entretenir des soupçons. Nous ne devons pas reprendre des clichés antisémites. Nous ne devons pas confondre des personnes avec des systèmes.

Néanmoins, nous devons garder le droit biblique de discerner les doctrines. Jean écrit : « Mais attention, mes chers amis, ne vous fiez pas à n’importe quel esprit ; mettez les esprits à l’épreuve pour voir s’ils viennent de Dieu » (1 Jean 4.1).

L’Église ne doit donc pas renoncer à éprouver une doctrine simplement parce que cette doctrine touche à Israël.

6. Le danger d’un attachement politique qui affaiblit le témoignage de l’Évangile

Le sionisme chrétien peut devenir dangereux lorsqu’il transforme l’attachement chrétien à la Bible en soutien inconditionnel à un projet politique. Le chrétien doit faire attention à ne pas confondre le royaume de Dieu avec un État terrestre. Jésus a dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18.36).

Cela ne signifie pas que le royaume de Dieu n’a aucun impact dans le monde. Cela signifie qu’il ne tire pas son origine, sa puissance et sa nature des structures politiques de ce monde. Le royaume de Christ avance par l’Évangile, par la repentance, par la foi, par l’œuvre de l’Esprit, par la fidélité des saints, et non par l’identification de l’Église à un pouvoir géopolitique.

Lorsque l’Église s’attache trop fortement à un projet national ou politique, elle risque de perdre sa liberté prophétique. Elle risque de ne plus être capable de dénoncer l’injustice lorsque celle-ci vient du camp qu’elle a choisi de défendre. Elle risque de transformer la mission en propagande. Elle risque de remplacer le témoignage de Christ par la défense d’un agenda terrestre. Le chrétien doit pouvoir aimer les Juifs, reconnaître la réalité de l’antisémitisme, pleurer les violences contre des innocents, et en même temps refuser un soutien aveugle à toute politique ou toute idéologie.

Notre loyauté première n’est pas envers un l’état d’Israël. Elle est envers Jésus-Christ.

7. Le point de vigilance actuel

Dans le contexte actuel, plusieurs initiatives cherchent à convaincre les leaders chrétiens de prendre position contre l’antisémitisme. Lorsque cela signifie protéger des personnes contre la haine, les menaces, la violence et la discrimination, les chrétiens peuvent le faire avec conviction.

Toutefois, la vigilance devient nécessaire lorsque cette mobilisation cherche aussi à orienter l’enseignement des pasteurs et des Églises vers une vision particulière d’Israël, des alliances et des promesses.

Un pasteur ne doit pas laisser une pression extérieure lui dicter comment lire Galates 3, Éphésiens 2, Romains 9 à 11, Hébreux 8 à 10 ou Luc 24. Il peut collaborer avec d’autres pour dénoncer la haine, mais il ne peut pas céder son autorité doctrinale à une initiative interreligieuse, politique ou communautaire.

L’Église ne doit pas devenir un relais de communication pour une idéologie. Elle doit être la colonne et l’appui de la vérité (1 Timothée 3.15). Si une cause demande au pasteur d’aimer les Juifs, il peut répondre : oui, car Jésus nous appelle à aimer notre prochain. Si elle lui demande de condamner les actes antisémites, il peut répondre : oui, car la haine est un péché. Mais si elle lui demande de taire l’accomplissement des promesses en Christ, il doit répondre : non. Si elle lui demande d’enseigner que l’unité du peuple de Dieu en Christ serait suspecte, il doit répondre : non. Si elle lui demande de présenter comme haineuse une doctrine apostolique, il doit répondre : non. Si on lui demande de ne plus dire que Christ est Roi, il doit répondre : non. Christ est non seulement le Roi des rois, mais il est aussi le Seigneur des seigneurs.

Le pasteur est serviteur de Christ avant d’être partenaire d’une cause publique.

8. Le chrétien ne doit pas avoir honte de l’Évangile

Paul écrit : « Car je n’ai pas honte de l’Evangile : c’est la puissance de Dieu par laquelle il sauve tous ceux qui croient, les Juifs en premier lieu et aussi les non-Juifs » (Romains 1.16). Ce verset donne un équilibre admirable. L’Évangile respecte l’ordre historique : les Juifs d’abord. Mais il proclame aussi l’universalité du salut : les non-Juifs également. Et surtout, il affirme que le salut vient par l’Évangile, pour tous ceux qui croient.

Le chrétien ne doit donc pas avoir honte de dire que les Juifs ont besoin de Jésus. Il ne doit pas le dire avec orgueil, mépris ou dureté. Il doit le dire avec larmes, comme Paul. Mais il doit le dire. De même, il ne doit pas avoir honte de dire que les non-Juifs ont besoin de Jésus. Tous ont péché. Tous ont besoin de la grâce. Tous doivent venir au même Sauveur (Romains 3.23-24 ; Romains 10.12-13).

Le sionisme chrétien devient problématique lorsqu’il pousse les croyants à parler davantage d’Israël que de Christ, davantage de prophétie géopolitique que de repentance, davantage de soutien politique que de salut, davantage de destin national que de nouvelle naissance.

La mission de l’Église n’est pas de faire la promotion d’un système prophétique. Sa mission est d’annoncer Jésus-Christ crucifié et ressuscité (1 Corinthiens 2.2 ; Matthieu 28.18-20).

9. Comment critiquer le sionisme chrétien d’une manière biblique

Il faut le faire avec plusieurs garde-fous.

Premièrement, il faut critiquer les idées, non attaquer les personnes. Un chrétien peut être influencé par le sionisme chrétien sans être mal intentionné. Il peut aimer sincèrement Dieu et croire sincèrement défendre la Bible. Il faut donc parler avec patience et instruction (2 Timothée 2.24-25).

Deuxièmement, il faut éviter les généralisations sur les Juifs. Notre critique porte sur un système théologique chrétien, non sur une communauté ethnique.

Troisièmement, il faut revenir constamment aux textes bibliques. Nous ne voulons pas remplacer une idéologie par une autre. Nous voulons revenir à l’enseignement de Jésus et des apôtres.

Quatrièmement, il faut garder un ton pastoral. Le but n’est pas de gagner un débat, mais de ramener les croyants à Christ.

Cinquièmement, il faut toujours affirmer clairement le rejet de l’antisémitisme. Cela protège la conscience chrétienne et empêche les malentendus.

Sixièmement, il faut montrer la beauté de l’accomplissement en Christ. Notre message ne doit pas seulement dire ce que nous refusons. Il doit montrer ce que nous confessons : Jésus est le vrai centre, la vraie promesse, le vrai temple, le vrai sacrifice, le vrai héritier, le vrai Roi.

10. Ce que l’Église doit affirmer avec clarté

  • L’Église doit affirmer que les Juifs doivent être aimés et protégés contre toute haine réelle (Matthieu 22.39).
  • L’Église doit affirmer que l’antisémitisme est un péché.
  • L’Église doit affirmer que Jésus est le Messie promis à Israël (Jean 1.41 ; Actes 2.36).
  • L’Église doit affirmer que toutes les promesses de Dieu trouvent leur oui en Christ (2 Corinthiens 1.20).
  • L’Église doit affirmer que le mur de séparation entre Juifs et non-Juifs croyants a été détruit par la croix (Éphésiens 2.14-16).
  • L’Église doit affirmer que ceux qui appartiennent à Christ sont la descendance d’Abraham et héritiers selon la promesse (Galates 3.29).
  • L’Église doit affirmer que le salut est offert aux Juifs et aux non-Juifs par le même Évangile (Romains 1.16 ; Romains 10.12-13).
  • L’Église doit affirmer que sa loyauté ultime appartient à Jésus-Christ, et non à un programme politique ou à une idéologie religieuse (Colossiens 1.18).

Conclusion

Oui, il est possible de critiquer le sionisme chrétien sans être antisémite. Non seulement c’est possible, mais c’est aussi nécessaire lorsque ce système détourne les croyants de l’accomplissement en Jésus-Christ.

Nous devons toutefois le faire avec un cœur pur. Il ne doit y avoir aucune haine dans nos paroles. Aucun mépris envers les Juifs. Aucune généralisation injuste. Aucun soupçon collectif. Aucun langage qui déshonore le Seigneur.

Mais nous ne devons pas non plus nous laisser intimider. L’Église doit garder le droit et le devoir d’examiner toute doctrine à la lumière des Écritures. Elle doit pouvoir dire que Jésus accomplit les promesses. Elle doit pouvoir dire que Juifs et non-Juifs croyants forment un seul peuple en Christ. Elle doit pouvoir dire que le salut est en Jésus seul. Elle doit pouvoir dire que le temple, les sacrifices, l’héritage et les alliances trouvent leur plénitude en lui.

Critiquer le sionisme chrétien n’est pas haïr les Juifs. C’est refuser qu’un système théologique ou politique prenne la place du Christ au centre de l’espérance chrétienne.

  • Nous aimerons donc les Juifs comme notre prochain.
  • Nous rejetterons toute haine envers eux.
  • Nous prierons pour leur salut.
  • Toutefois nous garderons les yeux fixés sur Jésus-Christ.

Car l’Église n’a pas été appelée à défendre une idéologie terrestre. Elle a été appelée à proclamer l’Évangile du Royaume, jusqu’à ce que le Seigneur revienne dans la gloire (Matthieu 24.14 ; Actes 1.11).

Série : Un seul peuple en Jésus-Christ – Article 1 – L’antisémitisme est un péché, mais l’accomplissement en Christ est une vérité biblique.

Ce texte aborde la nécessité de combattre l’antisémitisme tout en affirmant que l’amour chrétien ne signifie pas renoncer à la vérité biblique. Il insiste sur l’incompatibilité de la haine envers les Juifs avec l’Évangile et souligne que le salut ne se trouve qu’en Jésus-Christ, sans diminuer la dignité du peuple juif.

Il est nécessaire aujourd’hui de parler avec clarté, avec amour, mais aussi avec courage. Nous vivons une époque où certains mots sont chargés d’émotion, de douleur et parfois de confusion. Le mot « antisémitisme » en fait partie. Il désigne une réalité grave : la haine, le mépris, la violence, la discrimination ou la déshumanisation envers les Juifs. Une telle attitude est incompatible avec l’Évangile de Jésus-Christ.

Un chrétien ne peut pas haïr les Juifs. Il ne peut pas mépriser un peuple. Il ne peut pas se réjouir de la souffrance d’une communauté. Il ne peut pas justifier l’injustice, les menaces, les insultes ou les attaques contre des personnes créées à l’image de Dieu (Genèse 1.27). Le Seigneur Jésus nous appelle à aimer notre prochain, non à le haïr (Matthieu 22.39). L’apôtre Paul lui-même, qui a pourtant annoncé que le salut est en Jésus seul, portait une douleur profonde dans son cœur pour Israël selon la chair (Romains 9.1-5 ; Romains 10.1).

Mais il faut aussi dire une autre chose avec la même clarté : affirmer que Jésus-Christ est l’accomplissement des promesses de Dieu n’est pas de l’antisémitisme. Dire que Juifs et non-Juifs croyants forment un seul peuple en Christ n’est pas de la haine. Enseigner que le salut ne se trouve qu’en Jésus-Christ n’est pas une attaque contre les Juifs. C’est le cœur même de la foi chrétienne (Jean 14.6 ; Actes 4.12 ; Éphésiens 2.14-16).

Le danger actuel est celui-ci : sous le couvert d’une lutte légitime contre l’antisémitisme, certaines voix voudraient faire croire que toute théologie de l’accomplissement en Christ serait suspecte, dangereuse ou hostile au peuple juif. Il faut refuser cette confusion.

Nous rejetons l’antisémitisme parce que nous suivons Jésus-Christ. Mais nous refusons aussi de renoncer à la vérité biblique parce que nous suivons Jésus-Christ.

1. L’antisémitisme est un péché devant Dieu

La Bible ne permet jamais au croyant de haïr un peuple. Dès les premières pages de l’Écriture, l’être humain est présenté comme créé à l’image de Dieu (Genèse 1.27). Cette vérité fonde la dignité de toute personne humaine. Avant toute appartenance ethnique, culturelle, nationale ou religieuse, il y a cette réalité fondamentale : chaque être humain porte la marque du Créateur.

C’est pourquoi toute haine ethnique est un péché. Toute déshumanisation est un péché. Toute violence dirigée contre des personnes parce qu’elles sont juives est un péché. Toute généralisation accusatrice contre un peuple entier est un péché.

Jésus a résumé la loi en deux grands commandements : aimer Dieu et aimer son prochain (Matthieu 22.37-39). Le prochain n’est pas seulement celui qui pense comme moi, qui croit comme moi, qui appartient à mon groupe ou qui partage ma lecture théologique. Le prochain est celui que Dieu place devant moi et que je suis appelé à aimer dans la vérité.

L’Église doit donc refuser sans hésitation l’antisémitisme réel. Elle doit le dénoncer non par pression sociale, non par stratégie politique, mais par fidélité au Seigneur. Il faut le dire fortement : un chrétien ne peut pas utiliser la Bible pour nourrir la haine des Juifs. Une telle utilisation de l’Écriture serait une trahison de l’Évangile.

2. Aimer les Juifs ne signifie pas renoncer à Jésus-Christ

Il existe toutefois une confusion dangereuse. Certains semblent vouloir faire croire que, pour aimer les Juifs, les chrétiens devraient atténuer ou mettre de côté certaines affirmations centrales de leur foi. Mais l’amour chrétien n’est jamais séparé de la vérité.

Aimer le peuple juif ne signifie pas cesser d’annoncer que Jésus est le Messie. Aimer le peuple juif ne signifie pas affirmer qu’il y aurait un chemin de salut séparé pour Israël selon la chair. Aimer le peuple juif ne signifie pas abandonner l’enseignement apostolique selon lequel toutes les promesses de Dieu trouvent leur accomplissement en Christ (2 Corinthiens 1.20).

L’apôtre Paul aimait profondément son peuple. Il écrivait : « Frères et sœurs, je souhaite de tout cœur que les Israélites soient sauvés, et c’est ce que je demande instamment à Dieu dans mes prières. » (Romains 10.1). Paul ne haïssait pas Israël. Il priait pour Israël. Mais justement parce qu’il aimait son peuple, il ne lui annonçait pas un salut séparé de Christ. Il disait clairement que Christ est l’aboutissement de la loi pour que tous ceux qui croient soient déclarés justes (Romains 10.4).

Voilà la position biblique : amour sans haine, mais vérité sans compromis.

3. Jésus-Christ est l’accomplissement, non l’effacement, des promesses

Le Nouveau Testament ne présente pas Jésus comme une parenthèse dans le plan de Dieu. Il le présente comme l’accomplissement des Écritures. Jésus lui-même a déclaré : « Ne vous imaginez pas que je sois venu pour abolir ce qui est écrit dans la Loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir. » (Matthieu 5.17). Le mot est essentiel : accomplir. Jésus n’abolit pas les promesses de Dieu. Il ne les détruit pas. Il ne les rend pas inutiles. Il les accomplit. Cela signifie que les promesses doivent être comprises à la lumière de sa personne, de son œuvre, de sa mort, de sa résurrection et de son règne.

Après sa résurrection, Jésus a ouvert l’intelligence de ses disciples pour qu’ils comprennent les Écritures. Il leur a montré que la Loi de Moïse, les prophètes et les psaumes parlaient de lui (Luc 24.44-47). Le centre de l’Ancien Testament n’est donc pas un programme géopolitique moderne. Le centre de l’Ancien Testament, c’est Christ. C’est pourquoi l’apôtre Paul disait que c’est en lui que Dieu a dit oui à tout ce qu’il avait promis (2 Corinthiens 1.20).

Dire cela n’est pas antisémite. C’est apostolique.

4. Le peuple de Dieu est uni en Christ

L’un des textes les plus importants sur ce sujet se trouve dans Éphésiens 2. Paul y parle de la séparation entre Juifs et non-Juifs. Il reconnaît qu’il existait une distance, une hostilité, un mur de séparation. Mais il affirme que Christ a détruit ce mur par sa croix. « Il a, en effet, instauré l’unité entre les Juifs et les non-Juifs et abattu le mur qui les séparait : en livrant son corps à la mort, il a annulé les effets de ce qui faisait d’eux des ennemis, c’est-à-dire de la Loi de Moïse, dans ses commandements et ses règles. Il voulait ainsi créer une seule et nouvelle humanité à partir des Juifs et des non-Juifs qu’il a unis à lui-même, en établissant la paix. Il voulait aussi les réconcilier les uns et les autres avec Dieu et les unir en un seul corps, en supprimant, par sa mort sur la croix, ce qui faisait d’eux des ennemis. » (Éphésiens 2.14-16). Dans ce passage, Paul ne dit pas que Dieu maintient deux peuples séparés avec deux destinées séparées. Il dit que Christ crée « une seule et nouvelle humanité ». Ce langage est puissant. Il ne s’agit pas d’un remplacement charnel. Il s’agit d’une nouvelle création en Christ.

Le peuple de Dieu n’est donc pas défini ultimement par l’origine ethnique, mais par l’union avec Christ. C’est pourquoi Paul écrit aussi : « Il n’y a plus ni Juifs ni non-Juifs, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme. Unis à Jésus-Christ, vous êtes tous un. Si vous lui appartenez, vous êtes la descendance d’Abraham et donc, aussi, les héritiers des biens que Dieu a promis à Abraham. » (Galates 3.28-29).

Ce texte ne méprise pas les Juifs. Il exalte Christ. Il ne nie pas l’histoire d’Israël. Il montre son accomplissement dans le Messie.

5. Le danger actuel : quand la lutte contre l’antisémitisme devient pression doctrinale

Il faut ici faire preuve de discernement. La lutte contre l’antisémitisme est juste lorsqu’elle protège des personnes contre la haine, la violence et la discrimination. Les Juifs du Canada, et dans le monde, doivent pouvoir vivre en sécurité, pratiquer leur religion librement et être traités avec dignité comme tous les citoyens. Cependant, une difficulté apparaît lorsque cette lutte dépasse la protection des personnes et devient une pression sur les responsables chrétiens pour adopter certaines formulations théologiques ou politiques.

Au Canada, la Simeon Initiative a été présentée comme une initiative nationale visant à renforcer les relations entre responsables juifs et chrétiens et à bâtir un front commun contre l’antisémitisme. Selon Cardus et le CIJA, environ 100 responsables juifs et chrétiens se sont réunis à Toronto les 24 et 25 juin 2025. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la Canadian Christian Declaration on Antisemitism (Déclaration chrétienne canadienne contre l’antisémitisme), signée par plus de 700 membres du clergé chrétien (catholique et évangélique) au Canada.  

La déclaration chrétienne canadienne affirme plusieurs choses justes, notamment le rejet de la haine contre les Juifs et la reconnaissance de la dignité humaine. Mais elle contient aussi des formulations théologiques qui méritent un examen biblique sérieux. Elle affirme par exemple que les chrétiens sont « greffés sur l’arbre d’Israël pour toujours », que le peuple juif demeure le peuple choisi de Dieu, et que la loi et les alliances données au peuple juif, bien que vues comme accomplies en Christ, demeurent intactes. Elle affirme aussi que les leaders chrétiens inspireront les chrétiens de leurs congrégations à se joindre à cet effort.  

C’est ici que le discernement devient nécessaire. Un pasteur peut et doit dénoncer la haine contre les Juifs. Mais il ne doit pas laisser une déclaration extérieure définir pour l’Église la doctrine d’Israël, des alliances, de la loi, du peuple de Dieu ou de l’accomplissement en Christ. Ces vérités doivent être définies par l’Écriture, non par une pression institutionnelle.

L’Église appartient à Jésus-Christ (Matthieu 16.18). Elle n’appartient ni à un mouvement politique, ni à une organisation religieuse, ni à une initiative intercommunautaire, ni à un groupe de pression. Les pasteurs sont appelés à garder le dépôt de la foi, non à adapter leur enseignement pour plaire aux attentes d’une époque (2 Timothée 1.13-14 ; 2 Timothée 4.1-5).

6. Ce que nous devons refuser

Nous devons refuser l’antisémitisme sans hésitation. Mais nous devons aussi refuser que l’accusation d’antisémitisme soit utilisée pour faire taire l’enseignement biblique.

  • Nous devons refuser la haine contre les Juifs.
  • Nous devons refuser les généralisations contre un peuple entier.
  • Nous devons refuser les théories de soupçon qui attribuent à tous les Juifs une intention commune.
  • Mais nous devons aussi refuser de renoncer à Christ comme accomplissement des promesses.
  • Nous devons refuser de taire que le salut est en Jésus seul.
  • Nous devons refuser de présenter Israël selon la chair comme un chemin parallèle à Christ.
  • Nous devons refuser de laisser entendre que l’Église serait inférieure, secondaire ou étrangère au plan central de Dieu.
  • Nous devons refuser que des pasteurs soient poussés à enseigner à leurs assemblées une vision théologique qui n’a pas été examinée à la lumière des Écritures.

Un chrétien peut dire avec amour : « Je rejette l’antisémitisme ». Mais il doit aussi pouvoir dire avec fidélité : « Je crois que Jésus-Christ est l’accomplissement des promesses de Dieu » (Matthieu 5.17 ; Luc 24.44-47 ; 2 Corinthiens 1.20).

7. Ce que nous devons affirmer selon la Parole de Dieu

  • Nous devons affirmer que les Juifs sont des personnes créées à l’image de Dieu et doivent être aimés comme notre prochain (Genèse 1.27 ; Matthieu 22.39).
  • Nous devons affirmer que Jésus est Juif selon la chair, né dans le peuple d’Israël, selon les promesses de Dieu (Romains 9.4-5).
  • Nous devons affirmer que les apôtres étaient Juifs et que l’Évangile est d’abord allé aux Juifs, puis aux non-Juifs (Romains 1.16).
  • Nous devons affirmer que Jésus est le Messie promis, le Fils de Dieu, le seul Sauveur du monde (Jean 14.6 ; Actes 4.12).
  • Nous devons affirmer que Juifs et non-Juifs croyants sont réconciliés en un seul corps par la croix (Éphésiens 2.16).
  • Nous devons affirmer que ceux qui appartiennent à Christ sont la descendance d’Abraham et héritiers selon la promesse (Galates 3.29).
  • Nous devons affirmer que la nouvelle alliance est scellée par le sang de Jésus-Christ et qu’elle rassemble tous ceux qui croient en lui (Luc 22.20 ; Hébreux 8.6-13).

Voilà la foi chrétienne. Ce n’est pas une haine du peuple juif. C’est la proclamation du Christ.

8. La vraie fidélité pastorale

Le rôle d’un pasteur n’est pas de suivre les pressions de son époque. Le rôle d’un pasteur est de nourrir le troupeau de Dieu avec la vérité de la Parole de Dieu. Paul a donné cet avertissement solennel à Timothée : « C’est pourquoi, devant Dieu et devant Jésus-Christ, qui va juger les vivants et les morts, et dans la perspective de sa venue et de son règne, je te le recommande solennellement : proclame la Parole, insiste, que l’occasion soit favorable ou non, convaincs, réprimande, encourage par ton enseignement, avec une patience inlassable. » (2 Timothée 4.1-2). Le pasteur ne doit pas être dur, arrogant ou méprisant. Mais il doit être fidèle. Il doit enseigner la Parole lorsque c’est populaire et lorsqu’elle ne l’est plus. Il doit aimer les personnes, mais il ne doit pas trahir la doctrine. Il doit rechercher la paix, mais jamais au prix de la vérité.

Si des organisations demandent aux responsables chrétiens de mobiliser leurs congrégations contre la haine, cela peut être légitime dans la mesure où il s’agit de protéger des personnes contre l’injustice. Mais si l’on demande à l’Église d’adopter des formulations doctrinales ambiguës ou de taire l’accomplissement en Christ, alors le pasteur doit répondre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5.29).

Conclusion

L’antisémitisme est un péché. Il doit être rejeté clairement, publiquement et sans ambiguïté. Le chrétien ne doit jamais nourrir la haine contre les Juifs. Il doit les aimer, prier pour eux, témoigner de Christ avec humilité et reconnaître la place historique d’Israël dans le plan de Dieu.

Mais l’accomplissement en Christ est une vérité biblique. Elle ne doit pas être abandonnée. Elle ne doit pas être censurée. Elle ne doit pas être présentée comme une forme de haine.

Jésus-Christ est le centre des Écritures. Il est l’accomplissement des promesses. Il est le Messie d’Israël et le Sauveur des nations. En lui, Dieu rassemble un seul peuple, composé de Juifs et de non-Juifs, réconciliés par la croix, unis dans un seul corps, héritiers d’une même promesse (Éphésiens 2.14-16 ; Galates 3.28-29).

Nous rejetons donc deux erreurs.

  1. Nous rejetons la haine envers les Juifs.
  2. Nous rejetons toute pression qui voudrait nous faire taire au sujet de Jésus-Christ.

Car l’Église n’a pas reçu sa mission d’un groupe de pression, d’une déclaration publique ou d’une initiative interreligieuse. Elle l’a reçue de son Seigneur et son Seigneur lui a ordonné d’annoncer l’Évangile à toutes les nations, y compris aux Juifs et aux non-Juifs, jusqu’à son retour glorieux (Matthieu 28.18-20 ; Romains 1.16).